La crise des carburants a contribué à changer (un peu) le mode de déplacement des Réunionnais

  • Publié le 6 juillet 2026 à 04:50
  • Actualisé le 6 juillet 2026 à 04:51
mobilité douce et embouteillage

Les prix des carburants ont baissé ce 1er juillet 2026, mais pendant quelques semaines, les Réunionnais ont dû faire face à une augmentation importante des prix de l'essence et du gazole. Pour "faire avec" à la crise, certains se sont réorganisés : ils font plus de trajets en bus, en téléphérique ou en vélo. D'autres optimisent leur déplacement avec le covoiturage. L'objectif était de contrecarrer la flambée des prix des carburants sans bouleverser leur quotidien (Photo d'illustration : Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)

Début mars 2026, nous écrivions que les prix des carburants risquaient d'exploser en raison du conflit déclenché par Israël et les États-Unis au Moyen-Orient. 

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La confirmation des inquiétudes arrivait à la fin du mois de mars. Les Réunionnais - déjà acculés par les prix de tous les secteurs notamment celui de l'alimentation -, allaient faire les frais d'un conflit se déroulant à plusieurs milliers de kilomètres de notre île. 

Le vendredi 27 mars 2026, le préfet de La Réunion a dévoilé la hausse "importante" des prix des carburants : 1,96 euro le litre de sans-plomb (contre 1,54 en mars), 1,77 euro le litre de gazole contre 1,25 euro en mars). Des prix qui sont entrés en vigueur le 1er avril 2026.

Les prix sont restés à la hausse jusqu'au mercredi 1er juillet. Le litre de sans-plomb est passé de 1,94 euro à 1,82 euro. Le gazole est passé de 1,71 euro à 1,53 euro le litre.

Entretemps, les Réunionnais se sont organisés et orientés petit à petit vers d'autres moyens de transport que la voiture. Dans un rapport publié le 28 mai 2026, la Région Réunion constatait une diminution des déplacements et un recours accru au covoiturage et aux transports en commun, ce qui a eu pour conséquence la baisse des volumes de carburants consommés par les automobilistes. Les Réunionnais limitent donc leur consommation de carburants.

- Dépasser le modèle du tout-voiture -

Dans un sondage sur notre réseau social Instagram, 67% de nos internautes affirment avoir vu leurs habitudes de déplacement être bouleversées par la crise. Pour certains d'entre vous, vous vous êtes tournés vers les transports en commun.

La Région Réunion - qui tient à rappeler "qu’elle n’a aucune responsabilité dans l’augmentation de ces prix" des carburants - estime que sa décision "de réduire de 50 % les prix des abonnements du réseau Car Jaune a entraîné une forte hausse de ces abonnements : plus 69% d’abonnements souscrits du 1er au 13 mai par rapport à la même période d’avril (814 contre 481)", affirme-t-elle.

"Les comportements de consommation, depuis le début de la crise ont en effet évolué : diminution des déplacements, recours accru au covoiturage et aux transports en commun favorisé d’ailleurs par les mesures mises en place par la Région", assure la collectivité.

SPL Estival, le réseau de transports de l'est de l'île, voit également son nombre d'usagers augmenter : "Les données de fréquentation enregistrées sur les cinq premiers mois de l'année 2026 confirment une progression de la fréquentation du réseau de +3,28 % par rapport à la même période en 2025, soit 1 036 449 voyages contre 1 003 527. Cette tendance haussière, amorcée dès le mois de février 2026, coïncide avec la période de hausse des prix des carburants et traduit un report modal vers les transports en commun". 

Cette hausse traduit la volonté de nombreux Réunionnais de dépasser le modèle du tout-voiture et de chercher, par eux-mêmes, des alternatives pour améliorer leurs conditions de vie, dans l’attente de solutions de la part des pouvoirs publics compétents.

Gérard Françoise, président de la Sodiparc, relève lui aussi un nouvel intérêt pour les transports en commun : "Nous sentons que la fréquentation augmente. On avait mis en place les deux navettes express et jusqu’à 42.000 personnes les ont utilisées en un an. Et depuis un mois ou deux, il y a plus de monde. C'est pour ça qu’on a lancé, entre autres, le Baobab Express, qui relie Sainte-Suzanne, le pôle d'échange du quartier français à Sainte-Marie, au pôle d'échange du Chaudron".

