Présidentielle 2022

Eric Zemmour ou la faillite collective face au populisme

  • PubliĂ© le 14 octobre 2021 Ă  09:24
  • ActualisĂ© le 14 octobre 2021 Ă  17:09
Le polémiste Eric Zemmour, le 24 septembre 2021 à Budapest

Depuis quelques semaines, Eric Zemmour, le cĂ©lĂšbre polĂ©miste anime la sphĂšre mĂ©diatique et politique. Une agitation qui interpelle par son ampleur, mais aussi par la faiblesse de sa pensĂ©e politique, portant essentiellement sur les questions d'identitĂ© et d'immigration. Ces idĂ©es trouvent un Ă©cho mĂ©diatique certain dont le battage fait caisse de rĂ©sonance. Cela offre Ă  cet homme oscillant entre droite et extrĂȘme droite, une percĂ©e aussi inexplicable qu'inattendue dans les sondages. Il se hisse ainsi comme un possible adversaire d'Emmanuel Macron au second tour de la prĂ©sidentielle, alors qu'il n'est pourtant pas (encore) candidat, donnant le sentiment d'une faillite collective face au populisme.

- Une ascension médiatique atypique -

Eric Zemmour, c’est l’histoire d’une ascension atypique puisqu’il est issu du monde des mĂ©dias, Ă©tant journaliste depuis 1986 et ses dĂ©buts au Quotidien de Paris. C’est dans les annĂ©es 2000 que Zemmour se fait un nom en devenant un polĂ©miste apprĂ©ciĂ© ou dĂ©testĂ© dans les Ă©missions " ça se dispute " et " on n’est pas couchĂ© ". Plus rĂ©cemment, il animait une chronique intitulĂ©e " Face Ă  l’info " sur CNews.

Contrairement Ă  beaucoup de personnalitĂ©s politiques de premier plan dont l’ascension a suivi un parcours plus " classique " avec des mandats politiques, Eric Zemmour est donc un pur produit de l’univers des mĂ©dias, celui lĂ  mĂȘme qui a la force de faire et de dĂ©faire certaines carriĂšres politiques.

La connaissance de ce rouage peut sensiblement expliquer les raisons de cet ascension fulgurante et Ă©tonnante, ce dernier connaissant parfaitement la machine et les leviers susceptibles de lui permettre d’ĂȘtre au premier plan mĂ©diatique, Ă  coup de polĂ©miques, de petites phrases et d’opĂ©rations de com’ savamment orchestrĂ©es, avec la bienveillance directe ou indirecte de certains mĂ©dias qui, comme rĂ©guliĂšrement, prĂ©fĂšrent le battage mĂ©diatique au vĂ©ritable dĂ©bat d’idĂ©es.

Cette stratĂ©gie n’est pas sans rappeler celle d’un certain Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Economie de François Hollande qui n’est passĂ© par aucune case " Ă©lection " et qui a pourtant rĂ©ussi Ă  gravir les marches du pouvoir Ă  une vitesse fulgurante grĂące Ă  une stratĂ©gie de communication fondĂ©e sur une prise de distance avec son ancien mentor, François Hollande, tout en apparaissant comme l’homme du renouveau.

- Une offre politique qui répond à une demande -

Autre point commun entre Emmanuel Macron et Eric Zemmour, ils ont su apporter une offre politique rĂ©pondant Ă  une demande. Emmanuel Macron avait Ă©tĂ© celui qui incarnait la fin des partis traditionnels et des clivages droite-gauche, sĂ©duisant Ă  la fois les Ă©lecteurs de gauche et de droite. La consĂ©quence, prĂšs de 5 ans aprĂšs, c’est une affaiblissement notable des partis traditionnels.

C’est dans ce contexte qu’apparaĂźt Eric Zemmour au milieu de la droite et de l’extrĂȘme droite fatiguĂ©es et incapables de donner un nouveau souffle Ă  leur discours politique.

Le polĂ©miste y apparaĂźt avec son talent de tribun, une filiation, qu’il s’auto attribue, au GĂ©nĂ©ral de Gaulle, et un discours anti-immigration voire raciste qui permet de sĂ©duire l’extrĂȘme droite, voire mĂȘme au-delĂ .

