Iedom : une reprise timide malgré la baisse des taux d’intérêt et de l’inflation en 2025, une reprise menacée par le conflit au Moyen-Orient

  • Publié le 21 avril 2026 à 13:51
  • Actualisé le 21 avril 2026 à 14:43
IEDOM

Selon une étude publiée ce mardi 21 avril 2026 par l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (Iedom) le climat des affaires s’est modérément amélioré en 2025 à La Réunion. L'institut affirme : "la reprise économique est freinée par le passage du cyclone Garance, l’épidémie de chikungunya, et les incertitudes budgétaires et internationales". Les performances financières ont été meilleures en 2025 pour une majorité de secteurs, dont celui des services qui pèse lourd dans l’économie du territoire note l'Iedom. "L’accélération de la reprise en 2026 est toutefois menacée par les conséquences du conflit au Moyen-Orient sur les prix des hydrocarbures, et par les perspectives contraintes des finances publiques" peut-on lire dans le communiqué de l'institut. (Photo : Richard Bouhet/imazpress.com)

Les effets du redressement de l’emploi privé et de la baisse de l’inflation ne se sont pas encore pleinement traduits dans la consommation des ménages, dont l’épargne financière a augmenté.

Les taux d’intérêt ont continué à baisser en 2025, favorisant un retournement de l’investissement résidentiel et une hausse de la production de crédits aux entreprises au second semestre. 

- Le climat des affaires se redresse en 2025 : une reprise économique encore timide en 2025 à La Réunion. - 

L’indicateur du climat des affaires (ICA) synthétisant l’opinion des chefs d’entreprise interrogés dans l’enquête de conjoncture de l’IEDOM, progresse légèrement à 96,4 points en moyenne sur l’année, après 95,1 points en 2024. L’ICA a atteint son point bas au premier trimestre 2025, et s’est redressé depuis, pour se stabiliser au niveau de sa moyenne de longue période. Il suggère qu’une reprise est à l’œuvre, qui met fin au ralentissement progressif de la croissance de l’activité observée depuis mi-2022. 

Les chefs d’entreprise estiment que leur chiffre d’affaires (CA) a augmenté de 0,3 % en 2025 en moyenne, contre - 0,8 % l’année précédente. Les soldes d’opinion concernant l’activité, les effectifs et les prévisions d’investissement sont de nouveau positifs et orientés à la hausse en fin d’année. 

Cette reprise reste néanmoins timide. Elle est d’abord contrariée par les conséquences de deux chocs exogènes locaux : le passage du cyclone Garance et l’épidémie de chikungunya.

Fin février, le passage du cyclone Garance sur La Réunion a causé des dégâts considérables dans les exploitations agricoles, sur les bâtis (principalement des maisons individuelles) et sur les routes. La moitié des entreprises interrogées par l’IEDOM a déclaré être affectée par les conséquences du passage du cyclone. 

Au total pour l’économie de l’île, les seuls dégâts assurés s’élèvent à 400 millions d’euros d’après France Assureurs. Par ailleurs, au premier semestre, la propagation du chikungunya à La Réunion atteint un seuil épidémique. Plus des trois quarts des entreprises répondant à l’enquête de conjoncture de l’IEDOM déclarent avoir subi des impacts sur leur activité (absentéisme, baisse de CA…) de l’épidémie au deuxième trimestre.

Au second semestre, la reprise est freinée par le niveau d’incertitude budgétaire.

En particulier, les discussions autour de la modulation des exonérations de charges prévues par la LODEOM et la suppression des aides publiques à l’investissement (finalement abandonnées) ont concentré l’attention à La Réunion. Les débats parlementaires de l’automne sur le projet de loi de Finances ont contribué à figer les décisions d’investissement et de dépenses des agents économiques. 63 % des professionnels réunionnais interrogés dans l’enquête de conjoncture jugent que leur activité est affectée par cette incertitude politique au niveau national.

- Une inflation divisée par deux - 

L’inflation est divisée par deux à La Réunion par rapport à l’année précédente, pour s’établir à +1,4 % en moyenne annuelle en 2025.

Cette baisse résulte du ralentissement de l’activité sur le territoire, de la baisse des prix de l’énergie, et du resserrement de la politique monétaire de l’Eurosystème à partir de juin 2024.

Mesurée en glissement annuel, l’inflation à La Réunion atteint 0,9 % fin décembre, soit un niveau identique à l’inflation hexagonale qui lui était supérieure depuis deux ans. 

