Faute de place, les jeunes adultes en situation de handicap restent en structures pour enfants

  • PubliĂ© le 19 mai 2026 Ă  08:25
  • ActualisĂ© le 19 mai 2026 Ă  08:55
association saint-françois d'assise asfa

Ce lundi 18 mai 2026, la chambre régionale des comptes publie un rapport sur l'accueil des jeunes adultes en situation de handicap accueillis en structures à La Réunion. Ce rapport est basé sur le contrôle de l'association Saint-François d'Assise (ASFA). Faute de places dans le secteur adulte, de nombreux jeunes adultes sont maintenus en établissement pour enfants au titre de l'amendement "Creton". Ils représentent aujourd'hui jusqu'à 40 % des places du pôle médico-social de l'association Saint-François d'Assise. Une situation qui retarde la prise en charge des jeunes enfants, la CRC dénonce l'inertie des acteurs du secteur (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Sur l'île, environ 73.375 personnes sont reconnues en situation de handicap, soit près de 8 % de la population, dans un contexte de progression constante du nombre de bénéficiaires d'environ 8 % par an depuis 2011 explique la CRC.

À la Réunion, la MDPH estime "le vivier de personnes inscrites dans un parcours médico-social à 11.000 adultes et enfants, pour environ 5.300 places disponibles tout établissement et services confondus en 2022".

Ce lundi 18 mai, dans son rapport définitif, la chambre régionale des comptes, CRC, affirme que dans les structures réunionnaises 40 % des places réservées aux enfants en situation de handicap sont occupées par des jeunes adultes. 

La CRC note que la prise en charge des jeunes adultes dans les institutions pour enfants de l’ASFA, "bien que structurellement inadaptée, leur apporte un socle protecteur et une prise en charge de qualité dans l’attente de places sur le secteur adulte".

40%, ce chiffre s’applique à la seule structure étudiée pour ce rapport, l’Association Saint-François d’Assise (ASFA) Pour les familles, les places sont difficiles à trouver, la CRC estime qu’il faut en moyenne attendre 10 ans avant d’obtenir une place en structure d’accueil. 

En cause : un manque d’anticipation des besoins, des tensions de prises en charge selon la CRC :

"Les capacités d’internat des établissements réunionnais pour enfants paraissent inadaptées, les familles privilégiant un accueil au domicile. Par ailleurs, la mise en œuvre de solutions et d’alternatives à l’institutionnalisation – extensions de places, développement de l’accueil temporaire, dispositifs de répit, solutions inclusives accuse un retard, faute d’ingénierie ou de moyens" peut -on lire dans ce rapport.

- "Des besoins insuffisamment quantifiés" : les acteurs territoriaux ont du mal à suivre le nombre de bénéficiaires et l’évolution des situations individuelles -

Le rapport de la CRC désigne les fautifs : "Outre le manque global de places dans le secteur adulte, plusieurs freins pèsent sur les sorties : les besoins sont insuffisamment quantifiés et les acteurs territoriaux : département, MDPH, agence régionale de santé rencontrent des difficultés à suivre précisément le nombre de bénéficiaires et l’évolution des situations individuelles, en raison du manque d’interopérabilité des circuits d’information".

Autre problématique : certaines familles peinent à se projeter sur des solutions d’accueil trop éloignées dans le temps et parfois perçues comme moins protectrices. 

La CRC constate que la prise en charge des enfants est retardée faute de places libérées : "De nombreux jeunes adultes en situation de handicap rencontrent des difficultés pour obtenir une place dans une structure adaptée à leur situation et correspondant à leur âge. En 2014, la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) faisait le constat de l’âge de plus en plus avancé des jeunes adultes accueillis dans ce cadre et de l’inadaptation de leur prise en charge".

Le  rapport de la CRC souligne également "la rareté et la pression foncière sur un territoire insulaire, qui nécessite la mise à disposition de terrains par le département pour la création de nouveaux ESMS". 

- Un déficit structurel d'alternatives - 

Pour les familles la durée moyenne de séjour après la majorité excède nettement les intentions initiales du dispositif, "signe d’un déficit structurel d’alternatives adaptées et, donc, de listes d’attente longues sur certains établissements".

"L’ajustement de l’offre médico-sociale à La Réunion pâtit donc d’une inertie globale des acteurs et nécessite une stratégie partagée combinant la création de solutions diversifiées pour les adultes, et un effort de fluidification des parcours entre les secteurs enfance et adulte" juge la CRC.

"Le dispositif de l’amendement Creton assure une continuité indispensable pour des jeunes en attente d’orientation, mais pallie un manque d’anticipation des tutelles".

"Redonner de la cohérence au dispositif implique de mieux connaître les besoins, d’améliorer la coordination des acteurs et, avant tout, d’accélérer la création de places et la transformation de l’offre pour atteindre des taux d’équipement comparables aux taux nationaux". 

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