[Photos-Vidéos] Développer sans détruire : le défi du tourisme durable à La Réunion

  • Publié le 7 mars 2026 à 02:59
Développer sans détruire : le défi du tourisme durable à La Réunion

Avec près d’un demi-million de touristes chaque année, le tourisme est l’un des piliers économiques de La Réunion. Dans un contexte marqué par les défis climatiques et la nécessité de préserver la biodiversité, les acteurs locaux sont appelés à adapter leurs pratiques. La question n’est plus seulement d’attirer davantage de visiteurs mais de concilier développement et préservation. Ecotourisme, hébergements labellisés, valorisation des patrimoines naturels et culturels : plusieurs professionnels du secteur s’engagent dans des démarches plus responsables. Ils nous racontent. (Photo vg/www.imazpress.com)

Direction l’est de l’île, à proximité de Grand-Étang à Saint-Benoît. À l'entrée du sentier qui mène au plan d'eau, nous bifurquons à droite. Au bout d’un chemin bordé par la dense végétation, caché dans une forêt de canfriers, se niche Kanopea, un eco-lodge ouvert depuis 2024. Regardez.

Le silence frappe d’abord. Puis l’odeur de la terre mouillée, la lumière filtrée par les feuillages. À 500 mètres d’altitude, les cabanes semblent suspendues dans le vert, reliées entre elles par des pontons qui survolent le sous-bois, pour le préserver. "Je voulais que le projet soit totalement intégré dans la nature, sans impacter l’environnement", explique Denis Rey, propriétaire des lieux. "Si demain je devais arrêter l’activité, je peux rendre la forêt à son état originel. Tout est 100 % réversible".

- Kanopea, des cabanes nichées dans la forêt de Grand-Étang -

Ici, pas de béton coulé en profondeur, mais des micropieux démontables. "Les réseaux passent sous les passerelles en bois. Les tuyaux sont dissimulés et ça nous a évité de devoir creuser et abîmer le sol", explique le propriétaire qui a pensé à tout pour réduire un maximum l'impact de son activité sur l'environnement. "C'est la forêt qui reçoit".

Ventilation naturelle, éclairage LED basse tension, fosses sceptiques inoffensives pour l'environnement, pas de climatisation... Dès sa conception, Kanopéa est imaginé comme un établissement éco-responsable. "On pense que le luxe est dans le calme et dans la sobriété. Pas de fioritures. On a voulu des cabanes totalement intimistes", raconte Denis Rey.

"On se situe à environ 500 m d'altitude donc toute l'année la température est agréable. En hiver, on prévoit des grosses couettes. On propose aussi un chauffage électrique d'appoint que l'on troc, en été, par un petit ventilateur si les gens en ont besoin". En période de chaleurs, des moustiquaires en ciel de lit viennent compléter les installations en chambre. "De cette façon, les gens peuvent dormir avec les baies ouvertes pour garder l'aération naturelle de la cabane". Écoutez.

Même l'offre de restauration suit cette logique, avec une offre bistronomique locale, des produits frais et de saison. À Kanopea, le durable n’est pas un argument marketing : il structure le projet. Les cyclones Belal, en 2024, puis Garance, l'année dernière, sont venus rappeler la réalité climatique. "Les cabanes ont résisté. Par contre, des arbres sont tombées sur l'espace bien-être et spa. Les rafales ont aussi arraché des pontons… Mais on est conscient de ces risques et on s’adapte à la forêt, pas l’inverse". 

- À 1.500 mètres, l’esprit roulotte de la Ferme du Kilimanjaro -

Changement d’ambiance sur les hauteurs de la Plaine des Cafres. À 1.500 mètres d’altitude, la Ferme du Kilimanjaro cultive un autre visage de l’écotourisme. Plus simple et traditionnel.

Deux roulottes en bois trônent sur 3 km de terrain, face au Piton des Neiges et avec vue sur mer. "On a eu l’idée après un voyage en Europe avec mon épouse. On voulait proposer quelque chose de différent", raconte Sergio Marechal, originaire de Saint-Paul.

À l’intérieur des roulottes : un lit double, des panneaux solaires pour l’éclairage, des toilettes sèches, et une salle de douche équipée d'un chauffe-eau solaire. Les espaces extérieurs sont également aménagés : une cuisine partagée, un mini-golf, et même une petite salle de sport. 

- Produits locaux et circuit court -

À la Ferme du Kilimanjaro, on vient se déconnecter. Après une nuit en roulotte et un petit-déjeuner fait maison par les hôtes, Sergio parle apiculture avec ses invités, autour des ruches installées sur le terrain.

Pour la construction des roulottes, le bois utilisé provient en priorité de filières locales, via un artisan péi. Même réflexion pour les plateaux-repas proposés dans les hébergements, ils mettent à l’honneur les produits des producteurs voisins. "On essaie de travailler en circuit court et de sensibiliser nos visiteurs", explique Sergio Marechal.

Ouvert depuis sept ans, l’éco-gîte a été distingué dans plusieurs concours dédiés aux hébergements écologiques. Ici aussi, le durable passe par la pédagogie et l’ancrage territorial.

- Des hébergements labellisés - 

Si certains établissements développent une démarche indépendante, d'autres choisissent la voie des labels. Gestion de l’eau, maîtrise de l’énergie, réduction des déchets, achats responsables : ces certifications imposent des critères précis et contrôlés.

Le label Clé Verte distingue par exemple des adresses comme Les Lataniers, La Villa Masculine ou encore l'Ermitage Boutik Hôtel. L’Ecolabel européen est, quant à lui, délivré à des établissements tels que L’Archipel, Le Ness, le Dina Morgabine, Les Créoles ou encore l'Iloha. 

D’autres hébergements comme Le Repaire du Dodo, à Saline-les-Hauts, revendiquent également une location saisonnière éco-responsable.

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Ces initiatives redessinent progressivement l’offre touristique réunionnaise. Si les approches sont différentes, le fil conducteur reste le même : replacer la nature au centre de l’expérience. Dans une île où l’atout premier reste le paysage, préserver n’est pas seulement un impératif écologique. C’est aussi une stratégie d’avenir. 

vg / www.imazpress.com / [email protected]

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