La réserve naturelle nationale de l’étang de Saint-Paul, plus vaste zone humide protégée de La Réunion et unique site Ramsar (convention relative aux zones humides d'importance internationale) de l’île, constitue un réservoir majeur de biodiversité. Mais, selon le dernier rapport d’observations définitives de la Chambre régionale des comptes, sa gestion reste confrontée à d’importants défis de gouvernance, de coordination territoriale et de pilotage stratégique. (Photo d'illustration Sly/www.imazpress.com)
Créé le 1er mai 2023, le Groupement d’intérêt public de la réserve naturelle nationale de l’étang de Saint-Paul (GIP RNNESP) marque une rupture avec l’ancienne régie communale. Ce changement visait à "associer la commune de Saint-Paul, le département de La Réunion, l’État, la région Réunion et la communauté d’agglomération du Territoire de l’Ouest" afin "d’élargir et de stabiliser ses ressources financières constituées essentiellement de subventions publiques".
L’étang de Saint-Paul s’étend sur 447 hectares et se situe au cœur d’un bassin versant de plus de 106 km². Cette zone humide abrite une mosaïque d’habitats naturels qui "permet de soutenir des populations animales diversifiées, en particulier les arthropodes, les oiseaux et la faune aquatique", décrit le rapport.
Labellisée site Ramsar en 2019, la réserve est reconnue pour son rôle écologique à l’échelle régionale : "Ce site a une importance particulière à l’échelle de l’océan Indien pour le nombre d’espèces menacées qui y trouvent un lieu de nourrissage, de chasse, de reproduction ou de protection", souligne la CRC.
Si le recours à un GIP a permis une gouvernance "plus inclusive", le rapport pointe un fonctionnement insuffisant de ses instances. L’assemblée générale, censée être "le lieu de discussion de la stratégie du groupement", s’est peu réunie et a été mobilisée essentiellement pour gérer des situations d’urgence, notamment après le décès du directeur en décembre 2024.
La Chambre régionale des comptes souligne ainsi que "trop peu de sujets stratégiques sont abordés par l’assemblée générale, alors même qu’elle constitue l’instance où la stratégie du groupement devrait être discutée."
Cette fragilité institutionnelle a été aggravée par l’absence de dispositions claires dans les statuts pour assurer l’intérim de la direction, conduisant à des périodes sans ordonnateur habilité.
- Des missions ambitieuses, mais inégalement mises en œuvre -
Le second plan de gestion de la réserve (2023-2032) recense 230 actions, traduisant une "ambition forte". Cependant, le rapport estime que ce volume rend le suivi complexe et appelle à "la définition nécessaire de priorités".
Les actions de conservation ont produit des résultats notables, notamment en matière de gestion hydraulique et de lutte contre les espèces exotiques envahissantes. Le rapport souligne que ces actions ont "permis d’œuvrer à une meilleure gestion hydraulique de l’étang et de ses canaux et de préserver la biodiversité sur le site de la réserve".
En revanche, certaines missions restent fragiles, en particulier lorsque le GIP agit seul sur des enjeux partagés. "Certaines missions qui nécessitent le concours d’autres acteurs publics compétents sont inégalement réalisées, le GIP se retrouvant à intervenir seul sur des thématiques dont il est à la fois contributeur et tributaire", observe la CRC.
La qualité de l’eau constitue un point de vigilance majeur. Si une légère amélioration est observée ces dernières années, le rapport rappelle que des pollutions persistantes trouvent leur origine en amont de la réserve.
Le comité consultatif souligne notamment "la croissance continue de l’urbanisation sur les pourtours du périmètre de la réserve" et "le besoin d’améliorer la connaissance du fonctionnement hydraulique à l’échelle du bassin versant".
La Chambre régionale des comptes insiste sur la nécessité d’une gouvernance intégrée de l’eau. "Une cohérence dans les politiques publiques menées par les collectivités, à la fois gestionnaires de la réserve et aménageurs du territoire, est indispensable",
Au-delà des constats techniques, le rapport appelle à une mobilisation politique accrue. Il invite les membres du GIP à "anticiper dès à présent les effets de la pression urbaine sur la réserve" et à veiller à la cohérence entre leurs politiques d’aménagement et les objectifs de conservation qu’ils financent.
En filigrane, le document rappelle que la préservation de l’étang de Saint-Paul ne peut reposer sur le seul gestionnaire, mais sur une stratégie collective et assumée.
- Sept recommandations de la CRC -
Face aux constats dressés, la CRC formule plusieurs recommandations destinées à sécuriser le fonctionnement du GIP et à améliorer l’efficacité de son action. Celles-ci portent à la fois sur la gouvernance, la gestion interne et la mise en œuvre des missions de conservation.
La CRC appelle notamment à renforcer les outils de pilotage stratégique, en recommandant de "produire un outil de suivi simplifié du deuxième plan de gestion au service de l’opérationnalité et du pilotage pluriannuel des 230 actions".
Sur le plan des ressources humaines, elle souligne la nécessité de structurer une véritable politique de prévention et de formation, préconisant d’"adopter le document unique d’évaluation des risques professionnels et de le mettre à jour annuellement" ainsi que de "mettre en place le plan de formation du GIP, notamment sur la formation des gardes assermentés".
La Chambre insiste également sur la fiabilité de la gestion financière, en demandant de "produire une comptabilité analytique" et de "mettre à jour l’inventaire physique du patrimoine" afin d’assurer une vision exhaustive des coûts et des investissements.
Enfin, elle invite les membres du GIP à jouer pleinement leur rôle politique, en veillant à "s’assurer de la cohérence entre les stratégies d’aménagement relevant de la compétence de ses membres avec les enjeux environnementaux liés à la protection de la réserve", condition essentielle pour préserver durablement l’étang de Saint-Paul face aux pressions croissantes.
