Saint-Benoît : des parents dénoncent la réintégration d'un agent soupçonné d'agressions sexuelles, leurs enfants radiés d'une école privée

  • Publié le 25 mars 2026 à 08:22
enfants

À l'école privée Sainte-Marguerite de Saint-Benoît, trois familles ont reçu le premier jour des vacances scolaires, un courrier de la direction, leur annonçant la radiation de leur enfant, au motif d'une "rupture de confiance durable". Une "rupture" justifiée selon la direction, après qu'un collectif se soit constitué pour dénoncer la réintégration au sein de l'école, d'un agent accusé d'agressions sexuelles sur 11 mineurs. Depuis, l'agent a été mis à l'écart le temps de l'enquête (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Dans un document signé par la cheffe d'établissement, qu'Imaz Press a pu consulter, il est écrit que : "par la présente, je vous informe de ma décision de procéder à la radiation de votre enfant de notre établissement".

- La direction justifie la radiation par "une rupture de confiance durable entre l'équipe éducative et les parents" -

La direction poursuit et indique : "cette décision, que je sais sensible, repose sur le constat d'une rupture de confiance durable entre votre famille et l'équipe éducative. Or, le bon fonctionnement d'un établissement scolaire et l'accompagnement serein des élèves nécessitent une relation de confiance réciproque" […] Les conditions actuelles ne permettent malheureusement plus de garantir ce cadre indispensable".

Dans ce même courrier, la direction indique que cette décision "vise à préserver un climat de travail respectueux et cohérent pour l'ensemble des élèves et des équipes, ainsi que l'intérêt de votre enfant, qui doit pouvoir poursuivre sa scolarité dans un environnement apaisé".

La direction invite par la même, le parent à se rapprocher d'un autre établissement pour inscrire son enfant.

- Plusieurs jeunes enfants victimes du désaccord entre les parents et la direction -

La certification de radiation a été émise le lundi 23 février. Le courrier qui l'accompagne date du 26 février, date également d'une rencontre entre les parents et la directrice. Pourtant, le tout a été posté par courrier recommandé le samedi 28 février et reçu par mail le 2 mars par les familles. "Quand on est venu à l'échange le 26, elle savait déjà que notre enfant serait radié", s'indignent les parents d'élèves.

Marion, mère d'une petite fille de 4 ans, a vu son enfant radié. Pour elle, "tout le problème c'est que cela a été fait exprès pour arriver en début de vacances, sachant que la directrice avait eu l'occasion de nous en parler le 26 lors de notre réunion et ne l'a pas fait".

"En tant que maman, je trouve cela dur, car j'ai demandé à être reçu par la directrice, par le représentant du diocèse mais personne ne m'a jamais répondu" dit-elle.

"Ma fille a repris l'école ce lundi mais à son âge elle n'a pas compris pourquoi ses camarades étaient à l'école et pas elle", note la mère de famille.

Pour Marion, "chacun a droit d'avoir son avis, moi je suis contre la réintégration de ce monsieur, mais on n'a pas le droit de faire payer des désaccords d'adultes sur des enfants, c'est inacceptable".

Émilie, maman d'un garçon de 5 ans est encore sous le choc, deux semaines après l'annonce de radiation. "Notre enfant n'a pas à être pénalisé, surtout en période de Carême", dit-elle. "Notre fils a déjà loupé trois jours d'école et même si on lui a tout expliqué, c'est difficile" ajoute la maman.

"La direction a fait cela en période de vacances et forcément cela nous a limité pour l'inscription car les directions sont fermées", confie-t-elle. "Prévenir la veille pour le lendemain c'est pour ne pas laisser le temps aux parents de réagir. Mon fils est parti en vacances et après on lui annonce qu'il ne verra plus ses copains, son Atsem, sa maîtresse, c'est un choc" commente Émilie.

Scolarisée en CM1, la fille de Véronique n'a toujours pas pu reprendre l'école "car il y a un délai d'attente dans mon secteur". "Ma fille est partie en vacances, elle a encore des effets à l'école, la maîtresse n'était pas au courant de la radiation… Tout a été fait en vitesse pour se débarrasser des familles", s'insurge-t-elle.

De plus, cette annonce a provoqué un choc moral à sa fille. "Dans une lettre, ma fille a écrit, maman je porte un masque, je souris mais je suis triste de quitter mon école."

- Des décisions de radiation jugées "unilatérale" -

Si la directrice évoque "une rupture de confiance", Marion indique "pour nous il n'y a aucune rupture de confiance avec la maîtresse". De plus "la rupture de confiance n'est pas un motif qui se tient dans le règlement intérieur". "

La mère confie être à l'origine de la pétition et d'affiches demandant à ce que l'agent visé par une enquête ne réintègre pas l'école. "Pour les affiches, je suis allée m'excuser auprès de la directrice car je n'avais pas pris conscience que cela allait à l'encontre du règlement et elle a accepté les excuses." Selon elle, la pétition "est un outil démocratique qui permet de faire entendre les voix des personnes sensibles à ce sujet".

