Procréation médicalement assistée : à La Réunion, le délai d'attente peut aller jusqu'à trois ans

  • Publié le 22 janvier 2026 à 11:41
  • Actualisé le 22 janvier 2026 à 12:13
parents et enfants

À La Réunion, comme ailleurs en France, de nombreuses personnes rencontrent des difficultés pour concevoir un enfant. Face à ces situations, la procréation médicalement assistée (PMA) offre des solutions médicales encadrées, mais souvent méconnues. Faute de donneurs et donneuses, les couples - ou femme seules - attendent en moyenne deux à trois ans pour un don de gamète (Photo : rb/www.imazpress.com)

Au Centre d’assistance médicale à la procréation (AMP) de Saint-Pierre, le docteur Nathalie Fontaine, gynécologue-obstétricienne et responsable du centre, et le docteur Joffrey Mons, médecin biologiste spécialisé en biologie de la reproduction, accompagnent chaque année des centaines de patientes et de couples.

"L’assistance médicale à la procréation, ce sont des techniques médicales qui permettent aux personnes infertiles d’accéder à un projet de grossesse et donc de pouvoir avoir des enfants", explique le docteur Nathalie Fontaine.

L’infertilité n’est pas définie uniquement par un délai précis. "À partir du moment où une femme ou un couple estime que la situation devient anormale, conflictuelle ou source de tristesse, ils peuvent consulter", souligne-t-elle. Le parcours débute le plus souvent chez un gynécologue ou un médecin traitant, avant une orientation vers un centre de PMA après des bilans médicaux spécialisés.

- Insémination et fécondation in vitro, deux techniques complémentaires -

Au centre d'assistance médicale à la procréation du CHU de Saint-Pierre, deux techniques sont principalement utilisées.

La première est l’insémination de sperme. "Elle consiste à préparer les spermatozoïdes après un recueil de sperme afin d’en améliorer les performances", détaille le docteur Fontaine. Les spermatozoïdes sélectionnés sont ensuite déposés directement dans l’utérus au moment de l’ovulation, afin d’augmenter les chances de fécondation.

Cette technique nécessite des trompes perméables. "Les spermatozoïdes doivent pouvoir remonter dans la trompe, rencontrer l’ovule, puis laisser l’embryon rejoindre l’utérus", précise la gynécologue.

La seconde technique est la fécondation in vitro (FIV). "On récupère plusieurs ovules chez la femme, généralement entre 10 et 15, que l’on féconde en laboratoire avec les spermatozoïdes du conjoint ou d’un donneur", explique-t-elle. Les embryons obtenus sont ensuite transférés dans l’utérus, et ceux qui ne sont pas utilisés peuvent être congelés pour des tentatives ultérieures.

- Don d’ovocytes : délais, appariement et réalités locales -

Lorsque la PMA avec les propres ovules de la femme ne permet pas d’aboutir à une grossesse, le recours au don d’ovocytes peut être proposé. "On y a recours lorsque la réserve ovarienne est trop faible pour l’âge ou lorsque les ovules ne permettent pas d’obtenir des embryons viables, même après plusieurs FIV", indique le docteur Fontaine.

À La Réunion, les délais d’attente restent longs, entre deux et trois ans. Le centre recense environ 10 à 15 donneuses par an, pour une soixantaine de personnes en attente en moyenne.

Le processus est encadré par les professionnels de santé, et demande tout de même un certain engagement de la part des donneuses. Après un bilan de santé validant - ou non - la possibilité du don, les donneuses suivent un traitement pendant 10 à 12 jours, avec des injections d’hormones, le plus souvent quotidiennes. Le but est d’aboutir à la maturation de plusieurs ovocytes. 

"Afin de surveiller le déroulé du traitement de stimulation, les donneuses réalisent une prise de sang et une échographie vaginale, à plusieurs reprises pendant le traitement (environ 3 fois)", détaille le site Don d'ovocyte.

