Retard de prise en charge : faute de place, les jeunes adultes en situation de handicap restent en structures pour enfants

  • PubliĂ© le 19 mai 2026 Ă  10:16
  • ActualisĂ© le 19 mai 2026 Ă  10:23
association saint-françois d'assise asfa

Ce lundi 18 mai 2026, la chambre régionale des comptes publie un rapport sur l'accueil des jeunes adultes en situation de handicap accueillis en structures à La Réunion. Ce rapport est basé sur le contrÎle de l'association Saint-François d'Assise (ASFA). Faute de places dans le secteur adulte, de nombreux jeunes adultes sont maintenus en établissement pour enfants au titre de l'amendement "Creton". Ils représentent aujourd'hui jusqu'à 40 % des places du pÎle médico-social de l'association Saint-François d'Assise. Une situation qui retarde la prise en charge des jeunes enfants, la CRC dénonce l'inertie des acteurs du secteur (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Sur l'ßle, environ 73.375 personnes sont reconnues en situation de handicap, soit prÚs de 8 % de la population, dans un contexte de progression constante du nombre de bénéficiaires d'environ 8 % par an depuis 2011 explique la CRC.

À la RĂ©union, la MDPH estime "le vivier de personnes inscrites dans un parcours mĂ©dico-social Ă  11.000 adultes et enfants, pour environ 5.300 places disponibles tout Ă©tablissement et services confondus en 2022".

Ce lundi 18 mai, dans son rapport définitif, la chambre régionale des comptes, CRC, affirme que dans les structures réunionnaises 40 % des places réservées aux enfants en situation de handicap sont occupées par des jeunes adultes. 

La CRC note que la prise en charge des jeunes adultes dans les institutions pour enfants de l’ASFA, "bien que structurellement inadaptĂ©e, leur apporte un socle protecteur et une prise en charge de qualitĂ© dans l’attente de places sur le secteur adulte".

40%, ce chiffre s’applique Ă  la seule structure Ă©tudiĂ©e pour ce rapport, l’Association Saint-François d’Assise (ASFA) Pour les familles, les places sont difficiles Ă  trouver, la CRC estime qu’il faut en moyenne attendre 10 ans avant d’obtenir une place en structure d’accueil. 

En cause : un manque d’anticipation des besoins, des tensions de prises en charge selon la CRC :

"Les capacitĂ©s d’internat des Ă©tablissements rĂ©unionnais pour enfants paraissent inadaptĂ©es, les familles privilĂ©giant un accueil au domicile. Par ailleurs, la mise en Ɠuvre de solutions et d’alternatives Ă  l’institutionnalisation – extensions de places, dĂ©veloppement de l’accueil temporaire, dispositifs de rĂ©pit, solutions inclusives accuse un retard, faute d’ingĂ©nierie ou de moyens" peut -on lire dans ce rapport.

- "Des besoins insuffisamment quantifiĂ©s" : les acteurs territoriaux ont du mal Ă  suivre le nombre de bĂ©nĂ©ficiaires et l’évolution des situations individuelles -

Le rapport de la CRC dĂ©signe les fautifs : "Outre le manque global de places dans le secteur adulte, plusieurs freins pĂšsent sur les sorties : les besoins sont insuffisamment quantifiĂ©s et les acteurs territoriaux : dĂ©partement, MDPH, agence rĂ©gionale de santĂ© rencontrent des difficultĂ©s Ă  suivre prĂ©cisĂ©ment le nombre de bĂ©nĂ©ficiaires et l’évolution des situations individuelles, en raison du manque d’interopĂ©rabilitĂ© des circuits d’information".

Autre problĂ©matique : certaines familles peinent Ă  se projeter sur des solutions d’accueil trop Ă©loignĂ©es dans le temps et parfois perçues comme moins protectrices. 

