Nadine Bortel sâoccupe de ses frĂšres jumeaux depuis le dĂ©cĂšs de ses parents. Jean-François et Jean-Yves, aujourdâhui ĂągĂ©s de 65 ans, sont en situation de handicap. Depuis peu, Jean-Yves a Ă©tĂ© placĂ© en institution. Pour Nadine, ĂȘtre prĂ©sente nâa jamais Ă©tĂ© un choix : câest une Ă©vidence, presque une continuitĂ© de vie.
"Je me suis toujours occupĂ©e de mes frĂšres. Ils font partie de ma vie", confie-t-elle simplement. TrĂšs tĂŽt, elle comprend lâattention particuliĂšre quâils nĂ©cessitent. En grandissant, cette prĂ©sence sâimpose naturellement, sans rupture, comme une responsabilitĂ© intĂ©grĂ©e au quotidien.
MĂȘme aprĂšs avoir fondĂ© sa propre famille, Nadine reste proche. "Comme je nâhabitais pas loin, câĂ©tait plus facile. Je venais souvent, câĂ©tait normal", prĂ©cise-t-elle. Autour dâelle, lâĂ©quilibre familial tient. Son pĂšre veille, assure le quotidien. Chacun trouve sa place, entre autonomie et solidaritĂ©.
Puis, en 2014, tout bascule avec le dĂ©cĂšs de son pĂšre. Nadine engage alors les dĂ©marches pour devenir tutrice de sa mĂšre et de ses frĂšres. Une formalitĂ© en apparence, mais qui vient officialiser un rĂŽle quâelle exerce depuis toujours. « Je ne suis pas devenue aidante : je lâĂ©tais dĂ©jà », dĂ©clare Nadine Bortel.
DĂšs lors, les responsabilitĂ©s sâintensifient. Entre sa vie professionnelle, ses enfants et lâaccompagnement de ses proches, Nadine compose, ajuste, avance. La disparition de sa mĂšre marque une nouvelle Ă©tape, plus difficile encore.
"Mes frĂšres nâont pas pu exprimer leur chagrin. Cela a entraĂźnĂ© des troubles", souligne-t-elle Lâun dâeux sâenferme dans le silence, tandis que la maladie de Parkinson apparaĂźt.
- "Jâai compris que je nâĂ©tais pas seule" -Â
Face Ă ces Ă©preuves, elle trouve progressivement des relais. En 2014, elle dĂ©couvre le GIP SAP. "Ils sont venus chez moi. Jâai pu Ă©changer, ĂȘtre orientĂ©e ». Cette rencontre est dĂ©terminante. Peu Ă peu, un rĂ©seau se met en place, apportant soutien et repĂšres. "Jâai compris que je nâĂ©tais pas seule. Cette Ă©coute mâa permis de rester forte", explique Nadine.
La Maison départementale des personnes handicapées devient également un appui précieux. Nadine y trouve des informations, des réponses, mais aussi une forme de reconnaissance dans son rÎle.
Avec le temps, elle apprend aussi Ă prĂ©server son propre Ă©quilibre. « Il est essentiel de prendre soin de soi. Câest une question de survie. Il ne faut pas sâoublier », insiste-t-elle. Une luciditĂ© construite au fil des annĂ©es, au cĆur dâun engagement constant.
Aujourdâhui, la sĂ©paration avec Jean-Yves reste une Ă©preuve. Son Ă©tat a nĂ©cessitĂ© un placement en institution. Une dĂ©cision difficile, mais nĂ©cessaire. « JâespĂšre pouvoir le ramener Ă la maison. Je sais quâil sera plus heureux avec son frĂšre et moi ».
Depuis toujours, Nadine est lĂ . DiscrĂštement, sans revendication. Une prĂ©sence fidĂšle, ancrĂ©e dans le lien familial, qui ne sâest jamais interrompue.