Vient ensuite la ponction des ovocytes, le prélèvement s’effectuant à l’hôpital, sous échographie par voie vaginale. "Le prélèvement dure environ 10 minutes, suivies d’une surveillance et d’un repos d’environ 2 à 3 heures", précisent les professionnels de santé.

Un autre enjeu est l’appariement physique. "On essaie de faire en sorte que l’enfant ressemble le plus possible à sa mère", explique la praticienne. "C’est une réalité qui peut allonger les délais, notamment pour les femmes dont le phénotype correspond à des donneuses plus rares sur le territoire."

Cependant, "à La Réunion, il y a beaucoup de métissage". "Dans une même fratrie, on peut avoir des frères et sœurs métisses clairs, métisses foncés", explique la responsable du centre. "Parfois, cela ne dérange pas une femme à la peau foncée d’avoir une donneuse plus claire."

L’appariement n’est donc pas une règle stricte. "Ce n’est pas une obligation. C’est un choix de la femme, du couple. On essaye de voir ce qui correspond le mieux aux personnes", précise-t-elle. 

Lorsqu’un couple arrive à son tour sur la liste d’attente, une proposition lui est faite. "On leur dit : c’est à votre tour, voici le type de donneuse que l’on peut vous proposer, avec ces caractéristiques physiques. Est-ce que vous êtes d’accord ou pas ? Et c’est la femme ou le couple qui choisit."

- Un même don pour plusieurs familles -

Afin de réduire des délais d’attente vécus comme très lourds émotionnellement, un même don d’ovocytes peut bénéficier à plusieurs personnes. "Lorsqu’une femme a passé tous les tests pour donner ses ovules, c’est qu’elle est capable d’en produire suffisamment. En général, on en prélève entre 10 et 15", explique le docteur Fontaine. "En fonction du nombre d’ovules récupérés, ils peuvent être attribués à une ou deux femmes ou couples."

En 2025, le centre a compté 15 donneuses, ce qui a permis à environ 25 femmes de bénéficier d’un transfert d’embryon ou d’embryons congelés. "Les taux de grossesse dans le cadre du don d’ovocytes sont d’environ 45 %", précise-t-elle. "Ce n’est pas du 100 %, notamment parce que la qualité de l’utérus et de l’endomètre joue aussi un rôle essentiel."

Pour encourager la population à se mobiliser, l'Agence de la biomédecine a lancé deux campagnes "Faites des parents" en 2024 et 2025. "Si les Français sont largement favorables au don de gamètes (76%), ils sont encore trop peu nombreux à franchir le pas : on recense seulement 1.500 personnes donneurs et donneuses par an (dans l'ensemble de la France ; ndlr)", notait l'agence en septembre dernier. 

Une campagne similaire a été lancée à La Réunion en novembre et décembre 2025, dont des spots radios et des podcasts.

- Le don de sperme, un enjeu majeur à La Réunion -

Le docteur Joffrey Mons, médecin biologiste au centre de PMA de Saint-Pierre, est en charge du versant biologique, notamment du don de sperme.

"Le don suit un parcours très encadré", explique-t-il. Après un entretien médical et la vérification des antécédents, le donneur signe des consentements. "Le don est gratuit et anonyme entre donneur et receveur, mais depuis la loi de bioéthique de 2021, l’enfant peut, à sa majorité, demander l’accès à l’identité du donneur."

Les besoins sont largement supérieurs au nombre de donneurs. "Nous avons environ une vingtaine de donneurs par an pour 200 à 250 nouvelles demandes. Aujourd’hui, plus de 500 personnes sont sur liste d’attente, avec plus de deux ans de délai", alerte-t-il.

Selon le docteur Mons, plusieurs facteurs expliquent le manque de donneurs. "Il y a encore un tabou autour de la sexualité et du recueil de sperme", observe-t-il. Le fait que les enfants puissent accéder à l’identité du donneur constitue également un frein, malgré l’absence totale de lien juridique ou de filiation.

L’insularité suscite parfois des craintes liées à la consanguinité. "Les risques sont extrêmement faibles, comparables à ceux de la métropole", rassure-t-il. Les dons sont strictement limités et gérés par bassin de population.