En effet, le polĂ©miste a bĂąti son discours dĂ©nonce abondamment le pĂ©ril pour la France face Ă  l’islam et plus largement Ă  l’immigration. Pour Eric Zemmour, la rĂ©ponse semble trĂšs simple : l’assimilation en exigeant notamment Ă  ce que les personnes ayant des prĂ©noms Ă  consonnance Ă©trangĂšres changent d’identitĂ© et adopte un prĂ©nom plus " français ".

Il a mĂȘme rĂ©ussi Ă  se façonner la stature d’un candidat anti-systĂšme, lui permettant d’avoir la sympathie, ou du moins l’écoute attentive, de gilets jaunes et d’anti pass sanitaires, ceux-lĂ  mĂȘme qui se dĂ©fendent de vouloir se ranger derriĂšre un dirigeant.

Eric Zemmour a clairement vu qu’il y avait une place Ă  prendre dans cet espace, et il a rĂ©ussi Ă  s’y faufiler avec beaucoup d’autoritĂ© puisque, n’étant pas encore candidat, ce dernier apparaĂźt dĂ©jĂ  dans le trio de tĂȘte de certains sondages en vue de la prĂ©sidentielle de 2022, voire mĂȘme qualifiĂ© au second tour face Ă  Emmanuel Macron. 

- Une certaine démission collective face au populisme -

Si ce discours a de quoi plaire aux purs et durs du Rassemblement National, ce n’est Ă©videmment pas sur la base de ce propos qu’on construit un programme prĂ©sidentiel. Ce n’est pas Ă  coup d’attaques contre les Ă©trangers et les français de diverses communautĂ©s qu’on parviendra Ă  lutter contre le chĂŽmage, la pauvretĂ© ou encore Ă  favoriser le dĂ©veloppement Ă©conomique et la compĂ©titivitĂ© des entreprises. Or, derriĂšre ce battage mĂ©diatique autour d’Eric Zemmour, le discours sembler sonner creux dĂšs lors qu’on sort du sentier battu de l’immigration.

Pourtant, la France continue Ă  jouer Ă  ce jeu dangereux, avec ce micro ouvert et tendu Ă  ce chantre du populisme qui, jour aprĂšs jour, monte dans les sondages et gagne en popularitĂ©. Effectivement, les sondages ne font jamais les Ă©lections, on le rĂ©pĂšte inlassablement. Mais cette tendance est inquiĂ©tante d’autant plus que personne, ni les mĂ©dias, ni la population, ne semble vouloir faire barrage Ă  cette montĂ©e en puissance.

Quant aux politiques, ils semblent figĂ©s face Ă  ce qui se dĂ©roule pourtant sous leurs yeux. A gauche, on est trop divisĂ© et trop occupĂ© aux gueguerres pour s’occuper de l’aile droite. A droite, non seulement on est pris en tenaille en le RN et LREM, mais la primaire approche Ă  grand pas. Zemmour attendra donc. Marine Le Pen tente tant bien que mal d’écoper le bateau RN qui semble couler face Ă  la vague Zemmour. Enfin Emmanuel Macron, bien que vigilant, semble admirer ce spectacle, se prĂ©parant dĂ©jĂ  Ă  enfiler la cape du sauveur de la France face aux extrĂȘmes et aux populismes.

Alors, effectivement, une victoire d’Eric Zemmour Ă  la prĂ©sidentielle, Ă  l’heure actuelle, est loin d’ĂȘtre probable. Si ça se trouve, il est tout simplement un phĂ©nomĂšne de mode, Ă  l’image du tamagotchi il y a 25 ans ou de squid game pour prendre un exemple plus rĂ©cent.

Quoi qu’il en soit, nous semblons ĂȘtre les tĂ©moins d’une faillite collective face au populisme, tĂ©moignant d’une dĂ©liquescence profonde de notre sociĂ©tĂ© et de la pensĂ©e, marquĂ©e par la culture de la haine et des petites phrases.

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guest
17 Commentaires
Marcel
Marcel
4 ans

Zemour critique l'ancien monde comme un certain Macron a l'époque.