- Changer ses habitudes de déplacement reste un défi -

Du côté du réseau Kar'Ouest, - exploité par le Territoire de l'ouest et qui s'étend sur les communes du Port, Saint-Paul, La Possession, Saint-Leu et Trois Bassins -, une légère progression se dessine.

"Nous observons une tendance globale à la hausse de la fréquentation du réseau, inscrite dans une dynamique déjà engagée ces dernières années. Sur la période de janvier à mai, la fréquentation progresse de 4.51% entre 2025 et 2026 avec 2.800.389 voyageurs en 2024, 2.929.697 voyageurs en 2025 et 3 033 732 voyageurs en 2026. Dans ce contexte, l’augmentation des coûts de carburant peut contribuer à renforcer cette tendance au vu de la fréquentation des cinq derniers mois par rapport à 2025", souligne le réseau.

Il affirme que "les usagers les plus fréquents sont "les actifs, notamment pour les déplacements domicile-travail, constituant ainsi environ 51% des payants".

"En avril 2026, la fréquentation est de 656.885 voyageurs (contre 635.403 en 2025), soit une hausse de 3.4 %. Cependant en mai 2026, 564.490 personnes ont voyagé sur nos lignes (contre 579.982 en 2025), soit une baisse de 2.7 %. Malgré tout, les données consolidées les plus récentes confirment une tendance de fond à l'augmentation", confirme Kar'Ouest.

Sous l’effet de la hausse des prix, les Réunionnais ont-ils cherché des solutions moins coûteuses, avant de se résigner une fois le choc passé ? Sur les routes, rien ne semble vraiment avoir changé : elles restent saturées et les voitures sont toujours aussi nombreuses. La voiture demeure en effet le mode de déplacement dominant, souvent faute d’alternatives répondant à chaque besoin.

En 2023, la Région Réunion a lancé une consultation citoyenne sur les mobilités. Il en ressort qu’à La Réunion, 59% des habitants roulent en voiture, camionnette ou camion. Seuls 20% se déplacent en transports en commun. Mais 67% des interrogées, affirment qu’une fréquence renforcée de passage des bus et des horaires plus larges les inciteraient à utiliser davantage les bus. Pour 51% d'entre eux, il faudrait mieux coordonner les horaires des différents réseaux.

- Prendre le bus n'est parfois pas possible - 

Mickaella est habituée des transports en commun du Nord. Elle n’a pas de voiture et le bus est son quotidien.

"La ligne Baobab est une bonne chose. J’espère que ça va rendre les trajets plus agréables", confie-t-elle. "J’avais testé le 01 express mais il n’était pas souvent disponible à toute heure, c'est dommage", regrette-t-elle en plaçant beaucoup d’espoir dans cette nouvelle ligne.

La jeune étudiante doute cependant de l’efficacité des transports en commun face à la voiture : "Franchement si une personne n’est pas patiente je ne lui conseillerais pas de troquer sa voiture pour les bus", assure-t-elle.

Sur notre sondage Instagram, 36 % de nos internautes envisageraient tout de même cette possibilité en cas de nécessité. Mais comme Mickaella, Christophe, - ayant répondu à ce sondage -, considère que "la voiture reste le meilleur moyen car le transport en commun est fait pour la ville".

Le respect des horaires et le manque de bus semblent être les principaux freins au passage aux transports en commun pour les automobilistes. La géographie de l’île complique également la baisse du tout-voiture : dans les Hauts, de nombreux habitants se sentent encore oubliés.

Annelyne Fontaine est assistante maternelle agréée dans les hauts de Saint-Leu. Sa voiture, c’est aussi un outil de travail, et pour tous ses déplacements, son utilisation est inévitable. "Avant je mettais un plein d’environ 70 euros qui nous durait entre une semaine et 10 jours. Maintenant, on est à 95 euros le plein. Tout dépend des déplacements, mais en moyenne c’est ça", souffle-t-elle.

