Avec plus de 100.000 nouveaux cas chaque année en France et des centaines de cas à La Réunion, les cancers de la peau sont encore trop fréquents. Dans 80% des cas, ils sont liés à des expositions excessives au soleil. Le dépistage est essentiel pour éviter le pire. Il peut être effectué par un médecin traitant qui dirigera la personne en urgence chez un dermatologue si besoin. Une méthode d'auto-dépistage a également été élaborée par des spécialistes. Il en sera notamment question ce jeudi 28 mai 2026 lors de la journée de sensibilisation organisée par le CHOR (Centre hospitalier Ouest Réunion) dans le cadre de "Mai Violet", le mois dédié à la prévention et au dépistage des cancers de la peau (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
À La Réunion, le délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue est de six mois. Les spécialistes sont plus rares et les patients à l'inverse, en demande croissante.
Afin de sensibiliser la population et à l’occasion de Mai Violet, le mois dédié à la prévention et au dépistage des cancers de la peau, le CHOR (Centre hospitalier Ouest Réunion) organise une journée de sensibilisation.
- Première personne à "alerter", votre médecin traitant -
Comme pour chaque problème de santé, le premier réflexe est de joindre son médecin traitant. Et c’est une bonne chose.
"En pratique si c'est urgent, il faut aller voir son médecin traitant. Ce dernier va orienter sur le caractère bénin ou suspect de la lésion", explique le Docteur Camille Scalbert Sadones, présidente de Mission Soleil Réunion (MiSolRé) et onco-dermatologue au CHOR.
Les médecins traitants sont formés et savent le plus souvent faire la distinction entre lésion bénigne et suspecte. Ils peuvent si besoin demander au dermatologue un avis", ajoute-t-elle. De plus en plus de généralistes s’équipent de dermoscopes, des "loupes" médicales qui permettent de voir la peau en détail.
D'ici 2027, les pharmaciens de La Réunion pourraient eux aussi dépister et photographier les grains de beauté en officine. "Il s'agit d'un projet de l'Union régionale des professionnels de santé (URPS)", explique Boubker El-Beghdadi, président de l'URPS.
"Cela permettrait d'être en relation avec un dermatologue pour valider les résultats et si c’est grave on pourrait obtenir un rendez-vous plus rapidement", dit-il.
- Le dépistage du cancer de la peau, pas forcément obligatoire -
Les médecins généralistes ont accès en premier à la peau du patient. "Ils nous envoient ensuite des photos de bonne qualité et en fonction de ce que l'on voit, on peut débloquer des créneaux d'urgence plus rapides que les délais actuels chez un dermatologue", indique le Docteur Camille Scalbert Sadones.
Le généraliste devient ainsi le filtre indispensable.
Outre des lésions suspectes, le médecin traitant sait qui sont les personnes à risques : ceux qui ont la peau claire, ceux qui ont des antécédents de cancers de la peau, des traitements qui font diminuer l'immunité, les personnes travaillant en extérieur ou ayant de nombreux loisirs extérieurs.
Dès lors qu'il n'y a pas d'urgence, le délai est de six mois pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste.
- Les signes avant-coureurs d'un cancer de la peau -
Dès lors que l'on présente un grain de beauté "différent", qui apparaît ou évolue bizarrement, les professionnels de santé recommandent de le montrer à un médecin.
Il est possible de procéder de temps à autre à une vérification sans forcément consulter systématiquement. Une méthode pratique a donc été mise en place pour procéder à un auto-dépistage : la technique dite de l’ABCDE. Elle permet de vérifier le grain de beauté sur cinq points.
A pour asymétrie. Il faut vérifier que le grain de beauté soit bien symétrique, c’est-à-dire que les deux moitiés puissent se superposer.
B pour bords. Il faut vérifier que les bords soient lisses et bien délimités. Si le contour est dentelé, irrégulier il faut consulter.
C pour couleur. Il faut vérifier que la couleur du grain de beauté soit relativement uniforme. Il est important qu’il ne présente pas plus de trois nuances différentes.
