Muté à la Police aux frontières (PAF) de Roissy, Jean-Pierre Frédéric n'est plus le directeur territorial adjoint de la police nationale à La Réunion. Il est mis en cause dans une enquête de l'IGPN (inspection générale de la police nationale) pour des faits présumés de harcèlement sexuels à l'encontre de l'une de ses collègues. Il sera remplacé à La Réunion par Ugo Pizzo jusqu'à présent chef d'état-major à Melun (Seine-et-Marne). La nomination de ce commissaire divisionnaire intervient alors que deux commissaires de même grade, de mêmes compétences et déjà en poste à La Réunion étaient candidats pour ce poste. L'affaire fait grincer des dents en interne (Photo Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Depuis février 2026, Jean-Pierre Frédéric faisait l'objet d'une enquête de l'IGPN pour des faits de harcèlement sexuel présumés sur une fonctionnaire de police en 2025.
Il aurait donc été muté à Roissy. Le poste de directeur territorial adjoint de la police nationale à La Réunion a été déclaré vacant et un appel à candidature a été lancé en avril 2026.
Plusieurs commissaires de différentes régions de France postulent pour le poste.
Selon nos informations, deux hauts gradés déjà en poste à La Réunion sont également candidats.Il s'agit en l'occurrence du commissaire divisionnaire Guillaume Maniglier, chef du service territorial de la police judiciaire (STPJ) depuis le 1er septembre 2024 et du commissaire divisionnaire Jérôme Besse, originaire de La Réunion, chef du service du Renseignement territorial (SRT).
Également en poste depuis septembre 2024, il avait déjà effectué un premier séjour à La Réunion entre 2017 et 2021 en tant que chef du Service d’intervention d’aide et d’assistance de proximité (SIAAP).
L'un comme l'autre sont écartés au bénéfice du commissaire divisionnaire Ugo Pizzo comme l'indique une note officielle diffusée en interne dans les services de police
- "Les deux candidats locaux ont été écartés sans explication" -
"Nommer à ce poste sensible, un commissaire qui ne connaît pas La Réunion, qui n'aucune connaissance des outre-mer et qui n'a aucune expérience dans une grosse circonscription est déjà problématique" lance un fonctionnaire de police sous couvert d'anonymat.
"De plus, il y avait pour ce poste deux candidats locaux déjà ancrés dans la réalité de l'île. Ils ont été écartés sans explication, c'est vraiment à ne plus rien y comprendre" s'agace le policier.
Cela d'autant qu'une simple recherche en ligne permet d'établir que Ugo Pizzo et Jérôme Besse sont issus de la même promotion de l'école nationale supérieure de police de Saint-Cyr-au-Mont d'Or.
Les deux hommes ont aussi obtenu en même temps leur grade de commissaire divisionnaire début 2026.
"Nous sommes donc typiquement dans le cadre du "à compétences et diplômes égaux, la préférence doit aller au candidat local", c'est le moins que l'on puisse faire" tempête une fonctionnaire de police, toujours sous couvert d'anonymat.
"Il avait aussi le patron du STPJ, lui aussi connaît bien le terrain local et surtout il a plus d'expérience que le gradé arrivant de l'Hexagone, pourquoi ne pas l'avoir nommé, pourquoi avoir voulu favoriser à toute force une personne arrivant de l'extérieur" s'interroge-t-elle.
- "Les préfets veulent des managers pas des tauliers" -
Les interrogations sont d'autant plus fortes que, selon nos informations, le choix de la hiérarchie locale ne s'était pas porté sur le commissaire Ugo Pizzo.
Comme il est légalement d'usage, l'avis consultatif du préfet Patrice Latron a été sollicité par le ministère.
Le représentant de l'Etat à La Réunion aurait insisté pour que ce poste de numéro 2 de la police locale soit attribué à un haut fonctionnaire sans aucun lien passé ou présent avec La Réunion.
"Pour comprendre cette prise de position, il faut admettre que depuis quelques années maintenant la préoccupation des préfets n'est plus d'avoir des hauts fonctionnaires en prise avec le terrain, des tauliers comme on dit dans le jargon de la police mais des managers prêts à faire appliquer sans discuter les ordres venus de Paris" soupire l'un de nos interlocuteurs membre des forces de police.
"C'est dommage, mais c'est comme ça" ajoute-t-il.
Interrogé par Imaz Press sur les raisons de ce choix, le préfet n'a pas donné suite à nos demandes.
Également sollicité par notre rédaction, le commissaire divisionnaire Jérôme Besse a indiqué n'avoir aucun commentaire à faire
Même réponse de la part du commissaire divisionnaire Guillaume Maniglier. Interrogé en tant que délégué local du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN), il n'a pas souhaité "commenter ni à titre personnel, ni à titre syndical".
Le président national de ce syndicat n'a pas non plus donné suite à ce stade.
- "Faut-il comprendre que la connaissance de La Réunion n'a pas constitué un atout dans le choix effectué ?" -
"Notre syndicat s’est battu pour faire reconnaître une priorité légale d’affectation pour les gardiens de la paix, fondée sur le centre des intérêts matériels et moraux (CIMM), afin notamment de permettre aux policiers originaires des Outre-mer de pouvoir revenir servir sur leur territoire" souligne Gilles Clain, Secrétaire national éxécutif de Unité 974.
"Aujourd’hui, force est de constater que, lorsqu’il s’agit de postes à haute responsabilité au sein de la police nationale, nous sommes en droit de nous interroger sur l’application et, plus largement, sur l’esprit de cette priorité" dit-il à Imaz Press.
Il poursuit "deux candidats disposant d’attaches fortes avec La Réunion, d’une connaissance particulièrement poussée du territoire et de ses spécificités, n’ont pas été retenus sur le poste de directeur adjoint. La question est donc simple : pourquoi ?"
Le syndicaliste s'interroge ensuite : "est-ce parce que ces candidats ne disposaient pas des compétences, de l’expérience ou du profil nécessaires pour exercer ces responsabilités ?". Il estime que "si tel est le cas, cela peut constituer une explication objective et parfaitement entendable. Ou faut-il comprendre, au contraire, que leur connaissance de La Réunion, leurs attaches avec le territoire et leur proximité avec ses réalités n’ont pas constitué un atout dans le choix effectué ?"
Gilles Clain dit encore "nous ne préjugeons pas de la réponse. Mais nous estimons légitime de poser la question".
"Unité 974 restera extrêmement vigilant sur cette thématique. Car si nous ramenons cette problématique au corps des gradés et gardiens de la paix, catégorie que notre organisation représente et défend, il ne faudrait surtout pas que, dans le cadre des mutations sur des postes dits "profilés", la qualité d’originaire, les attaches particulières avec La Réunion ainsi que la connaissance du territoire et de ses spécificités puissent être ignorées ou reléguées au second plan" termine le syndicaliste.
A ce stade, il n'a pas été possible de recueillir une réaction des autres syndicats de police
- Une affaire qui arrive après deux autres polémiques -
A noter que cette nomination, arrive après celle de Jean-Xavier Bello au poste de directeur général de la CGSS. L'attribution du poste à ce fonctionnaire ancien directeur de la CGSS de la Guyane avait soulevé une levée de boucliers.
Syndicats et politiques s'étaient insurgés contre "cette nomination qui intervient alors qu’une majorité des administrateurs n’a pas accordé sa confiance au candidat".
En septembre 2025 la nomination d'Alexandre Lamothe à la tête du Pôle Régional des Musiques Actuelles (PRMA) avait aussi soulevé la polémique. Ce candidat venu de l'Hexagone avait été préféré à Stéphane Grondin, figure du maloya
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