Sans-plomb à 2,11 euros le litre : les Réunionnais limitent leurs déplacements, les pétroliers se gavent, l'État détourne le regard

  • Publié le 2 novembre 2026 à 07:02
  • Actualisé le 2 novembre 2026 à 07:03
station service

Si votre véhicule roule au sans-plomb, la nouvelle ne vous a pas échappé. Le prix du litre de ce carburant a augmenté fortement à La Réunion pour passer de 2 euros à 2,11 euros depuis ce dimanche 1er novembre 2026. Évidemment ce nouveau coup de chaud à la pompe provoque une augmentation importante du coût de la vie pour la population. Dans une île où les alternatives au tout-voiture restent rares, la hausse des carburants influe inévitablement sur le quotidien de chacun. Une fois de plus les particuliers, les entreprises, les travailleurs indépendants, les assistantes maternelles, les infirmiers doivent revoir et optimiser leurs déplacements. Et que font les pétroliers pendant ce temps là ? Ils se gavent, comme d'habitude. L’État lui, détourne le regard, comme d'habitude (Photo Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Fabien est salarié du médical (secteur privé). À l''annonce des nouveaux prix il se dit résigné : "Que voulez-vous que je vous dise… On n'a pas le choix en fait. Ne pas faire le plein, ne pas prendre la voiture... c'est impossible pour moi, je travaille dans le médical. Je suis parfois amené à aller dans l'ouest de l'île ou le sud pour des rendez-vous pour le travail. Donc comme d'habitude on fera le plein car on n'a pas le choix et puis on fera attention aux dépenses, c'est tout."

À la question : pourquoi pas envisager le covoiturage ? "Non. J'avoue, je n'ai pas du tout confiance là-dedans, le fait d'avoir quelqu'un que je ne connais pas avec moi, s'il arrive quelque chose après, c'est pour ma pomme" répond-il.

Cyrielle elle, ira moins rendre visite à sa famille. Elle habite dans le nord. Elle se déplace régulièrement dans les Hauts de l'île, notamment à la Plaine pour voir ses proches.

Elle explique : "Habituellement, je montais à la Plaine des Cafres un week-end sur deux, mais là, avec le prix de l'essence, je vais devoir bien réduire et y aller beaucoup moins. Vous imaginez la route entre Saint-Denis et la Plaine, l'essence que vous consommez. Entre les factures, les imprévus de voiture… Même si je vis seule, chaque mois il faut calculer pour pouvoir quand même se faire plaisir aussi."

C'est une hausse qui a débuté en avril 2026 : le sans-plomb prenait alors 42 centimes et passait à 1,96 euro (contre 1,54 en mars), le gazole augmentait lui de 52 centimes pour coûter 1,77 euro le litre à la caisse (contre 1,25 euro en mars). 

Des prix que doivent regretter les Réunionnais alors que le litre de sans-plomb passe à 2,11 euros en novembre 2026. 

À lire aussi : Prix des carburants : la préfecture justifie cette hausse en raison "de la diminution de l’offre et d’une demande toujours forte"

- Limiter les déplacements aux trajets vers son lieu de travail, vers les supermarchés et les rendez-vous médicaux - 

Sur notre île, les automobilistes avaient déjà réduit leur consommation de carburant en mai 2026, la Région Réunion annonçait une chute des recette fiscale de la taxe Spéciale sur la Consommation des Carburants (TSCC) qui baissait alors de 8,2 millions d’euros liées aux taxes perçues sur les ventes de carburants. 

"La chute globale des recettes fiscales liées (à la hausse des prix des) carburants s’est confirmée en mai 2026 pour toutes les collectivités locales (Région, Département, communes et EPCI)" indiquait la Région Réunion dans un communiqué publié le mercredi 1er juillet 2026.

Pour le mois de mai 2026 :

4,7 millions d'euros de moins pour la Région Réunion

1,4 million euros de moins pour le Département
1,8 million euros de moins pour les communes
300.000 euros de moins pour les EPCI

Les Réunionnais se noient, les pétroliers se gavent. 

