Une plateforme numérique permet aux patients d'obtenir un deuxième avis médical dans des délais courts. Pour les Réunionnais, ce service en ligne pourrait leur éviter de devoir se déplacer dans l'Hexagone pour recueillir cet avis. Toutefois, ce service n'est pas directement accessible à tous. (Photo photo Stéphan Laï-Yu/www.imazpress.com)
A l'origine du site internet Deuxièmeavis.fr, on trouve une histoire personnelle. Celle de sa fondatrice, Pauline d'Orgeval, et de son fils atteint d'une scoliose, comme elle l'évoque elle-même. "On n'arrive pas dans la santé par hasard. Il y a dix ans, il a fallu opérer mon enfant et le chirurgien nous a suggéré de prendre un autre avis. Nous avons eu le plus grand mal à prendre rendez-vous avec un spécialiste et nous avons dû attendre quatre mois et demi."
C'est à cette occasion que la chef d'entreprise a pu observer que la présence d'un patient n'est pas toujours requise face à un spécialiste. "Mon fils est autiste et il présente des troubles du comportement. C'était impossible pour lui d'aller voir le médecin orthopédiste. Mais, grâce à son dossier médical complet, un avis a pu être rendu."
Partant de cette approche, une plateforme numérique est lancée pour proposer un service de télémédecine, dans des délais courts, aux patients ayant des problèmes de mobilité ou éloignés des plus grands établissements de référence sur des maladies comme, par exemple, les cancers ou l'endométriose.
- Une demande de confirmation médicale -
Concrètement, il est possible d'envoyer leur dossier médical via une messagerie sécurisée. Ce dossier est ensuite analysé par un médecin qui renverra son avis par messagerie sécurisée aux patients et à leur médecin. "Il s'agit d'avis très pointus ou très spécialisés qui sont donnés par des professionnels qui font autorité dans leur domaine", précise Pauline d'Orgeval. Ponctuellement, des échanges par cette même messagerie sécurisée pourront aussi avoir lieu entre le patient et le spécialiste.
Pour les patients de La Réunion, l'intérêt d'un tel service semble évident. Un intérêt que n'hésite pas à souligner le docteur Jérôme Fayette, oncologue au centre Léon Bérard à Lyon, qui collabore avec Deuxièmeavis. "Parfois, les patients peuvent avoir l'impression qu'ils seraient mieux pris en charge dans les grands centres. Et, par rapport à ce sentiment, il y a une demande de réassurance pour ceux qui passent par ce site."
Une demande de confirmation médicale qui permet d'éviter, selon le soignant, des déplacements inutiles. "En habitant à La Réunion, il faut faire des milliers de kilomètres pour se rendre dans un établissement dans l'Hexagone et parfois devoir rester plusieurs jours loin de chez soi. Là, une alternative leur est proposée."
- Un avis mitigé des médecins traitants de La Réunion -
Le plus souvent, toutefois, les avis rendus par ces spécialistes de l'Hexagone convergent avec les diagnostics rendus dans leur parcours de soin habituel coordonné par leur médecin traitant. "Dans la grande majorité des cas, on est d'accord avec l'évaluation qui nous est présentée", atteste Jérôme Lafayette. Une affirmation qu'appuient les chiffres donnés par le site puisque 80 % des diagnostics seraient confirmés par ce deuxième avis rendu à distance.
Si les possibilités offertes par cette plateforme de télémédecine semblent attractives de prime abord, les soignants réunionnais émettent, toutefois, des réserves sur ce service. Pour le docteur Christine Kowalzcyk, présidente de l'Union Régionale des Médecins Libéraux de l'Océan Indien (URML OI), cette interface peut être intéressante pour les patients locaux dans un cas bien précis, celui de l'errance diagnostique. "Ce type d'errance est rare, elle ne représente que 1% de la population qui aurait été mal prise en charge. Mais, là, ça peut être pertinent de faire appel à cette plateforme."
Pour le reste, le médecin se montre plus mitigée. "Le problème, c'est qu'il y a peu d'interactions avec les patients et qu'il n'y a pas d'étude en direct des signes et des symptômes qui sont décrits directement par eux." De fait, Deuxièmeavis.fr n'est pas référencé par la Sécurité sociale ni en tant que téléconsultation, ni comme téléexpertise, une procédure qui met en relation les médecins entre eux pour qu'ils échangent autour d'un cas. Et il n'est donc pas remboursable par ce canal.
Autre critique, le fait que le patient sorte de son parcours de soin établi par son médecin traitant. "Ce n'est pas une plateforme supervisée par notre profession et le lien avec les médecins traitants ne se fait pas du tout de manière évidente. Et puis, il y a un aspect financier derrière tout ça qui me gêne un peu."
- Un service gratuit seulement pour les adhérents des mutuelles partenaires -
Un aspect financier sur lequel Deuxièmeavis se veut transparent. Selon sa dirigeante, ce "service est totalement gratuit et sans avance de frais" pour les adhérents des mutuelles partenaires. Ces mutuelles incluent la plupart des grands organismes nationaux comme, notamment, la MNH, la MGEN ou MATMUT. Localement, un partenariat a aussi été noué avec le groupe CRC pour intégrer ses clients à ce dispositif de télémédecine. A l'échelle de la France, l'entreprise considère que 30 millions de personnes seraient éligibles.
Pour autant, un nombre important de Réunionnais ne pourraient y avoir accès. Sur l'île, 301 130 personnes sont bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (CSS) en 2023 selon l'Observatoire des territoires. Et, pour l'heure, seraient automatiquement exclues de ce dispositif.
Interrogée sur ce point, Pauline d'Orgeval insiste sur sa volonté de nouer des partenariats avec des acteurs locaux comme les mutuelles de l'île et, surtout, l'Agence régionale de santé (ARS). Un partenariat qui aurait pour objet, dans ce cas de figure, de permettre la prise en charge des patients réunionnais bénéficiant de la CSS. Interpellée sur ce point, l'ARS n'a pas donné suite.
- Accélérer la prise de contact avec un spécialiste -
Une fois posées les limites de cet outil médical, il reste que l'objectif proposé n'est pas dénué d'intérêt. Déjà, car il permet d'accélérer la prise de contact avec un spécialiste sans avoir besoin de payer un déplacement dans l'Hexagone.
Mais aussi, car il offre une opportunité supplémentaire aux personnes malades, comme le souligne l'oncologue Jérôme Lafayette. "On ne cherche à promouvoir le nomadisme médical, ce qui est délétère pour les patients. Mais, parfois, il est intéressant que ces derniers entendent les alternatives thérapeutiques qui existent. Les spécialistes contactés participent à l'amélioration de leur information." Un choix supplémentaire, en somme, pour ceux qui souhaitent avoir exploré l'ensemble des possibilités concernant leur propre santé. Selon la plateforme Deuxièmeavis, moins de 1 % de ses utilisateurs seraient localisés sur l'île à l'heure actuelle.
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