Ce lundi 22 décembre 2025, l'INSEE partage les résultats de son étude sur l'accès à la formation des adultes à La Réunion. Selon l'INSEE, les Réunionnais ont moins de chance de se former et rencontrent plus de difficultés lorsqu'ils souhaitent le faire. En 2022, seulement 31 % des adultes ayant terminé leur formation initiale ont suivi au moins une formation au cours des 12 derniers mois contre 47 % en France. De plus, sur l'île, les jeunes adultes se forment beaucoup moins que dans le reste du pays. (Photo : sly/www.imazpress.com)
Sur l’île, ce sont les personnes âgées de 35 à 44 ans qui se forment le plus (49 % contre 57 % en France), alors que les jeunes adultes se forment beaucoup moins que dans le reste du pays (36 % contre 57 %).
Comme au niveau national, le diplôme reste le facteur clé d’accès à la formation : seuls 13 % des non-diplômés réunionnais se forment chaque année contre 59 % des titulaires d’un diplôme supérieur au baccalauréat.
De même, les personnes en emploi se forment davantage (44 %) que les chômeurs (26 %) ou les inactifs (11 %), avec un recours plus élevé pour les cadres et les professions intermédiaires, les salariés du secteur public et ceux des grandes entreprises.
Le moindre recours à la formation à La Réunion s’explique en partie par les caractéristiques socio-économiques du territoire avec notamment un niveau de diplôme plus faible sur l’île, un taux de chômage plus élevé et moins de grandes entreprises.
Toutefois, à caractéristiques identiques, les Réunionnaises et les Réunionnais accèdent moins souvent à la formation que dans le reste de la France. Ils expriment plus souvent des difficultés d’accès à la formation et recourent moins à la formation à distance.
- Les jeunes adultes ont moins recours à la formation qu’au niveau national -
Les adultes réunionnais accèdent ainsi autant à la formation que l’ensemble des adultes résidant dans un Département et Région d’Outre-Mer (DROM) (29 %). Cet accès est cependant bien moindre qu’au niveau national (47 %) et qu’en moyenne dans l’Union européenne (encadré).
Les formations des adultes peuvent être formelles quand elles permettent d’obtenir un diplôme ou un titre reconnu, ou non formelles : elles peuvent alors avoir un but professionnel ou personnel. Comme dans le reste du pays, seuls 1 % des adultes suivent une formation formelle au cours d’une année.
Ainsi, le diplôme obtenu à l’issue de la formation initiale reste déterminant : pour la plupart des personnes, il ne change pas au cours de la carrière.
Le moindre accès à la formation à La Réunion touche aussi bien les hommes que les femmes. Cependant les hommes ont plus souvent recours à la formation à but professionnel (27 %) que les femmes (21 %) : en effet, celles-ci sont toujours moins présentes sur le marché du travail que les hommes.
Contrairement au niveau national, le recours des jeunes adultes réunionnais de moins de 35 ans à la formation est nettement inférieur à celui des 35-44 ans (36 % contre 49 %) (figure 1). À La Réunion, ce sont d’ailleurs ces derniers qui se forment le plus.
Au niveau national, le recours à laformation concerne une part élevée et identique des 18-24 ans, des 25-34 ans et des 35-44 ans (57 %). À La Réunion l’accès à la formation chute brutalement à partir de 45 ans et encore plus à partir de 55 ans, alors qu’il diminue plus progressivement en France.
- Le diplôme, clé de l’accès à la formation continue -
À La Réunion comme au niveau national, le niveau de diplôme initial est le principal déterminant de l’accès à la formation. Les titulaires d’un diplôme supérieur au baccalauréat bénéficient nettement plus souvent d’une action de formation (59 %) que les personnes non diplômées (13 %)
Or le niveau de diplôme des adultes est bien plus faible à La Réunion qu’en France : en 2022, 34 % des personnes de 18 à 69 ans ayant terminé leur scolarité n’ont pas de diplôme, contre 14 % dans l’ensemble du pays. Par ailleurs, seuls 20 % des adultes sont titulaires d’un bac+2 ou plus contre 39 % en France.
Ces différences en termes de niveau de diplômes expliquent une partie des écarts dans le recours à la formation entre La Réunion et le niveau national. Cependant, même à niveau de diplôme équivalent, les Réunionnais et Réunionnaises suivent moins de formations que leurs homologues : par exemple, seulement 13 % des non-diplômés accèdent à une formation dans l’année, contre 19 % en France.
Ces écarts se retrouvent également dans l’accès à la formation à but professionnel. Ce type de formation concerne tous les adultes, en emploi mais aussi au chômage, et même certains inactifs qui souhaitent améliorer leurs compétences ou anticipent un retour sur le marché du travail.
À La Réunion, seulement 8 % des non-diplômés ont suivi une formation à but professionnel au cours de l’année contre 49 % des titulaires d’un bac+2 ou plus.
Cette situation renforce les inégalités sur le marché du travail : les personnes moins diplômées sont plus souvent au chômage ou inactives et, lorsqu’elles occupent un emploi, celui-ci est souvent moins bien rémunéré et plus pénible. Le moindre accès à la formation limite également leurs perspectives d’évolution tout au long de la carrière.
- Moins d’une personne au chômage sur cinq accède à une formation à but professionnel -
L’accès à la formation dépend également de la situation sur le marché du travail : 44 % des personnes ayant un emploi se sont formées au cours des 12 derniers mois, contre 26 % des chômeurs et 11 % des inactifs. C’est bien moins qu’au niveau national où c’était le cas de 57 % des personnes en emploi, 43 % des chômeurs et 21 % des inactifs.
L’écart est encore plus marqué pour la formation à but professionnel : seulement 19 % des demandeurs d’emploi ont suivi une telle formation au cours des 12 derniers mois, soit deux fois moins que parmi les personnes en emploi (37 %) .
