Culottes menstruelles remboursées : à La Réunion, les pharmacies peinent à s'approvisionner

  • Publié le 21 octobre 2026 à 04:47
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Depuis le 1er octobre 2026, les culottes et coupes menstruelles réutilisables peuvent être prises en charge par l'Assurance Maladie pour les moins de 26 ans et les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire. Mais à La Réunion, cette nouvelle mesure est freinée par des difficultés d'approvisionnement. Alors que de nombreuses pharmacies attendent toujours leurs premières livraisons, les professionnel.e.s du secteur évoquent des laboratoires fabricants débordés et des délais d'acheminement vers l'île. Les stocks devraient progressivement arriver entre fin octobre et mi-novembre. (Photo d'illustration Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)

Le gouvernement l'avait annoncé il y a maintenant 3 ans. C'est une avancée attendue dans la lutte contre la précarité menstruelle, mais il faudra patienter quelques semaines pour en bénéficier pleinement à La Réunion... Depuis le 1er octobre 2026, l'Assurance Maladie prend en charge certaines protections périodiques réutilisables vendues en pharmacie. Une mesure qui concerne près de 6,7 millions de personnes à l'échelle nationale.

Seulement, sur l'île, les bénéficiaires se heurtent à une difficulté : trouver une pharmacie disposant des produits remboursables.

Sur des groupes Facebook, plusieurs internautes s'interrogent sur la disponibilité des culottes menstruelles. "Ma fille a 11 ans, elle peut en bénéficier ?", demande une mère, qui cherche également une pharmacie dans le nord proposant ces protections désormais remboursées. Dans les commentaires, les témoignages se multiplient. "Bonsoir, ma fille de 15 ans est allée voir, mais ils ont dit que ça n'était pas encore mis en place sur l'île", rapporte une internaute.

Une autre raconte avoir contacté deux pharmacies au Tampon : "Une pharmacie m'a dit dans dix jours, l'autre m'a dit un mois". D'autres évoquent des pharmaciens qui ne disposent pas encore d'informations précises sur les produits concernés ou leurs conditions de remboursement.

- "Pas d'application différée, mais un délai d'approvisionnement" - 

Contrairement à ce qui a pu être indiqué à certain.e.s client.e.s, le dispositif est bien entré en vigueur à La Réunion le 1er octobre, comme dans l'Hexagone. "C'est une bonne chose. Une avancée dans le domaine de la solidarité et de la prise en charge pour les patientes. Le souci, c'est qu'on n'a pas de stock pour l'instant", explique Claude Marodon, président de l'Ordre des pharmaciens à La Réunion.

Il insiste sur un point : il ne s'agit pas d'un report de la mesure dans les territoires ultramarins, mais bien d'un délai d'approvisionnement. "On peut dire que le fournisseur n'a pas pu suivre la demande assez rapidement", il résume.

Un constat partagé par Sabine Lény, présidente du Syndicat des pharmaciens. "Des commandes ont bien été passées, mais elles sont en attente de livraison, car le fabricant lui-même est débordé", elle explique. Selon la professionnelle, les laboratoires doivent désormais augmenter leur production pour répondre à la demande. "Une fois qu'ils auront du stock, ils pourront nous en envoyer".

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- Des fabricants débordés et un peu d'attente pour La Réunion -

Pour Céline Zuin, directrice d'Aélia, groupement de prestations de services destiné aux pharmaciens, plusieurs facteurs expliquent ce retard : "Tout le monde a été pris de court", elle reconnaît. Selon la directrice, les laboratoires français habilités à fabriquer ces dispositifs sont actuellement très sollicités. "Il y a une poignée de laboratoires en France et, quand on les appelle, ils sont un peu sous l'eau. Actuellement, ils relancent la production pour pouvoir répondre à la demande".

Avant d'être commercialisées dans le cadre du remboursement, les protections doivent répondre à un cahier des charges précis et disposer d'un référencement sur la Liste des produits et prestations remboursables (LPP).

Mathilde Henry, pharmacienne responsable chez Pharmar, grossiste-répartiteur qui approvisionne les pharmacies réunionnaises, confirme ces difficultés. "Quand le décret sort, il y a toujours un délai, le temps d'en prendre connaissance... on ne peut pas avoir les produits tout de suite, parce qu'il faut référencer ces produits. Ensuite, les commandes sont passées, mais il reste encore aux fournisseurs et aux laboratoires à en fabriquer suffisamment", elle explique.