La CRC constate que la prise en charge des enfants est retardĂ©e faute de places libĂ©rĂ©es : "De nombreux jeunes adultes en situation de handicap rencontrent des difficultĂ©s pour obtenir une place dans une structure adaptĂ©e Ă  leur situation et correspondant Ă  leur Ăąge. En 2014, la direction de la recherche, des Ă©tudes, de l'Ă©valuation et des statistiques (DREES) faisait le constat de l’ñge de plus en plus avancĂ© des jeunes adultes accueillis dans ce cadre et de l’inadaptation de leur prise en charge".

Le  rapport de la CRC souligne également "la rareté et la pression fonciÚre sur un territoire insulaire, qui nécessite la mise à disposition de terrains par le département pour la création de nouveaux ESMS". 

- Un déficit structurel d'alternatives - 

Pour les familles la durĂ©e moyenne de sĂ©jour aprĂšs la majoritĂ© excĂšde nettement les intentions initiales du dispositif, "signe d’un dĂ©ficit structurel d’alternatives adaptĂ©es et, donc, de listes d’attente longues sur certains Ă©tablissements".

"L’ajustement de l’offre mĂ©dico-sociale Ă  La RĂ©union pĂątit donc d’une inertie globale des acteurs et nĂ©cessite une stratĂ©gie partagĂ©e combinant la crĂ©ation de solutions diversifiĂ©es pour les adultes, et un effort de fluidification des parcours entre les secteurs enfance et adulte" juge la CRC.

"Le dispositif de l’amendement Creton assure une continuitĂ© indispensable pour des jeunes en attente d’orientation, mais pallie un manque d’anticipation des tutelles".

"Redonner de la cohĂ©rence au dispositif implique de mieux connaĂźtre les besoins, d’amĂ©liorer la coordination des acteurs et, avant tout, d’accĂ©lĂ©rer la crĂ©ation de places et la transformation de l’offre pour atteindre des taux d’équipement comparables aux taux nationaux". 

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1 Commentaires
Saint-Paul Handisports
Saint-Paul Handisports
3 mois

Si on ne sait pas que le siùge de l'ASFA est à l'EPADH
 lol
C'est pour cela que Michel Creton s'est battu toute sa vie pour que les jeunes polyhandicapés ne soient pas sans solution et mis dehors des établissements à 18 ans. Comme c'était le cas.
Si les tutelles sont (trÚs) largement perfectibles, c'est le saucissonnage de la vie de ces personnes qui est en cause. Il n'y a pas de continuité dans la prise en charge nécessaire tout au long de la vie.
Ce que dit la CRC, les familles et les associations le disent depuis des lustres. Les acteurs institutionnels en charge se vantent "de faire" en annonçant des pourcentages sur des chiffres tellement faible que s'en devient presque risible si le sujet le méritait.
Pour rafraichir la mémoire, en novembre 2022 des associations dénonçaient déjà ce systÚme :
https://imazpress.com/actus-reunion/le-gardph-demande-audience-au-ministre-de-la-sante-francois-braun
LĂ  on parle de Saint-François d'Assise, mais tous les EMS sont concernĂ©s. Certains trouvent des stratagĂšmes pour pousser les jeunes vers la sortie dĂ©finitives, et les familles se trouvent plutĂŽt dĂ©munie car sans accompagnement. Pour le polyhandicapĂ©, c'est beaucoup plus compliquĂ© car les familles n'ont que rarement les moyens de prendre leur enfant au domicile. Le dĂ©lai de traitement des dossiers MDPH est tout bonnement scandaleux, la complexitĂ© des cas, le manque de personnel, le personnel non remplacĂ© font que
 c'est trĂšs long.
Un sujet pour la CRC, le transport public des personnes handicapées. Car si 5300 bénéficient d'un accompagnement des EMS, 65 000 sont dans le "milieu ordinaire". Plusieurs milliers ont des difficultés à se déplacer faute de respect de la loi rendant le transport public de passagers 100 % accessible depuis le 1er juillet 2020.