Zemmour va faire tranquillement son chemin
Zemmour va faire tranquillement son chemin
4 ans

Ses idées sont partagées par plus de 50% des français et il n'est pas encore diabolisé par la frange bobo-gaucho-tiers-mondiste donc il a tout ses chances face à Macron !Le Ps est mort, le LR est mort ( comment refaire confiance à un parti qui au pouvoir ne tient pas ses promesses), Melenchon trop sectaire, jadot trop mondialiste trop fracturant !Zemmour a sa chance !

Franckdubos
Franckdubos
4 ans

Bonjour,C'est un point de vu, trop fermé à mon avis, qui n'ouvre pas à l'échange. M. Zemmour catalyse des frustrations. Il a l'intelligence de s'en servir comme tremplin politique. En soi il n'est pas le premier ni le dernier à agir ainsi. Laissons lui un peu de temps afin qu'il affine son projet pour la France pour un débat plus constructif.Cordialement

Phil
Phil
4 ans

Beaucoup de dĂ©ception, les politiciens portent la lourde responsabilitĂ© du populisme actuel. Notre prĂ©sident, et Les prĂ©cĂ©dents mentent, pactisent et s enrichissent comme en tĂ©moignent les affaires rĂ©centes avec Sarkozy, Chirac et ses dĂ©jeuners Ă  4000e et Macron dans la gestion discutable de la crise, du Benalla et sa strategie a divisĂ©e. Fragmentation des parties politiques, de la population. Les mĂ©dias qui ne jouent pas toujours ce rĂŽle d Ă©veil des consciences, de rĂ©flexion sur de nombreux sujets portent aussi une part de responsabilitĂ© dans cette situation. En tĂ©moigne la defiance et parfois le rejet violent de certains journalistes lors de manifestations. DONC le rĂ©sultat le voilĂ  ! Zemmour Ă  ses chances et si la curiositĂ© de comprendre cet homme par votre propre regard doit se faire par une Ă©coute attentive d une interview INTÉGRALE et non un extrait choisi par un tiers vous comprendrez que cet homme est un rĂ©publicain, d une grande culture et de plus trĂšs redoutable dans les dĂ©bats car il argumente trĂšs solidement ses idĂ©es...que l on partage ou pas. Face Ă  face Zemmour et Macron dans le dĂ©bat prĂ©sidentiel je crains fortement que Macron ne fasse pas le poids... affaire Ă  suivre en avril 2022.

Sydney
Sydney
4 ans

Je pense que le sieur Zemmour ne va pas se présenter aux élections présidentielles, car au moment de parler économie, écologie, pouvoir d'achat des français, agriculture, industrie, etc... présenter l'immigration à chaque question comme seul recours, sera un peu mince comme programme. Beaucoup de français vont persister à voir en ce personnage un président potentiel mais une large majorité va réfléchir. Et bien que ce thÚme enflamme beaucoup de monde en ce moment, le seul bénéficiaire est E.Z. avec son livre vendu à 21,90 ' (entendu dans "Quotidien"). Et on dit merci à qui ' Aux médias, bien sûr, aux réseaux sociaux, aux sondeurs qui ramassent gamelle sur gamelle mais qui sont encore là pour nous "suggérer".Face à ces vagues d'intoxication, la seule chose qui nous reste c'est de réfléchir !Intelligemment.

Macron bis
Macron bis
4 ans

Zemour c'est du Macron bis. Beaucoup de points communs.

974
974
4 ans

Liberte de la presse et point de vie de journaliste : bravo et c'est rare. Bel article.

Louis
Louis
4 ans

Est ce un article de presse ou l'avis d'un journaliste ' (Bonjour, c'est un éditorial, donc un article de presse, qui donne l'avis du journaliste (et de la rédaction plus largement). Bonne journée - webmaster)

Toucher le fond
Toucher le fond
4 ans

Macron prĂ©sident et Zemiour au second tour. Le karma de la France doit ĂȘtre vraimenr lourd.

