Ils portent fièrement le tee-shirt aux couleurs de l’école Peyret Forcade de Piton Saint-Leu. Les enfants de cet établissement se mobilisent pour vendre des gâteaux et des crêpes qu’ils ont fabriqués eux-mêmes. Objectif : réaliser le grand projet d’une classe de CM2 en finançant à 100 % un voyage scolaire en Afrique du Sud en juin 2026. Dans ce quartier où certains enfants ne sont jamais partis en vacances, il manque 12.000 euros pour atteindre ce but (Photo : Élodie Escande/www.imazpress.com)
Devant le vendeur de fruits et légumes du quartier du Portail à Piton Saint-Leu, une petite table est posée sous la vitre du commerce emblématique du chemin Pierre Deguigné un jour de mars. Un petit garçon se dirige spontanément vers les clients, avant qu’ils ne franchissent la porte du bazar. Owen prend une grande inspiration puis il lance : "Bonjour madame, nous vendons des parts de gâteaux…".
La maîtresse souffle les quelques informations manquantes. Owen en est persuadé : "Les gens sont généreux" et c’est cet élan qui va aider à financer "le reste du voyage pour tous ses copains".
Face aux adultes qui multiplient les questions un peu plus techniques, c’est la maîtresse, Katia Guemguem, qui répond : "Si on arrive à récolter les 12.000 euros manquants, les parents n’auraient rien à débourser. Comme ce voyage a lieu sur le temps scolaire, les familles n’ont pas le droit à l’aide de la CAF".
Elle ajoute : "Notre école se trouve dans un quartier avec beaucoup de mixité, certains enfants n’ont jamais voyagé, d’autres ne sont jamais partis en vacances".
- "Une chance unique pour nos enfants" -
Une maman est là aussi, gant à la main, elle sert les gâteaux aux généreux acheteurs de passage. Aurélie Hibon fait partie de ces parents motivés et impliqués dans la préparation de ce voyage.
Son fils a 10 ans, comme les copains de sa classe, elle raconte : "J’ai un enfant dans la classe qui est porteur de handicap et je l’accompagne, c’est une chance unique pour nos enfants de partir. Mon enfant ne peut pas voyager sans moi. Normalement, il faudrait une organisation spécifique très lourde. Même moi seule, c’est difficile à gérer, difficile d’envisager un voyage, donc là, on a vraiment la force du collectif. Grâce à ce projet, mon enfant a la chance de voyager."
Aurélie Hibon constate des changements dans le comportement de son fils : "En CP, mon fils ne pouvait pas dire bonjour. Normalement, mon enfant ne parle pas aux gens, aujourd’hui il explique le projet de la classe à des inconnus."
La maman continue : "On donne le goût de l’effort aux enfants et leur motivation est décuplée. On se demande comment donner du sens aux apprentissages". L'enseignante complète sa phrase : "comme cela, dans le réel, dans la vraie vie. Ils s’en souviendront toute leur vie."
- "Un projet ambitieux" de voyage scolaire en Afrique du Sud -
Owen et 22 de ses camarades de classe sont mobilisés depuis le début de l’année scolaire pour un projet dont leur maîtresse est à l’initiative. "L’idée est venue en discutant avec les parents. Il y a certains élèves aujourd'hui dans ma classe de CM2 qui sont avec moi depuis le CP, ce voyage, c'était pour nous offrir une belle dernière expérience ensemble."
"C’est un projet ambitieux et on ne s’en rend pas forcément compte en s'y lançant."
Ambitieux car il faut mobiliser les familles : faire les demandes de premiers passeports et surtout, il faut le rendre accessible à tous les élèves.
Pour la partie financement, Katia Guemguem et sa classe ont déjà atteint 19.000 euros grâce notamment à la caisse des écoles, à une banque privée, un dîner dansant, des ventes de gâteaux, un marché de Noël, ou encore avec l'emballage des cadeaux de Noël que les familles ont faits dans les commerces en décembre 2025, et aussi grâce au mécénat.
Au total, c’est un budget de 31.000 euros pour 23 élèves de CM2, avec pour le moment un reste à charge de l’ordre d’un peu plus de 600 euros par enfant. Pour atteindre ce dernier objectif, les enfants, la maîtresse, mais aussi les parents d’élèves, multiplient les petits événements. Une cagnotte de financement participatif est également ouverte.
Les actions menées par la classe servent à financer uniquement le séjour des enfants. Les adultes accompagnateurs paient eux-mêmes le voyage.
Rarement à court d’idées, ils organisent un loto quine le samedi 21 mars 2026, à la salle des fêtes du Foiral à Piton Saint-Leu, à 14h. Ce voyage en Afrique du Sud, c'est un défi un peu fou, porté par une enseignante engagée, investie bien au-delà des apprentissages scolaires, avec un projet qui change déjà la vie de ses élèves.
Dans cette petite école de quartier, ces 23 enfants font partie de la première classe de CM2 de l’établissement, qui n’en comptait pas depuis son ouverture récente. Les enfants comptent sur la générosité des Réunionnais pour compléter le financement de leur voyage.
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