Le seul tort de Véronique - et elle le reconnait puisqu'elle l'a supprimé rapidement - "c'est d'avoir répondu à un commentaire sur un média local pour exprimer mon mécontentement par rapport au retour de ce monsieur dans l'établissement".  "Mon intention n’a jamais été de nuire à l’établissement, mais d’exprimer une inquiétude sincère liée à la protection et au bien-être des enfants", a-t-elle écrit dans un courrier à la directrice.

La mère de famille a envoyé un mail à l'école pour demander des explications à cette décision unilatérale.

Elle écrit : "la notion de "rupture de confiance durable" évoquée dans votre courrier ne s’appuie sur aucun fait précis ni sur aucun échange préalable permettant d’en comprendre les fondements. À ce jour, je n’ai fait l’objet d’aucune convocation, ni d’aucune proposition de dialogue ou de médiation de la part de l’établissement avant cette décision particulièrement lourde de conséquences pour la scolarité de mon enfant. Une telle mesure, qui affecte directement l’intérêt et la stabilité d’un élève, mériterait pourtant d’être précédée d’un échange constructif avec la famille concerné". Un courrier resté à ce jour, sans réponse.

Émilie par contre - membre actif de l'école -, ne voit pas ce qu'elle a pu faire pour que son enfant soit radié, à part avoir fait partie du collectif. "On paye assez cher et malgré tout quand ça ne va pas on doit fermer notre bouche et si on ne va pas dans leur sens on a une sanction", s'indigne-t-elle.

Lors de la réunion du 26 avec les parents d'élèves, "nous avons dû poser à plusieurs reprises la même question, celle de savoir ce qu'avait mis en place la direction concernant cet agent", mais nous avons eu cette réponse : non il n'y a pas de mesures prises par l'établissement".

De plus, selon la mère de famille, cette décision unilatérale n'est pas faite dans les normes, "lors d'une radiation il doit y avoir un entretien avec la famille, un préavis comme indiqué dans le règlement mais cela n'a pas été le cas".

Contactée, la direction de l'établissement n'a pas encore répondu.

Le diocèse également interpellé, a indiqué avoir bien reçu notre demande. Toutefois, le directeur diocésain de l'Enseignement catholique, Philippe Brault a précisé "ne pas donner suite afin de ne pas alimenter la polémique".

- Un agent de l'école Sainte-Marguerite visé par 11 plaintes -

C'est en novembre 2025 que des parents et des élèves ont signalé des comportements jugés inappropriés d'un salarié de l'Organisme de gestion de l'enseignement catholique (OGEC).

Le mis en cause a été mis à pied et a été entendu par les services de la gendarmerie.

11 familles ont porté plainte pour des faits d'agressions sexuelles présumées sur mineurs. Selon nos informations, le salarié concerné conteste formellement les faits qui lui sont reprochés.

Après s'être mis en congé et en arrêt maladie, il a cependant été réintégré un temps par la direction. À ce moment-là, la direction avançait l'argument qu'avec "la présomption d'innocence on ne peut pas refuser que l'agent reprenne son poste".

Pourtant, juridiquement, "l'établissement pourrait licencier l'agent pour causes réelles et sérieuses, en lui payant toutes les indemnités légales. Et cela même en tenant compte de la présomption d'innocence", indiquait une juriste, contactée par Imaz Press.

Depuis, nous avons appris que "suite au temps d'échange avec les parents en date du 26 février 2026, le salarié concerné ne sera pas présent sur le site de l'établissement pendant la durée de l'enquête en cours".

"Cette mesure vise à permettre le bon déroulement de cette procédure dans un climat serein et à garantir le bon fonctionnement de l'établissement", écrit la direction.

L'établissement se trouve sous la tutelle des sœurs de Saint-Joseph de Cluny, elles-mêmes rattachées au diocèse de La Réunion.

Lire aussi - Un agent accusé d'agressions sexuelles maintenu à son poste à l'école Sainte-Marguerite : le grand silence du diocèse

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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2 Commentaires
Foutant
Foutant
1 heure

C'est quoi ce délire ? C'est quoi cette direction ? Mais on rêve non ? Elle réagirait comment la directrice si son enfant était concernée par cette grave affaire ? Allez en justice, l'école des soeurs a bien changé.... C'est pathétique de faire ça à des enfants....

Selly le plus mauvais maire de st Benoît
Selly le plus mauvais maire de st Benoît
1 heure

Il fallait changer de maire.
Chemin de croix pendant 7 ans aster.