"Les transports en commun sont régulièrement pleins et ne passent souvent pas aux heures indiquées" nous dit-elle. "J’envie les assistantes maternelles de métropole qui peuvent tout faire à pied dans certains secteurs, ici c’est impossible à cause des dénivelés et de l’éloignement des infrastructures ou des parcs pour enfants. À Saint-Leu, on n'a pas vraiment d’infrastructures accessibles aux très jeunes enfants. Moi, j’accueille jusqu’à 3 ans, la conséquence, c’est que je dois forcément m’éloigner de mon secteur et donc prendre la voiture", confie-t-elle.

- D’autres alternatives attirent les Réunionnais -

Une tendance émerge également du côté des mobilités douces, celle de l’utilisation du vélo.

Bien que 33% (soit 3% de moins que pour les transports en commun) de nos internautes ont répondu pouvoir envisager de délaisser la voiture au profit du vélo, les 67% qui ont déjà modifié leur mode de déplacement, se sont surtout orientés vers celui-ci.

"La liste d’attente de demandes des Vélovert n’a jamais été aussi longue", précise le président de la Sodiparc. "On en a 1.000 en circulation actuellement et on a une liste de plus de 500 demandes en attente. On a commandé d’autres vélos, mais il faut attendre malheureusement", explique-t-il.

"Là aussi il y a énormément d’engouement. Les gens n’ont pas encore rendu leur vélo qu’il y a déjà d’autres personnes dessus presque", plaisante-t-il. "A la base on pensait que le vélo n’était qu’une mode mais aujourd’hui c’est devenu un moyen de déplacement à part entière", affirme Gérard Françoise. "Le Réunionnais, quand il y a une alternative, n'est pas bête. Quand on a mis en place le Papang, le téléphérique, tout le monde disait qu'il ne rentrait pas dedans. Aujourd'hui, là aussi, c'est un élément intéressant pour les flambées des prix. Il y a eu 7 millions de voyageurs en 4 ans sur le téléphérique. 72 à 75 % de ceux qui utilisent, ce sont des abonnés. Donc, c'est que les gens, ont lâché leur voiture, et ont décidé de prendre le Papang", assure-t-il.

Le covoiturage intéresse aussi de plus en plus. Accueilli avec hésitation aux premiers abords, avec la réticence de partager un trajet avec un inconnu, la Région relève cependant un virage naissant vers ce dispositif : "L’outil de co-voiturage Karos, soutenu et financé par la Région Réunion connaît une croissance de 14% des trajets passagers entre avril 2025 et avril 2026", constate-t-elle.

- Le "souhait de changer de mode de vie" -

Annelyne tente de limiter l’impact de la hausse des carburants dans son quotidien avec les rares leviers dont elle dispose : "On utilise moins la climatisation dans la voiture, on regroupe les sorties et on optimise les déplacements. Ce que nous faisions auparavant sur trois ou quatre jours, nous essayons désormais de le faire en une seule journée", explique-t-elle.

À La Réunion la voiture n’est pas un plaisir coupable ou un achat compulsif qui contribue à la saturation du réseau routier. Pour Mickaella chaque moyen de transport a sa place mais aucun ne doit en aucun cas "être une contrainte".

Estival estime "qu'au regard des tendances observées et des évolutions structurelles du coût de la mobilité, cette progression de la fréquentation est susceptible de s'inscrire dans la durée et traduit également une évolution plus profonde des habitudes de déplacement sur le territoire de l'Est".

"Il y a vraiment ce souhait de changer de mode de vie", souligne Gérard Françoise. Une réalité qui invite à réfléchir à deux fois avant d’affirmer qu’il y a beaucoup de véhicules sur nos routes parce que "les Réunionnais aiment trop les voitures", conclue le président de la Sodiparc.

Aujourd'hui plus que jamais la mobilité devient un enjeu fondamental à La Réunion. Il est question du porte-feuille des habitants mais aussi de la cause environementale avec la diminution du Co2.

Lancé par la Région récemment, le débat citoyen sur le Réunion Express et ses 140 km de voies ferrées tombe à pic.

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cs et ee / www.imazpress.com / [email protected]

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