La pratique de l'utra-trail a gagné en popularité ces dernières années et les femmes sont de plus en plus nombreuses à participer aux compétitions. Au local ou à l'international, elles se sont fait une place au sein des trailers les plus performants. Pourtant, il est encore rare de croiser sur les sentiers des ravitaillements pensés pour les femmes, plus particulièrement pour celles qui ont leurs règles. Les traileuses – et trailers - du club Deniv 974 ont lancé en mai 2025 une enquête auprès des coureuses de l'île sur leur expérience en compétition. (Photo www.imazpress.com)
"On a fait le constat que sur de nombreuses courses, il n'y avait pas de protections hygiéniques à disposition, mais surtout pas d'endroit pour se changer et se laver les mains", explique Floriane, membre du club et co-organisatrice du questionnaire.
Près de 200 personnes y ont répondu en l'espace de deux mois, et nombreuses sont les femmes à avoir rencontré ce problème. "Les règles ne préviennent pas forcément, on n'a pas toujours ce qu'il faut sur soi, et quand aucunes toilettes ne sont disponibles c'est compliqué pour se changer en plein jour", souligne Floriane.
- Pas de dispositif particulier sur le Grand raid -
Elle cite par exemple le Grand Raid, qui malgré ses longs sentiers, ne disposerait pas de dispositif particulier pour ce cas. "C'est dommage de ne pas y penser, surtout quand on sait qu'on essaie de se diriger vers une présence des femmes égales à celles des hommes en compétition", avance Félix, lui aussi membre du club.
Cette expérience, nombreuses sont les coureuses à l'avoir traversé. "Lors d'un trail l'année dernière, j'ai eu les règles le jour du départ de la course. En partant j'ai prié pour que le flux ne soit pas trop abondant, ce qui n'a pas été le cas du tout", se rappelle Emilie Maroteaux, gagnante du Grand Raid 2021.
"C'est quand je suis arrivée sur la zone du volcan qu'une dame m'a interpellé en me disant que j'avais du sang partout sur les jambes. Un coureur derrière n'avait pas voulu m'en parler pour ne pas me gêner. Ça a permis de créer une réaction chez certains hommes, qui n'avaient pas forcément réalisé qu'il pouvait y avoir ce problème", raconte-t-elle.
Sur la course, elle ne trouve aucun endroit convenable pour se changer. "En arrivant au ravito, il n'y avait pas un arbre, rien de prévu. J'ai dû me cacher derrière un camion, me changer avec les mains sales, et mettre une protection sale dans un sac. C'est une chose pas évidente à vivre et on se retrouve un peu seule face à ça", confie Emilie Maroteaux.
Sur les réseaux sociaux, des photos d'elle continuant sa course malgré le sang sur ses jambes sont publiées. "J'ai reçu beaucoup de soutiens, et de reconnaissance de cette réalité avec énormément de message de sportives qui se sentent seules face à cette problématique", ajoute la traileuse.
- Des protections menstruelles à chaque ravitaillement -
Grâce à ces photos, le Suisse Canyon trail, course dont elle a été marraine, "a décidé dès le mois suivant de mettre en place de quoi se changer, des protections menstruelles à chaque ravito", explique Emilie Maroteaux.
"Je n'avais jamais vu ça nulle part. A l'UTMB il y a parfois des espaces sanitaires, donc on peut se laver les mains, mais la plupart du temps il n'y a rien du tout."
Pour Hassen Patel, président de l'UTOI, "c'est une problématique essentielle à prendre en compte, surtout pour les courses sur plusieurs jours".
"Sur nos courses, il y a toujours des protections hygiéniques, et des toilettes sèches avec lavabo. C'est une question sur laquelle les membres du bureau ont voulu travailler", affirme-t-il.
Si l'organisateur met déjà à disposition des solutions – qui ont servi "une fois" selon lui, il reste "tout à fait ouvert à l'idée d'adapter les ravitaillements pour les femmes ".
"On peut mettre des choses en place, il faut simplement qu'on nous interpelle sur ce qu'on pourrait mieux faire. C'est avec grand plaisir qu'on échangera dessus. Et pendant les courses, il ne faut pas hésiter à aller voir le côté médical si rien n'est disponible", dit Hassen Patel.
- Etudier l'impact sur les performances sportives -
La question des règles est peu abordée de manière générale. Manon Dauvergne, ancienne traileuse, kinésithérapeute de formation et en doctorat des sciences du sport, a décidé de s'en emparer. Elle travaille actuellement sur l'étude de l'impact des règles sur les performances sportives.
Pour cela, elle a mis sur pied un programme d'entraînement sur douze semaines, pour tenter de déterminer quel impact les menstruations ont sur la pratique sportive. Depuis novembre 2024, 22 femmes ont participé à cette étude. "Il y a différents programmes, qui prennent en compte, ou pas, les variations hormonales avant de déterminer si les performances varient", détaille-t-elle.
"Il est trop tôt pour faire des conclusions, mais les premiers retours de l'étude montrent pour l'instant que les participantes sont capables de produire des efforts sportifs pendant les règles, ce dont elles n'étaient pas persuadées avant le début de l'entraînement. Au-delà des performances, elles trouvent ça chouette de pouvoir en parler, de mieux comprendre leur corps", explique Manon Dauvergne.