- La fertilité, une affaire de couple -

Longtemps centrée uniquement sur la santé des femmes, la fertilité est aujourd’hui abordée de manière plus globale. 

"On sait désormais que la qualité du sperme influence les chances de grossesse, le risque de fausse couche et le développement embryonnaire", explique le Dr Mons.

Tabac, alcool, perturbateurs endocriniens, surpoids : l’hygiène de vie joue un rôle majeur. "Il arrive que de simples changements, comme une perte de poids ou l’arrêt du tabac, permettent à des couples de concevoir spontanément, sans passer par la PMA", souligne-t-il.

- La loi de bioéthique de 2021 et la PMA pour toutes -

La loi de bioéthique de 2021 a par ailleurs modifié l’accès à la PMA. "On parle de PMA pour toutes parce qu’elle est désormais ouverte aux femmes seules et aux couples de femmes", rappelle le docteur Fontaine. Avant cette loi, seules les couples hétérosexuels pouvaient y accéder.

Cette réforme a également introduit un changement majeur concernant l’accès aux origines. "Depuis 2021, un enfant issu d’un don de gamètes peut demander, à sa majorité, des informations sur son donneur", rappelle-t-elle. Ces informations peuvent être non identifiantes (profession, motivations, situation familiale) ou pleinement identifiantes (nom, prénom, coordonnées), selon le choix de l’enfant.

Pour les donneurs, laisser leur identité est désormais obligatoire. "Il n’y a toujours aucun lien de filiation, mais c’est une condition indispensable pour pouvoir donner", précise la gynécologue.

Il n’existe aucune obligation légale pour les parents de révéler à leur enfant qu’il est issu d’une PMA avec don. Pour autant, les professionnels de santé encouragent cette démarche. "Nous conseillons toujours d’expliquer à l’enfant, dès le plus jeune âge, ses origines. C’est important pour sa construction psychique et émotionnelle", affirme le docteur Fontaine.

Informer ne signifie pas nécessairement rechercher le donneur. "Ce n’est pas parce qu’un enfant sait qu’il est issu d’un don qu’il va forcément vouloir contacter son donneur", souligne-t-elle.

- Un cadre strict pour éviter les dérives -

Contrairement à certaines situations observées à l’étranger, la France applique un cadre très strict. "Chaque donneur est enregistré, son identité est sécurisée par un organisme national rattaché au ministère de la Santé", explique le docteur Fontaine. Ce système permet d’éviter toute dérive et de limiter strictement le nombre d’enfants issus d’un même don.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi de 2021, le nombre de dons reste globalement stable, avec même une légère augmentation des donneuses. "Dans certains parcours, notamment chez les couples de femmes, il arrive qu’une des deux femmes fasse un don par solidarité, parce qu’elles savent à quel point un don peut changer une vie", observe-t-elle.

A noter qu'il n’est pas possible de choisir son donneur ou sa donneuse, mais chacun peut contribuer à faire avancer les choses. "Si des proches souhaitent donner leurs gamètes, ils peuvent être orientés vers le centre", rappelle le docteur Fontaine.

À La Réunion, la PMA repose autant sur la médecine que sur la solidarité. "Donner ses gamètes, ce n’est pas devenir parent, c’est permettre à d’autres de le devenir", conclut-elle.

as/www.imazpress.com/[email protected]

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1 Commentaires
Mimi
Mimi
10 heures

Ma fille est née grâce à la PMA en 2010. A l'époque, un protocole Sécu pour 3 essais d'insémination. Réussite au 3ème. J'ai passé des tas d'examens, prises de sang, prise d'hormones comme une droguée, la course vers le centre de PMA du Port au moment de l'ovulation pour l'insémination. Epuisant.
Au final, je n'avais aucun problème de fertilité. C"était mon ex-mari. Difficile d'admettre pour lui. Du coup, c'est lui qui a dit NON pour avoir un deuxième enfant. On aurait pu bénéficier de la FIV. Ma fille continue de me reprocher aujourd'hui le fait d'être enfant unique.