Les risques de collisions entre navires et cétacés n'auront jamais été aussi importante au large de nos côtes et dans l'océan Indien. Dans un effet en cascade inattendu, les tensions au Moyen-Orient affectent à des milliers de kilomètres, les groupes de baleines vivant une partie de l'année. Pour limiter le risque, la France a proposé à l’Organisation Maritime Internationale (OMI) la création d’une "zone à éviter" au large de La Réunion afin de renforcer la sécurité maritime et protéger le milieu marin (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
La situation géopolitique en mer Rouge entraîne un report du trafic autour du cap de Bonne-Espérance (au large de l'Afrique du Sud), augmentant fortement la fréquentation du sud-ouest de l’océan Indien.
Cette intensification du trafic accroît les risques de collisions avec les grands cétacés.
Entre le 1er mars et le 24 avril 2026, 89 navires commerciaux ont passé le cap de Bonne-Espérance en moyenne chaque jour, contre 44 sur la même période de 2023.

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- L'effet domino de la guerre sur les baleines dans l'océan Indien -
La division par deux du passage de bateaux commerciaux au détroit de Bab-el-Mandeb et à Suez - entre Méditerranée et océan Indien - s'est traduite par un doublement du trafic au cap de Bonne-Espérance, selon les données de la plateforme Portwatch du Fonds monétaire international (FMI).
De plus l'océan Indien représente une part importante du commerce maritime mondial et a connu l'une des plus fortes augmentations d'intensité du trafic maritime au monde.
Cela est "lié à la mondialisation des échanges et à la croissance du commerce international, dont la majorité transite par voie maritime", selon Jean-Marc Gancille, responsable communication chez Globice.
"Dans l’océan Indien, les routes maritimes reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe sont devenues particulièrement stratégiques", explique Jean-Marc Gancille.
Malgré cette hausse du trafic, "on constate que les baleines à bosse ne modifient pas leurs couloirs de migration ancestraux et sont donc sujettes à des collisions lorsqu'elles croisent les routes commerciales des navires", relève-t-il.
- Des zones à risque pour les baleines dans la zone océan Indien -
À La Réunion, Globice et certains de ses partenaires du consortium de recherche IndoCet ont réalisé une étude complémentaire et l'ont également présenté à la Commission Baleinière Internationale.
Cette étude évalue le risque de collision entre les baleines à bosse et le trafic maritime dans le sud-ouest de l’océan Indien, à partir de données de suivi satellitaire et de trafic AIS.
"Les auteurs identifient plusieurs zones à haut risque, notamment au sud de Madagascar, autour de La Réunion et le long de la côte est de l’Afrique du Sud, où les routes commerciales croisent des zones de forte présence des baleines", indique Jean-Marc Gancille, responsable communication chez Globice.
"Les simulations de mitigation indiquent que la mesure la plus efficace consiste à détourner les routes maritimes hors des zones critiques, supprimant presque totalement le risque local de collision", indique Jean-Marc Gancille.
- Réduire la vitesse à l'approche des cétacés -
Le trafic le plus rapide, qui présente le plus grand risque d'accident, a quadruplé, relève le document à propos des bateaux naviguant à plus de 15 noeuds (27,7 km/h).
La vitesse des navires influence de manière critique le risque de collision, car elle détermine le temps dont disposent les baleines pour détecter les navires qui approchent et réagir.
Les baleines se trouvant sur la trajectoire d'un navire peuvent recevoir un avertissement acoustique limité avant l'approche rapprochée en raison de l'"ombre acoustique" créée par la coque.
"Dans les régions à fort trafic, des niveaux de bruit de fond élevés peuvent également provoquer un masquage acoustique, réduisant encore la portée de détection effective et limitant les réponses d'évitement précoces", précise le document.
Pour Globice, "les limitations de vitesse réduisent également le risque, mais seulement si elles sont strictes (≤10 nœuds), avec une baisse d’environ 40 % du risque de collision", dit Jean-Marc Gancille.
Les collisions, largement sous-documentées, constituent une "cause majeure de mortalité chez les baleines", d'après un article publié en 2024 dans la revue Science.
De nombreuses collisions mortelles se produisent au large et les carcasses ne s'échouent pas nécessairement.
- Une zone à éviter autour de La Réunion -
Pour limiter le risque de collisions du trafic maritime avec les grands cétacés autour de La Réunion - et sous l'impulsion du CROSS et de la Direction générale des affaires maritimes, de la pêche et de l'aquaculture (DGAMPA), ainsi que sur une concertation avec les acteurs maritimes et environnementaux - la France a proposé à l’Organisation Maritime Internationale (OMI) la création d’une "zone à éviter" au large de La Réunion afin de renforcer la sécurité maritime et protéger le milieu marin.
Cette mesure "vise principalement les navires de charge de plus de 300 tonneaux en transit, sans escale prévue à La Réunion", explique Globice.
La "zone proposée éloigne les navires des côtes les plus exposées aux vents, courants et houles, notamment au sud et à l’est de l’île", précise l'organisation.
Elle permet également de limiter les interactions avec les activités de pêche et les habitats de mammifères marins.
L’objectif est de réduire les risques d’échouement, de pollution marine et de collisions avec les cétacés présents dans les eaux réunionnaises.
La mesure entrera en vigueur sous six mois et sera publiée dans les instructions nautiques.
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