GramounFM
GramounFM
4 ans

A une époque, 25% des français et 35% des réunionnais soutenaient les tenants du parti communiste, inféodés à une idéologie et un systÚme dictatorial qui a fait des millions et des millions de morts et de victimes. Comment dÚs lors criminaliser quelqu'un dont le tort est de dire à ceux qui vivent en France, ou qui veulent s'y installer: "respectez notre culture ou restez chez vous"

Missouk
Missouk
4 ans

Merci pour cet article sans concession. Ce sont les médias et le monde de la finance et du marketing qui ont construit la candidature de ZEMMOUR. Ca me rappelle curieusement 2017 et l'arrivée du sieur MICRON 1er... On est malheureusement dans un monde qui fonctionne ainsi. Le sieur BOLLORE, patron milliardaire de ce triste sire doit bien s'amuser!

HULK
HULK
4 ans

Faillite collective face au populisme, vous plaisantez' Faillite des politiques face aux problĂšmes plutĂŽt. LĂąchetĂ©s et compromissions avec la complicitĂ© des mĂ©dias certainement. D'oĂč la montĂ©e du populisme.

bunnywailers
bunnywailers
4 ans

Il me fait marrer ce petit Goebbels , rien qu'avec son nom et sa tĂȘte, en 1940 il aurait eu une place gratuite pour Dachau. Comme toujours on oublie vite!

Polrun
Polrun
4 ans

Bravo Ă  vous pour cet article intĂ©ressant et bien structurĂ© qui prĂ©sente la non-candidature de monsieur Zemmour comme un produit de marketing politique sans rĂ©elle consistance.En suivant l'exemple des Lepen pĂšre et fille, le polĂ©miste (tout la vacuitĂ© de son discours est rĂ©vĂ©lĂ© avec ce simple mot...) base toute sa communication et son positionnement politique sur l'immigration, la thĂ©orie du grand remplacement, la haine des Ă©trangers, de l'autre... La classique stratĂ©gie du bouc Ă©missaire.Mais que propose-t-il en effet en matiĂšre d'Ă©ducation, d'Ă©conomie, de culture, de dĂ©veloppement durable, de protection des plus vulnĂ©rables, de relations internationales... ' Un grand vide sidĂ©ral !Les mĂ©dias ont une responsabilitĂ© et un rĂŽle Ă  jouer dans le gonflement de cette bulle creuse car aujourd'hui, c'est sur toutes ces questions qu'il faut interroger ce monsieur.Quant Ă  savoir s'il parviendra Ă  rĂ©unir sur son nom les 500 signatures de parrainage rĂ©publicain, ce trublion inutile a encore du chemin Ă  parcourir, ce qui selon moi explique pourquoi il n'est toujours pas officiellement candidat.Quelques petites coquilles dans votre texte : 1) "Cela offre cet homme..." -> "Cela offre Ă  cet homme..."2) "...celui lĂ  mĂȘme..." -> "...celui-lĂ  mĂȘme..."3) "...les raisons de cet ascension..." -> "...les raisons de cette ascension..."4) "...a bĂąti son discours dĂ©nonce abondamment..." -> "..a bĂąti un discours qui dĂ©nonce abondamment.."5) "...occupĂ© aux gueguerres..." -> "..occupĂ© aux guĂ©guerres..."

la vérité si je mens !
la vérité si je mens !
4 ans

Ti 14 ferait mieux s'il fallait lire cet article . Essayez de voir si leonid brejnef peut faire mieux, autant savoir si marie antoinette huguette B. existe encore disparu depuis peu du radar politique péi

CHABAN
CHABAN
4 ans

Les médias, complices des politiques, un temps sarko, aujourd'hui macron, sont co-responsables.Alors, quoi ' AprÚs chirac, aprÚs macron, on va nous le refaire une 3Úme fois '

Jeanbon
Jeanbon
4 ans

Les Français ont tout essayĂ©, rien ne change, rien ne s'arrange, au contraire, tout empire, il n'y a qu'Ă  voir l'Ă©tat de la justice, et celui des prisons, et de ceux qui les occupent en permanence. Le Français quelle que soit sa couleur en a assez de certaines minoritĂ©s qui font du communautarisme, et pourrissent la vie des honnĂȘtes citoyens dans certains quartiers.Cette situation avait Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e fin des annĂ©es 70, par un certain Georges Machais. A prĂ©sent, on y est, et jusqu'au cou.