Cet écart provient en partie du niveau de diplôme en moyenne plus faible des personnes au chômage. Le faible recours à la formation professionnelle tend à maintenir les personnes peu diplômées au chômage ou dans des emplois peu qualifiés.
Cette situation, similaire dans l’ensemble du pays, prend une dimension particulière à La Réunion, où le niveau de formation initial est faible et le taux de chômage élevé : 17 % contre seulement 7 % en France en 2024.
Les Réunionnaises et les Réunionnais sont moins souvent à l’initiative de leur formation qu’en France. Pour les personnes en emploi, l’employeur est à l’initiative de 74 % des formations à but professionnel à La Réunion, contre 67 % en France. Pour les personnes éloignées de l’emploi, le service public de l’emploi est à l’origine de 38 % de ces formations, contre seulement 24 % en France.
Par ailleurs, comme ailleurs en France, le compte personnel de formation (CPF) est très peu utilisé. Ce dispositif permet aux actifs de choisir et de financer une formation de manière autonome, indépendamment d’un employeur ou de l’État. À La Réunion, seules 3 % des formations non formelles à but professionnel des personnes en emploi sont financées par le CPF (2 % en France). Pour les formations destinées aux demandeurs d’emploi, le recours au CPF est encore plus limité qu’au niveau national : seules 4 % d’entre elles le mobilisent, contre 13 % en France.
Tant à La Réunion qu’au niveau national, les formations courtes prédominent : ces formations d’une durée de moins de 13 heures constituent 45 % des formations à but professionnel des actifs réunionnais, une part toutefois plus faible qu’en France (56 %).
Les formations les plus longues, dépassant 60 heures, sont plus fréquentes à La Réunion (17 % contre 7 % dans l’ensemble du pays). Les chômeurs suivent plus souvent que les personnes en emploi ces formations longues : 47 % des demandeurs d’emploi contre 11 % des personnes ayant un emploi.
- Les salariés du secteur public se forment davantage que ceux du privé -
Les salariés du secteur public se forment davantage : 53 % ont suivi une formation à but professionnel au cours des 12 derniers mois contre 31 % dans le privé (écart de +22 points). Cet écart est plus marqué à La Réunion qu’en France, où 60 % des agents publics sont dans ce cas contre 47 % des salariés du privé (+13 points). Parmi les indépendants, 29 % se sont formés au cours de l’année écoulée sur l’île et 40 % en France.
Dans le privé, la formation concerne davantage les personnes en CDI (32 %) que celles en CDD (22 %). Le recours à la formation est plus fréquent dans les grandes entreprises : 51 % des salariés des établissements de 50 personnes ou plus accèdent à des formations à but professionnel contre seulement 20 % au sein de ceux de moins de 10 salariés. Or les petites structures prédominent à La Réunion : 80 % des établissements ont moins de 20 salariés. Au niveau national, 56 % des salariés des grands établissements ont suivi une formation à but professionnel dans les 12 derniers mois (+5 points par rapport à La Réunion), contre 32 % dans les petits (+12 points).
En outre, plus de la moitié des cadres (52 %) et des professions intermédiaires (53 %) accèdent à une formation à but professionnel, contre seulement 30 % des employés et 29 % des ouvriers. Ces écarts reflètent à la fois les différences liées au niveau de diplôme et les besoins spécifiques liés à certains métiers à forte technicité ou en évolution rapide. Pourtant, la formation joue un rôle clé pour favoriser les transitions professionnelles dans un contexte où changer de métier devient courant.
- Moins de chance de se former et plus de difficultés rencontrées pour le faire -
Plusieurs caractéristiques structurelles propres au territoire contribuent à limiter l’accès à la formation continue : la population est en moyenne moins diplômée qu’en France, les actifs moins nombreux et les emplois de cadres y sont moins fréquents. Par ailleurs, une part importante des adultes rencontrent des difficultés à l’écrit en langue française et ces personnes accèdent moins fréquemment à la formation.
Les grands établissements sont moins représentés et les secteurs qui forment le plus au niveau national (industrie et services financiers) pèsent peu dans l’économie régionale. Ces effets de structure expliquent près de la moitié de la différence d’accès à la formation observée entre La Réunion et la France.
Toutefois, même pour des adultes ayant des caractéristiques similaires (âge, diplôme, emploi, catégorie socioprofessionnelle, etc.), la probabilité de suivre une formation reste plus faible à La Réunion qu’en France.
Au-delà de ces effets de structure, un "effet territoire" demeure. Il tient notamment aux plus grandes difficultés exprimées pour l’accès aux formations. Parmi les personnes formées à La Réunion, 31 % indiquent avoir dû surmonter des difficultés pour le faire, contre 21 % en France.
De plus, 44 % des actifs renoncent à se former ou à se former davantage. Ils expriment, plus souvent que dans le reste du pays, des difficultés relatives à l’emploi du temps ou à la charge de travail et au coût de la formation (un actif réunionnais sur six), tandis que les responsabilités familiales, la distance entre le domicile et la formation et le manque de formations adaptées constituent d’autres freins plus fréquemment évoqués.
Dans le contexte insulaire de La Réunion et de grande distance avec le reste du territoire national, la question de l’offre de formation locale se pose.
En outre, alors que la formation à distance s’est fortement développée ces dernières années dans l’Hexagone, elle est moins répandue à La Réunion : 22 % des formations à but professionnel à destination des personnes en emploi ont lieu à distance ou en partie à distance (contre 31 % en France) et c’est le cas de seulement 13 % des formations suivies par les demandeurs d’emploi (contre 32 % en France).

Selly et ses adjoints auraient dû suivre une formation.