Ce lundi 18 mai 2026, la chambre régionale des comptes publie un rapport sur l'accueil des jeunes adultes en situation de handicap accueillis en structures à La Réunion. Ce rapport est basé sur le contrÎle de l'association Saint-François d'Assise (ASFA). Faute de places dans le secteur adulte, de nombreux jeunes adultes sont maintenus en établissement pour enfants au titre de l'amendement "Creton". Ils représentent aujourd'hui jusqu'à 40 % des places du pÎle médico-social de l'association Saint-François d'Assise. Une situation qui retarde la prise en charge des jeunes enfants, la CRC dénonce l'inertie des acteurs du secteur (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Sur l'ßle, environ 73.375 personnes sont reconnues en situation de handicap, soit prÚs de 8 % de la population, dans un contexte de progression constante du nombre de bénéficiaires d'environ 8 % par an depuis 2011 explique la CRC.
à la Réunion, la MDPH estime "le vivier de personnes inscrites dans un parcours médico-social à 11.000 adultes et enfants, pour environ 5.300 places disponibles tout établissement et services confondus en 2022".
Ce lundi 18 mai, dans son rapport dĂ©finitif, la chambre rĂ©gionale des comptes, CRC, affirme que dans les structures rĂ©unionnaises 40 % des places rĂ©servĂ©es aux enfants en situation de handicap sont occupĂ©es par des jeunes adultes.Â
La CRC note que la prise en charge des jeunes adultes dans les institutions pour enfants de lâASFA, "bien que structurellement inadaptĂ©e, leur apporte un socle protecteur et une prise en charge de qualitĂ© dans lâattente de places sur le secteur adulte".
40%, ce chiffre sâapplique Ă la seule structure Ă©tudiĂ©e pour ce rapport, lâAssociation Saint-François dâAssise (ASFA) Pour les familles, les places sont difficiles Ă trouver, la CRC estime quâil faut en moyenne attendre 10 ans avant dâobtenir une place en structure dâaccueil.Â
En cause : un manque dâanticipation des besoins, des tensions de prises en charge selon la CRC :
"Les capacitĂ©s dâinternat des Ă©tablissements rĂ©unionnais pour enfants paraissent inadaptĂ©es, les familles privilĂ©giant un accueil au domicile. Par ailleurs, la mise en Ćuvre de solutions et dâalternatives Ă lâinstitutionnalisation â extensions de places, dĂ©veloppement de lâaccueil temporaire, dispositifs de rĂ©pit, solutions inclusives accuse un retard, faute dâingĂ©nierie ou de moyens" peut -on lire dans ce rapport.
- "Des besoins insuffisamment quantifiĂ©s" : les acteurs territoriaux ont du mal Ă suivre le nombre de bĂ©nĂ©ficiaires et lâĂ©volution des situations individuelles -
Le rapport de la CRC dĂ©signe les fautifs : "Outre le manque global de places dans le secteur adulte, plusieurs freins pĂšsent sur les sorties : les besoins sont insuffisamment quantifiĂ©s et les acteurs territoriaux : dĂ©partement, MDPH, agence rĂ©gionale de santĂ© rencontrent des difficultĂ©s Ă suivre prĂ©cisĂ©ment le nombre de bĂ©nĂ©ficiaires et lâĂ©volution des situations individuelles, en raison du manque dâinteropĂ©rabilitĂ© des circuits dâinformation".
Autre problĂ©matique : certaines familles peinent Ă se projeter sur des solutions dâaccueil trop Ă©loignĂ©es dans le temps et parfois perçues comme moins protectrices.Â
La CRC constate que la prise en charge des enfants est retardĂ©e faute de places libĂ©rĂ©es : "De nombreux jeunes adultes en situation de handicap rencontrent des difficultĂ©s pour obtenir une place dans une structure adaptĂ©e Ă leur situation et correspondant Ă leur Ăąge. En 2014, la direction de la recherche, des Ă©tudes, de l'Ă©valuation et des statistiques (DREES) faisait le constat de lâĂąge de plus en plus avancĂ© des jeunes adultes accueillis dans ce cadre et de lâinadaptation de leur prise en charge".
Le  rapport de la CRC souligne Ă©galement "la raretĂ© et la pression fonciĂšre sur un territoire insulaire, qui nĂ©cessite la mise Ă disposition de terrains par le dĂ©partement pour la crĂ©ation de nouveaux ESMS".Â
- Un dĂ©ficit structurel d'alternatives -Â
Pour les familles la durĂ©e moyenne de sĂ©jour aprĂšs la majoritĂ© excĂšde nettement les intentions initiales du dispositif, "signe dâun dĂ©ficit structurel dâalternatives adaptĂ©es et, donc, de listes dâattente longues sur certains Ă©tablissements".
"Lâajustement de lâoffre mĂ©dico-sociale Ă La RĂ©union pĂątit donc dâune inertie globale des acteurs et nĂ©cessite une stratĂ©gie partagĂ©e combinant la crĂ©ation de solutions diversifiĂ©es pour les adultes, et un effort de fluidification des parcours entre les secteurs enfance et adulte" juge la CRC.
"Le dispositif de lâamendement Creton assure une continuitĂ© indispensable pour des jeunes en attente dâorientation, mais pallie un manque dâanticipation des tutelles".
"Redonner de la cohĂ©rence au dispositif implique de mieux connaĂźtre les besoins, dâamĂ©liorer la coordination des acteurs et, avant tout, dâaccĂ©lĂ©rer la crĂ©ation de places et la transformation de lâoffre pour atteindre des taux dâĂ©quipement comparables aux taux nationaux".Â
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Si on ne sait pas que le siÚge de l'ASFA est à l'EPADH⊠lol
C'est pour cela que Michel Creton s'est battu toute sa vie pour que les jeunes polyhandicapés ne soient pas sans solution et mis dehors des établissements à 18 ans. Comme c'était le cas.
Si les tutelles sont (trÚs) largement perfectibles, c'est le saucissonnage de la vie de ces personnes qui est en cause. Il n'y a pas de continuité dans la prise en charge nécessaire tout au long de la vie.
Ce que dit la CRC, les familles et les associations le disent depuis des lustres. Les acteurs institutionnels en charge se vantent "de faire" en annonçant des pourcentages sur des chiffres tellement faible que s'en devient presque risible si le sujet le méritait.
Pour rafraichir la mémoire, en novembre 2022 des associations dénonçaient déjà ce systÚme :
https://imazpress.com/actus-reunion/le-gardph-demande-audience-au-ministre-de-la-sante-francois-braun
Là on parle de Saint-François d'Assise, mais tous les EMS sont concernés. Certains trouvent des stratagÚmes pour pousser les jeunes vers la sortie définitives, et les familles se trouvent plutÎt démunie car sans accompagnement. Pour le polyhandicapé, c'est beaucoup plus compliqué car les familles n'ont que rarement les moyens de prendre leur enfant au domicile. Le délai de traitement des dossiers MDPH est tout bonnement scandaleux, la complexité des cas, le manque de personnel, le personnel non remplacé font que⊠c'est trÚs long.
Un sujet pour la CRC, le transport public des personnes handicapées. Car si 5300 bénéficient d'un accompagnement des EMS, 65 000 sont dans le "milieu ordinaire". Plusieurs milliers ont des difficultés à se déplacer faute de respect de la loi rendant le transport public de passagers 100 % accessible depuis le 1er juillet 2020.