- Une consommation encore hésitante - 

La consommation des ménages reste peu dynamique, dans le prolongement d’une année 2024 déjà atone. Elle est fragilisée par l’attentisme des ménages qui reportent leurs décisions d’achats de biens durables, dont les importations diminuent une nouvelle fois (-4,9 %). Les recettes d’octroi de mer, une taxe assise sur l’importation ou la production de biens, se contractent de 3,7 % sur l’année et confirment ce recul. Dans ce contexte, le marché automobile se distingue.

Après trois années de baisses successives (dont -10,1 % en 2024), les ventes de véhicules aux particuliers se redressent en 2025 (+7,0 %), sans toutefois retrouver les performances préCovid. À noter, les ventes de véhicules hybrides et électriques ont perdu leur momentum avec le relèvement de l’octroi de mer sur les véhicules électriques et l’assouplissement de la législation européenne sur les véhicules thermiques.

- Emploi : panne dans le public, reprise dans le privé - 

L’emploi dans le secteur public et dans le secteur privé affichent des trajectoires opposées. En 2025, après une hausse des emplois en 2024, le secteur public détruit des emplois nets, en lien avec la baisse du nombre d’emplois aidés dits PEC (parcours emploi compétence) de 12.000 à 10.000 contrats. Dans le même temps, le secteur privé, qui avait vu ses emplois diminuer légèrement en 2024, compense les pertes d’emplois publics en 2025 en créant de nouveau des emplois nets.

Au total, le nombre d’emplois augmente modérément de 740 contrats, après +1 780 en 2024. Il s’agit de la roisième plus faible progression de l’emploi enregistrée au cours des quinze dernières années.

Le nombre de demandeurs d’emploi en fin de mois (DEFM) à fin décembre augmente légèrement sur un an de 0,5 % pour les catégories A, B et C. Pour les catégories A, c’est-à-dire, les inscrits n’ayant eu aucun emploi au cours du mois, leur nombre augmente également de 0,5 %.

Le taux de chômage atteint 16,3 % de la population active en moyenne sur l’année 2025, après 17,4 % en moyenne en 2024. Il atteint son point le plus bas jamais enregistré, malgré le faible nombre de créations d’emploi.

L’amélioration du taux d’emploi des seniors favorise cette évolution, grâce à une meilleure intégration sur le marché du travail, et de plus fortes incitations à rester en emploi.

- 2026 : le retour de la confiance ? - 

Après une année 2024 de croissance molle et une année 2025 de reprise timide, les conditions économiques pour une accélération de la croissance en 2026 à La Réunion semblaient réunies.

L’inflation a baissé en deçà du rythme de progression des salaires, libérant de nouveau du pouvoir d’achat pour les consommateurs.

Les taux d’intérêt ont également reflué, améliorant les conditions de financement des investisseurs particuliers et des entreprises.
Toutefois, le niveau d’incertitude de l’environnement économique international, qui a significativement augmenté en 2025 avec la mise en œuvre d’une nouvelle politique commerciale aux États-Unis, est resté élevé début 2026.

En particulier, le conflit armé qui oppose Israël et les États-Unis à l’Iran a perturbé le commerce international des hydrocarbures : des capacités de production de gaz et de pétrole au Moyen-Orient ont été endommagées, alors que la circulation des tankers par le détroit d’Ormuz est désormais entravée.

Pour La Réunion, les conséquences de ce conflit ssont déjà matérialisées en avril par le renchérissement du coût des produits pétroliers (essence, fioul, carburants pour avion), dont le secteur des transports de l’île est dépendant. L’ampleur exacte de son impact sur la hausse générale des prix et in fine sur le pouvoir d’achat des ménages est difficile à prédire, car étroitement lié à sa durée. D’ores et déjà cette situation augure d’une inflation un peu plus forte et d’une croissance plus faible qu’attendu pour le territoire en 2026.

Par ailleurs, les marges de manœuvre budgétaires restent contraintes par les efforts de réduction du déficit public national. Les débats parlementaires du projet de loi de Finances 2026 sur la suppression des aides publiques à l’investissement en Outre-mer et la modulation des exonérations LODEOM ont illustré le risque financier pour les DCOM d’être pleinement associés à l’effort de consolidation national.

Dans ce contexte, l’économie de La Réunion devrait cependant rester bien orientée en 2026. Elle peut compter sur un tissu entrepreneurial assaini, une dynamique démographique encore favorable et le soutien des établissements bancaires implantés localement.

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