Dans les commentaires sous notre article de samedi qui annonce la hausse, nos lecteurs écrivent : "Soi-disant que la ministre de l'Outre-Mer avait annoncé que le prix des carburants allait baisser. La bonne blague. J'ai payé mon plein 95 euros la semaine passée; le prochain sera 106 euros. Je suis ravie d'avoir abandonné mon diesel pour une essence."

Un autre lance : "Génial, les propriétaires de véhicules fonctionnant au sans-plomp, financent la baisse de 11 centimes du diesel grâce à l'augmentation de 11 centimes du SP. Polluez moins cher!"

Puis ce constat : "Je vais moins sortir, fini les courses le samediè, cinéma et resto le soir. Je ferai les courses après mon travail. L'économie va prendre un choc." Faut-il encore avoir des horaires de travail qui permettent d'accéder aux grandes surfaces. 

La conversation continue : "Ça fait un moment qu'on ne sort plus la voiture que pour les courses et les visites chez les médecins.
 Les cinés restaurants ou autres sorties n'existent plus depuis longtemps, faute de moyens".

À lire aussi : Crise des carburants : la chute des recettes fiscales se confirme pour la Région, les communes et le Département

À lire aussi : [Vidéo] Le ministre de l'Économie dit que la taxation sur les carburants "ne l'empêche pas de dormir", puis s'excuse

- Le malheur de la population, fait le bonheur des pétroliers -

Et pendant ce temps, TotalEnergies dégage un bénéfice net record, sorti tout droit, entre autres, de vos poches. Celles des réunionnais de tout bord, ceux au smic, ceux de la classe moyenne qui risquent de basculer dans la pauvreté et des autres. 

"Dans un environnement de prix élevés, marqué par des marges de raffinage à des niveaux historiques et un marché du gaz haussier, TotalEnergies tire une nouvelle fois pleinement parti de son modèle intégré et de sa diversification géographique" a déclaré le PDG du groupe Patrick Pouyanné dans un communiqué ce jeudi matin. Ravis de vous faire plaisir.

Shell, TotalEnergies, Repsol : les compagnies pétrolières affichent des bénéfices exceptionnellement élevés grâce à la flambée des hydrocarbures dans la foulée des guerres au Moyen-Orient et en Ukraine.

TotalEnergies, la pétrogazière française a dévoilé jeudi un bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars pour le troisième trimestre, contre 3,7 milliards de dollars sur la même période l'an passé. 

Des superprofits qui manquent cruellement d'éthique. 

À La Réunion, les pétroliers ne font toujours aucun effort pour accompagner la population sur le dos de qui ils font leur beurre. 

Ici, le silence porte un nom, nous appelons ça du mépris. Ils voudraient nous faire croire que les décisions ne sont prises qu'au national, ils ne peuvent donc pas s'exprimer et refusent systématiquement toutes sollicitations de la part des médias depuis mars 2026 et l'augmentation des prix des carburants. 

Pour les familles locales, qui n’ont droit ni à des dividendes ni à des bénéfices record, il faut une nouvelle fois arbitrer des dépenses essentielles : conduire, manger, aller travailler. Les pétroliers n’ont pas cette difficulté, chaque plein que vous faites vient enrichir les cinq pétroliers que compte l'île.

À lire aussi : TotalEnergies, Shell, Repsol : bénéfices exceptionnels portés par la flambée des hydrocarbures

- Un gouvernement complice des pétroliers - 

Le gouvernement refuse toujours de diminuer les taxes sur le carburant. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, est même allé jusqu'à dire haut et fort dans l'hémicycle que cette taxe ne l'empêchait pas de dormir.

Nous, oui. Les prix des carburants et la part de taxe qu'ils contiennent nous empêchent de dormir, et pas seulement. Vous êtes, monsieur le ministre, en train d'anéantir le pouvoir d'achat des Français. 