Selon la pharmacienne responsable, plusieurs fabricants sont prêts à fournir les pharmacies, mais les quantités disponibles restent insuffisantes. À cette difficulté nationale s'ajoute une contrainte propre à La Réunion : l'acheminement des marchandises. "On est en outre-mer et, pour être rapide, il faut passer par l'aérien, et ça coûte plus cher", souligne Mathilde Henry.

Pour accélérer les premières livraisons, les distributeurs ont donc choisi de privilégier le transport aérien plutôt que maritime. "On travaille pour une mise en place rapide, en passant par l'aérien pour le lancement, puis on fera du maritime pour avoir un stock plus important", précise-t-elle.

- Des premières livraisons attendues entre fin octobre et mi-novembre -

Mais alors, quand les Réunionnaises pourront-elles réellement profiter du dispositif ?

Selon Céline Zuin, les premières livraisons importantes pourraient intervenir "d'ici fin octobre, voire début ou mi-novembre", en tenant compte de la reprise de production et du temps d'acheminement vers l'île. Mathilde Henry évoque également un délai "d'un bon mois" pour que les commandes puissent être honorées.

En attendant, certaines pharmacies disposent déjà de quelques références, notamment grâce à des stocks constitués avant l'entrée en vigueur du dispositif.

Contactée par Imaz Press, une pharmacie de l'est indique ainsi disposer d'un petit stock de culottes menstruelles, tandis que les cups sont proposées sur commande. Dans l'ouest, la pharmacie dans laquelle nous nous sommes rendus attend une livraison le mois prochain. L'établissement indique également que "certaines pharmacies des Hauts de l'ouest disposent de quelques produits".

Dans le sud la pharmacie contactée confirme avoir passé commande pour les références remboursables, mais attend toujours sa livraison. Même constat dans la pharmacie du nord où nous sommes allés, qui ne dispose pas encore de stock et indique ne pas avoir reçu toutes les informations relatives aux modalités du dispositif.

- Qui peut bénéficier du remboursement des culottes menstruelles ? -

Instaurée par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024, cette mesure vise à faciliter l'accès aux protections périodiques réutilisables et à lutter contre la précarité menstruelle. Deux catégories de bénéficiaires sont concernées :

• Les personnes menstruées de moins de 26 ans, sans condition de ressources ;
• Les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire, quel que soit leur âge.

Deux types de protections sont pris en charge : les culottes menstruelles, avec un prix limite de vente fixé à 19 euros l'unité, et les coupes menstruelles, dont le prix est plafonné à 15,80 euros. Et pour en bénéficier, aucune ordonnance n'est nécessaire. Il suffit de présenter sa carte Vitale en pharmacie.

Attention toutefois : seules les références inscrites sur la liste officielle des produits remboursables sont concernées. Acheter n'importe quelle culotte menstruelle en pharmacie ne garantit donc pas son remboursement.

Pour les moins de 26 ans, l'Assurance Maladie rembourse 60 % du tarif prévu. Le complément peut être couvert par la mutuelle, notamment dans le cadre des contrats responsables. Pour les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire, la prise en charge est intégrale, sans avance de frais.

Le dispositif permet d'obtenir deux protections réutilisables par période de douze mois, qu'il s'agisse de deux culottes ou d'une culotte et d'une coupe menstruelle, par exemple. 

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- Des modalités qui pourraient évoluer pour l'Outre-mer -

Autre paramètre qui pourrait permettre d'augmenter le stock de produits disponibles : l'obtention, par de nouveaux laboratoires, de l'agrément permettant de faire partie du dispositif. 

Céline Zuin évoque également la possibilité d'une adaptation des tarifs ou des conditions de prise en charge afin de tenir compte des spécificités ultramarines. "Pour le moment, 19 euros sont annoncés dans l'Hexagone, mais ça peut être modifié à la hausse pour La Réunion", elle indique, tout en précisant qu'il ne s'agit, à ce stade, que d'une éventualité.

Malgré ces difficultés de lancement, les professionnels interrogés assurent mettre tout en oeuvre afin de rendre les produits disponibles au plus vite. Il faudra donc prendre son mal en patience quelques semaines encore avant que le dispositif soit pleinement accessible dans les pharmacies de l'île.

vg / www.imazpress.com / [email protected]

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