L'Ă©poque des Zidane, Deschamps, Lizarazu ou encore Desailly est dorĂ©navant rĂ©volue, et la relĂšve de l'Ăąge d'or du football français n'est peut-ĂȘtre pas Ă attendre du cĂŽtĂ© des hommes. Cette annĂ©e 2011, les nouvelles icĂŽnes du ballon rond se nomment plutĂŽt Elise Bussaglia, Louisa Necib, Marie-Laure Delie ou Sonia Bompastor. Avec l'Ă©quipe de France, elles ont rĂ©alisĂ© un joli parcours en Coupe du monde, atteignant les demi-finales, et grĂące Ă elles, le football fĂ©minin gagne un peu en visibilitĂ© et en popularitĂ©. A La RĂ©union, la discipline sportive est "en plein essor" selon Jean-Claude Payet, prĂ©sident de la commission du dĂ©veloppement Ă la pratique du football fĂ©minin, mĂȘme si des progrĂšs sont encore Ă faire.
"Le football féminin est apparu à La Réunion dans les années 1970", indique Jean-Claude Payet. "A l'époque, il n'y avait pas de championnat comme pour les garçons, juste des jeunes femmes avec une envie de jouer. Elles ont commencé à constituer des équipes de quartiers aux quatre coins de l'ßle et à organiser entre elles des rencontres amicales, dans un esprit convivial", se souvient-il. "Quelques années aprÚs, elles se sont demandées pourquoi est-ce qu'elles n'auraient pas droit à un championnat officiel comme les garçons, et sont allées réclamer ce droit à la ligue de football", ajoute le président de la commission du développement à la pratique du football féminin. De nos jours, l'ßle compte 1268 licenciées, incluant seniors et juniors. Le championnat féminin comprend lui deux divisions.
Cependant, mĂȘme si les RĂ©unionnaises jouent au foot depuis une trentaine d'annĂ©es, il est encore difficile pour la discipline d'avoir une reconnaissance, aussi bien auprĂšs du public qu'auprĂšs des dirigeants. "Il est Ă©vident que le football fĂ©minin n'a pas le mĂȘme statut que le football masculin. La discipline est encore mal connue. Parfois elle est mĂȘme mal vue par certains parents, qui considĂšrent le foot comme un sport masculin et refusent que leur fille joue, sous prĂ©texte qu'elle devienne un garçon manquĂ©", explique Pascale Boyer, ancienne joueuse et maintenant prĂ©sidente du club de l'OFFT (olympique football fĂ©minin tamponnais). "Le football fĂ©minin est aussi desservi par la concurrence des autres sports qui sont considĂ©rĂ©s comme plus Ă©lĂ©gants et plus fĂ©minins. Ainsi, les fillettes sont plutĂŽt dirigĂ©es vers la danse, la natation ou la gymnastique. Ce qui est dommage car Ă La RĂ©union, il y a un vrai potentiel fĂ©minin pour le football", regrette Pascale Boyer.
La ligue rĂ©unionnaise de football fournit pourtant des efforts pour aider le football fĂ©minin Ă se dĂ©velopper. "Le ballon rond n'est pas rĂ©servĂ© aux garçons, les filles sont aussi les bienvenues. On essaie de diversifier les formations, de les ouvrir aux plus jeunes. Les fillettes qui veulent jouer sont de plus en plus nombreuses, elles ont besoin qu'on les soutienne. C'est pourquoi on les invite Ă s'inscrire dans les clubs, elles n'ont pas Ă avoir peur. On organise Ă©galement des plateaux d'animation plus souvent, pour les jeunes de moins de 12 ans et de moins de 15 ans", assure Jean-Claude Payet. DerniĂšrement, c'est au stade ThĂ©ophile Hoarau de Saint-Louis que des rencontres ont eu lieu entre les jeunes footballeuses. "Il faut aussi arrĂȘter avec les prĂ©jugĂ©s, il n'y a qu'Ă assister aux matchs pour se rendre compte que les filles et les femmes ont de l'Ă©lĂ©gance sur le terrain", signale par ailleurs Jean-Claude Payet.
Autre effort accompli par la ligue et les dirigeants : "Nous essayons de proposer des formations dans les écoles et les collÚges, pour faire évoluer les mentalités et montrer que le foot est accessible à tous", indique Pascale Boyer. La dirigeante de l'OFFT a baigné dans le milieu du foot depuis toute petite et a évolué dans plusieurs clubs de l'ßle, de Saint-Joseph à l'AS Pont d'Yves, en passant par l'USST et les Pélicans. Pour elle, "le football est avant tout un sport collectif et représente un moyen de s'amuser et de ne pas rester toute seule à la maison". "Les filles montrent un réel plaisir de jouer sur la pelouse. Elles donnent leur maximum sur le terrain, elles n'ont plus peur du ballon, elles le maßtrisent", précise Pascale Boyer.
Pour Karine Gorée, footballeuse à Saint-Louis, l'envie de jouer est venue en regardant son frÚre Thierry sur la pelouse : "Quand j'étais petite, je m'amusais bien avec mon frÚre et ses copains, c'est comme ça que je suis entrée dans le monde du football. Et puis c'est un sport dans lequel on transmet certaines valeurs, comme la force et la discipline". La jeune femme a passé trois années au centre de formation de Lyon, club qui a remporté la Ligue des champions il y a quelques mois. Elle a aussi joué dans le club de Saint-Pierre, avant de rejoindre Saint-Louis. "En métropole, le foot féminin a plus évolué qu'à La Réunion. Là -bas, on propose aux filles des centres de formation à part entiÚre. Ici, on commence à proposer des tournois aux jeunes filles, mais il y a encore des progrÚs à faire", estime Karine Gorée. Parmi ces progrÚs, la footballeuse pense notamment qu'il faudrait "faire une sélection régionale pour les seniors et organiser davantage de rencontres pour les jeunes".
Jean-Claude Payet considÚre lui aussi qu'il reste des efforts à faire. "Le foot féminin commence à prendre ses marques. Les mentalités évoluent, le succÚs de l'équipe lyonnaise et la demi-finale de l'équipe nationale en Coupe du monde participent déjà à une meilleure reconnaissance de la discipline. De notre cÎté, on va continuer à faire le maximum pour aider les filles à vivre leur passion. On espÚre qu'elles seront également soutenues par le public parce qu'elles le méritent", conclut-il.
Samia Omarjee pour