Mais, ce qui restera le plus difficile à entendre pour la population, c'est ce refus de la part du gouvernement, de "déranger" les pétroliers et de leur imposer de réduire leur marge gargantuesque, surtout à La Réunion.

Ici, la pauvreté concerne 36,4 % de la population de l’île, une part 2,3 fois plus élevée que dans l’Hexagone (15,9 %). Notamment, les taux de pauvreté des seniors sont nettement supérieurs à La Réunion.

Alors, non! Nous n'allons pas nous contenter de payer, en comparaison à nos compatriotes de l'Hexagone, légèrement moins pour du carburant, lorsque la pauvreté engendrée par les manquements de l'État, s'ajoute un coût de la vie de plus en plus insupportable. 

À lire aussi : En 2023, 36% de la population réunionnaise vivait toujours sous le seuil de pauvreté

À lire aussi : Carburants : à La Réunion, l’essence augmente encore et atteint le prix record de 2,11 euros le litre

ee et ma.m/www.imazpress.com/[email protected] 

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9 Commentaires
Gilets jaunes
Gilets jaunes
1 heure

Comme cela a commencé le mouvement gilets jaunes

Kunta Kinté
Kunta Kinté
1 heure

Mèt Enkor la PaC ...
Pour 3,00 €uros le litre super sans plomb, et 3,95 €uros le litre de gazoil
fé kom mwin : Prenez le transport en commun plus économique, moins de stress sur un comas circulatoire ... Trop de véhicules, individualiste au volant, seul(e) la plus part du temps dans le lauto marK taunus
Ainsi soit-il !

Mi mort pour le carburant
Mi mort pour le carburant
1 heure

On a le transport.
On a aussi le carburant.

Le tram train aurait ete tres interessant et on aurait réduit l'automobile.

Mais il fallait faire plaisir :
- au lobby auto,
- lobby station service
- lobby carburant

Quoi a supprimé le Tram train ?

Qui a tué le tram train ?
Qui a tué le tram train ?
1 heure

Qui a supprimé le Tram train ? Didier robert. Mais il n'est pas le seul.

Lebon lé pas bon
Lebon lé pas bon
1 heure

Et si on supprimait les pompistes comme en metropole baissant ainsi le prix des carburants pour les automobilistes.

Mais on continue a masquer les marges : pétrolières, gérants station service.

Remercions ceux qui ont supprimé le tram train : didoer robert, Virapoullé, vergooz, celui de st philipppe, Melchior etc etc

Saint André  40 ans dans le fénoir sous les Vira
Saint André 40 ans dans le fénoir sous les Vira
1 heure

les pétroliers se gavent, l'État détourne le regard : bien résumé.

Et certains politiques veulent encore s'engraisser.

Eve
Eve
2 heures

C'est à nous de les empêcher de dormir ! En grève dés le 5 novembre et faisons du bruit pour réveiller ceux qui se gavent au détriment de ceux qui crèvent

Soucan
Soucan
3 heures

En France hexagonale, il existe une véritable concurrence entre les stations-service, souvent sans pompiste. À La Réunion, les prix semblent s'aligner partout. Où est la concurrence ? Où est l'égalité de traitement dont on nous parle sans cesse ?

Pour ma part, je dois réduire mes déplacements, rouler plus doucement et limiter certaines dépenses pour compenser les hausses. Et pourtant, j'ai un salaire correct. Alors j'imagine les difficultés des familles plus modestes.

J'éprouve beaucoup de colère envers l'État et nos élus, qui privilégient les aides ponctuelles plutôt que des solutions durables pour tous.

Le plus triste, c'est que je dois même revoir mes gestes de solidarité. À la boulangerie, je croise souvent des personnes sans domicile auxquelles je donnais quelques pièces. Aujourd'hui, je pense d'abord à mes deux enfants et à mon budget. Quand la vie devient trop chère, même la solidarité recule. C'est inquiétant.

Gaston
Gaston
3 heures

On est très fort avec les plus faibles.
Faible avec les plus forts. A méditer !