D pour diamètre. Surveiller attentivement si le diamètre est supérieur à 6 mm.
E pour évolution. Il faut se concentrer sur l’évolution d’un grain de beauté, sa taille évidemment mais aussi son aspect, son épaisseur, surtout s’il présente un changement ou s’il déclenche des symptômes comme des saignements ou des démangeaisons.
La présence d'un ou plusieurs de ces signes ne signifie pas forcément que vous avez un mélanome mais justifie de demander un avis médical sans attendre.
Attention il ne faut pas perdre de vue qu’un mélanome peut se trouver n'importe où, y compris sur les ongles ou sous les pieds.
- Carcinome ou mélanome... deux types de cancers de la peau -
Le mélanome "est un cancer de la peau issue d'une dégénérescence des mélanocytes qui sont des cellules de pigmentation de la peau", explique la dermatologue.
Dans "70% des cas de mélanomes, il s'agit de nouveaux grains de beauté qui apparaissent", explique le Docteur Camille Scalbert Sadones. À l'inverse, "30% des mélanomes sont des grains de beauté qui se modifient".
Il s'agit de "cancers plus rares que le carcinome mais plus graves car ils peuvent se généraliser". Ce sont les premiers cancers qui touchent les jeunes entre 25 et 50 ans, "très agressifs", dit-elle. "Une personne peut en décéder rapidement si le diagnostic a été tardif."
Le carcinome lui, peut-être de deux types. Il peut être épidermoïde et donner lieu à des métastases. "Il est fréquent de le voir chez les personnes exposées tout au long de leur vie au soleil", indique la présidente de MiSolRé.
Il existe également le carcinome basocellulaire. "Un patient sur huit va en présenter dans sa vie", dit-elle. Cela peut être par exemple "un bouton qui ne guérit pas au bout d'un mois. Il faut s'en méfier", poursuit le Docteur Camille Scalbert Sadones.
Des cancers qui, pris à temps, peuvent être traités par la chirurgie. Si les cellules tumorales se propagent à distance (métastases), les professionnels mettent alors en place de l'immunothérapie ou de la chimiothérapie.
- 80% des cancers de la peau sont liés au UV -
80% des cancers de la peau sont liés aux ultra-violets (UV). À La Réunion - alors que l'échelle des UV va de 0 à 11 - "nous sommes en moyenne à l'extrême et cela peut monter jusqu'à 20 en plein été", souligne la dermatologue.
La surveillance est la clé, mais la prévention reste la meilleure des protections : éviter de s'exposer entre 10h et 15h, rechercher l'ombre, se couvrir (manchette, t-shirt, lunette, chapeau ou casquette…)
Le meilleur moyen de s'en prémunir reste de se protéger. "Mettre de la crème solaire 50+, c'est le maximum que l'on puisse trouver, même si cela ne protège pas à 100%", dit-elle. "Le sigle SPF 50 indique qu'une peau protégée mettra 50 fois plus de temps à attraper un coup de soleil qu'une peau nue."
"Pour que ce bouclier reste efficace, la règle d'or reste la même, peu importe l'indice : on en réapplique toutes les deux heures surtout si baignade ou transpiration", précise la professionnelle de santé. D'autant que désormais, une diminution des taxes d'octroi de mer a été accordée après négociation de Misolré et de La Région. Les taxes sont passées de 21,5% à 5% en 2025. Cela devrait faire baisser les tarifs.
À La Réunion, en 2025, 100 nouveaux mélanomes, plus de 500 carcinomes épidermoïdes et des milliers de carcinomes basocellulaire ont été décelés.
Selon l'Observatoire régional de la santé (ORS), rn 2023, environ 300 personnes ont une affection de longue durée pour un cancer de la peau à La Réunion.
Une personne par mois décède d’un cancer de la peau dans le département.
Crème ou pas… l'important est d'éviter à tout prix les coups de soleil et le bronzage qui sont une agression de la peau et sont responsables à long terme des cancers de la peau.
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