Agriculture et économie

Campagne sucrière 2024, la pire de l’histoire cannière réunionnaise

  • Publié le 11 décembre 2024 à 16:00
  • Actualisé le 11 décembre 2024 à 16:22

Avec un tonnage historiquement bas et une richesse en déclin, la campagne sucrière 2024 marque un tournant critique pour la filière canne à La Réunion. Dans un communiqué, la Chambre d’agriculture appelle à des mesures d’urgence et à une refonte du modèle économique pour préserver cette culture emblématique. (Photo : www.imazpress.com)

La campagne sucrière 2024 restera dans les annales comme la plus mauvaise de l’histoire de La Réunion. Selon les données communiquées par la Chambre d’agriculture, seulement 1.137 million de tonnes de cannes ont été broyées cette année, un chiffre bien en dessous des 1.89 million enregistrés en 2015.

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En parallèle, la richesse saccharimétrique, établie à 12.96, reste en deçà de la moyenne décennale de 13.35.

- Un bilan alarmant pour la filière canne -

Les causes de ce déclin sont multiples. La filière fait face à un manque de main-d’œuvre, une perte de surfaces agricoles dédiées à la canne, des aléas climatiques récurrents et des retards dans la livraison des récoltes.

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La suppression de certaines méthodes conventionnelles pour lutter contre les adventices a également aggravé la situation. En une décennie, la filière canne a perdu environ 750.000 tonnes de production et un point de richesse, souligne la Chambre d’agriculture.

Les difficultés économiques des planteurs exacerbent encore cette crise. Selon l’organisation, 42,7% des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté, un enjeu central des discussions prévues avec le préfet de région ce mercredi.

- Des mesures d’urgence demandées -

Face à cette situation critique, la Chambre d’agriculture réclame plusieurs mesures immédiates. D'abord le paiement anticipé des aides, notamment le solde de campagne et la prime bagasse, pour maintenir la trésorerie des agriculteurs.

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Ensuite, la reconnaissance de l’état de calamité agricole pour la filière canne et la mise en place d’une aide exceptionnelle. Une demande de longue date pour une étude approfondie sur les conditions d’achat de la canne et les phases de mesure de la richesse a également été relancée.

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Dans un courrier récent, le préfet a soutenu cette initiative et sollicité une étude à réaliser avant le premier semestre 2025. Celle-ci doit évaluer le mode de paiement de la canne, tant par l’industriel que via les aides publiques.

- Des États généraux pour repenser l’avenir -

Pour répondre à ces défis, la Chambre d’agriculture appelle à un travail collectif en organisant les premiers États généraux de la canne et de l’agriculture réunionnaise au premier trimestre 2025.

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L’objectif : élaborer un plan stratégique ambitieux pour la filière, qualifié de "plan Marshall" par la Chambre, en vue de préparer la prochaine convention. Une refonte des statuts du CTICS (Comité technique interprofessionnel de la canne et du sucre) est également demandée pour garantir une meilleure prise en compte des intérêts des planteurs.

- Une filière à un tournant -

La campagne 2024, marquée par les retards et les perturbations, clôt un chapitre difficile pour la filière canne. Avec deux semaines de retard, les usines de Bois-Rouge et du Gol ont cessé leurs activités après 49 semaines de fonctionnement.

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La Chambre d’agriculture insiste : "Il faut relancer cette culture avec et pour les planteurs". Alors que les États généraux se profilent, l’avenir de la filière repose désormais sur des réformes structurelles et une mobilisation commune.

www.imazpress.com / redac@ipreunion.com
 

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1 Commentaires
Missouk
Missouk
3 mois

Il va falloir arrêter de cultiver la canne uniquement pour le sucre... On va droit dans le mur ! Qu'on cultive des cannes plus fibreuses éventuellement pour en faire de la bagasse et alimenter nos centrales, pourquoi pas. Mais on pourrait aussi s'orienter vers de la canne très fibreuse pour de la production textile (la société Toray fabrique l'ultrasuede à partir de cannes très fibreuses) ou divers matériaux composites pour la maison par exemple ou des garnitures intérieures pour les avions, l'automobile, ou des chaussures de sport, ou divers accessoires .
Des débouchés autres que le sucre et le rhum existent, il faudra bien un moment donné qu'on arrête de pleurer après des subventions européennes et qu'on accepte de changer certaines habitudes. Encore faut-il franchir le pas et préparer l'avenir en formant et en aidant de jeunes planteurs.