"On peut supposer qu'on peut performer à n'importe quel moment du cycle, mais que ne pas prendre en compte les menstruations en compétition peuvent contribuer à une charge mentale et donc impacter les performances de manière indirecte", avance-t-elle. "Si une coureuse doit penser aux protections, se faire du souci sur comment trouver un endroit pour se changer, ne pas savoir si elle aura un lieu pour se laver les mains et être à l'abri...cela peut avoir un impact", avance la doctorante.
"On doit être quatre ou cinq équipes dans le monde à travailler sur le sujet. Ça s'est déjà fait en France avec l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (Insep), mais avec un axe sur les sportives d'élite, ce qui est différent", indique Manon Dauvergne.
"Elles ont des entraînements beaucoup plus intensifs, qui mènent parfois à la disparition des règles. Liez à cela la sous-médiatisation des sports féminins, et donc des rémunérations bien inférieures à celles des hommes, et ces dernières doivent jongler entre leurs entraînements, leur vie professionnelle et personnelle. Tout cela peut créer un dérèglement hormonal plus important, c'est pour cela que j'ai voulu me concentrer sur les "madames tout le monde", explique-t-elle.
L'étude est d'ailleurs toujours en cours, et Manon Dauvergne cherche encore une vingtaine de participantes pour étayer les résultats de cette dernière. Seules conditions : être située dans le Sud, résider à La Réunion pendant minimum cinq mois, pratiquer au moins 3 heures de sport par semaine, avoir plus de 18 ans et ne pas être ménopausée.
Vous pouvez participer en cliquant ici.

- Des accès à l'abri des regards -
Les sportives à l'initiative de cette enquête espèrent désormais pouvoir porter leur projet auprès des organisateurs d'ici la fin de l'année. Ce formulaire permettra de base de réflexion pour interpeller ces derniers et leur proposer des solutions – des tentes pour se changer, des points d'eau pour se laver les mains, des accès à l'abri des regards…
Manon Dauvergne encourage les organisateurs de course à s'inspirer de la charte "She Races" ("Elle court" ; ndlr), qui avance plusieurs préconisations : mettre à disposition des endroits pour se changer, des toilettes réservées aux femmes, des protections hygiéniques, et même des lieux pour tirer son lait pour les coureuses allaitantes.
"Pour l'instant, j'ai vu très peu d'organisateurs y penser. Même en étant bénévole sur des courses, je n'ai rien vu de la sorte. Je prends avec moi des protections hygiéniques et de quoi se laver les mains pour en distribuer si nécessaires. Je pense que tous les bénévoles pourraient contribuer de la sorte, n'importe qui peut contribuer, mais il faut demander", conclut-elle.
as/www.imazpress.com / [email protected]

Un bel article prenant tout son sens quand on connaît un tantinet les difficultés de la pratique de notre sport.
Un endroit pour se changer et pouvoir se laver les mains sont le minimum que la sphère Trail doit pouvoir fournir à nos traileuses
Bravo pour cet article, les recherches de Manon, le questionnaire de Deniv, et le temoignage d'Emilie! Merci de rendre ces problématiques visibles aux yeux des organisateurs et des autres athlètes! Vives les femmes sportives de tous niveaux!
1) JOSUMÉ : TRÈS DROLE ET FORTAPROPOS ....
2) les hommes n'ont pas de règles , mais faire la grosse commission en course sans endroit approprié est également embarrassant
@Josimé : excellent !
Les filles, il existe des culottes menstruelles, faudrait arriver au XXIe siècle en totalité puisque vous voulez faire dans les débats modernes. Rien n'empêche de porter sa culotte menstruelle même sans avoir ses règles ou dans l'attente de les voir débarquer, on ne parle pas d'une couche de BB entre les jambes. Comme ça si les Anglais débarquent, il y a déjà un premier niveau de protection.
Dire que "on ne sait pas quand ça débarque", euh, ça s'appelle un cycle et c'est tous les 28 jours, généralement on sait au moins la semaine où ça débarque. Les femmes qui ont vraiment un cycle désordonné ont généralement des problèmes de santé : endométriose, SOPK. Ces problèmes si j'en juge par les femmes de mon entourage les empêchent totalement d'avoir ce genre de performance sportive car leur corps ne le leur permet pas, faire du sport ok mais sûrement pas du trail. Vous ne voulez pas être surprise par vos règles ? Prenez la pilule.
"Tirer son lait pour les coureuses allaitantes". Stop, arrêtez, faites ce que vous voulez de votre vie mais ne rendez pas la société responsable de vos propres choix personnels. Personne ne vous oblige à faire les grandes sportives si vous êtes en période maternelle qui va avec son lot de contraintes, et si vous voulez le faire, organisez-vous et cessez de culpabiliser la société pour ça.
Vous avez l'air d’en connaître un rayon dites donc ! Impressionnant. On apprécie aussi la généralité et la banalité de vos propos, intéressant de faire avancer la science de la sorte !
Vous dites n'importe quoi et sans savoir!
Bravo pour cette belle initiative !
Un point d'eau et un endroit pour se changer 🙏🏻🙏🏻
Tant de mots pour étaler votre bêtise crasse, c'est impressionnant. Ca vous énerve tellement que des dispositifs puissent être mis à disposition ? Pauvre petite victime fragile
C’est bien de penser aux femmes ! On ne pense jamais assez à elles. Et Dieu sait qu’elles ont du mérite, et du courage !
Qu'elles restent zot kaz ! toujours en train de revendiquer leurs règles, insupportables ces râleuses !
On va pas rester chez nous et on va continuer à faire ch**r les vieux mascus dans ton genre. Pleure plus fort maintenant !
C'était donc ça, le chemin des anglais...