En France, quatre enquêtes ont été ouvertes après le décès de quatre bébés, en lien possible avec des laits infantiles contaminés par la toxine bactérienne céréulide. Questionné par Imaz Press, le ministère de la Santé indique que 14 nourrissons ont été hospitalisés avec une suspicion de consommation de lots rappelés. Aucune indication n'a été donnée concernant La Réunion "pour des raisons de secret médical". Une série de rappels a été lancée dans l'Hexagone et à La Réunion (Photo : ee/www.imazpress.com)
En France hexagonale, au moins quatre décès de nourrissons "ont été portés à la connaissance des autorités sanitaires (...), trois de ces enquêtes pénales concernent des nourrissons ayant consommé des lots officiellement retirés du marché notamment à Angers et à Bordeaux. Mais une quatrième enquête est également ouverte à Toulouse, après le décès d’une fillette de huit mois début février" détaille France Info.
Contacté par Imaz Press, le ministère de la Santé note que pour toute la France "une cinquantaine de signalements ont été remontés par les ARS (Agences régionales de santé) dont quatorze hospitalisations avec une suspicion de consommation de lots rappelés".
- Pas de chiffres pour La Réunion -
Pour notre île, le ministère nous a indiqué sobrement : que "en vertu du secret médical (il ne pourrrait) pas donner plus d'informations sur les lieux d'hospitalisation."
En France hexagonale les enfants hospitalisés sont désormais tous rentrés à domicile.
Quant à savoir si ces laits ont vraiment un lien avec la mort de trois nourrissons, les autorités préviennent, "les investigations ne donneront pas forcément de réponse tranchée".
"La détection de la toxine émétique (céréulide) produite par Bacillus cereus nécessite des méthodes analytiques spécifiques, reposant notamment sur la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse (LC-MS/MS)", précise le ministère de l'Agriculture.
Dans le cas présent, "plusieurs éléments pourraient expliquer une détection difficile. L’acide arachidonique (ARA) est fourni sous forme de poudre contenant des capsules d’ARA. Lors d’analyses réalisées directement sur ces poudres, le céréulide pourrait être partiellement piégé dans les structures encapsulées, rendant son extraction et sa purification moins efficaces".
À l’heure actuelle, aucun lien direct n’a été établi entre les symptômes constatés et les laits consommés par ces bébés.
- "Je n'ai plus aucune confiance dans certaines marques" -
En attendant les résultats des enquêtes, des parents sont inquiets. Sophie, mère de trois enfants, raconte que l'un de ses jumeaux derniers nés, âgé de quelques mois, a été hospitalisé après une diarrhée sévère et du sang dans les selles.
Lorsque le nourrisson est admis à l'hôpital, l'information sur les laits contaminés n'a pas encore été rendue publique. Après la publication des mises en garde, Sophie se rend compte que le lait qu'elle donne à ses jumeaux est concerné.
Impossible cependant pour le corps médical d'établir un lien exact avec le lait consommé.
Depuis, la mère de famille a changé de lait mais elle commente "j'ai eu une grosse frayeur et surtout plus aucune confiance dans certaines marques".
Si la ministre de la Santé assure que "tous les lots concernés ont été retirés du marché", les parents restent sur leurs gardes. À chaque signe d'une gastro – vomissement, diarrhée -, l'inquiétude que le lait en soit la cause grandie.
- Des rappels de laits infantiles jugés tardifs -
La gestion du retrait de ces produits par les autorités françaises soulève de vives interrogations chez les parents qui déplorent des rappels tardifs.
Une source travaillant avec des enfants malades au quotidien a confié à Imaz Press n'avoir jamais été averti en amont de ces rappels.
Ce n'est d'ailleurs que fin janvier que ce professionnel - qui a souhaité rester anonyme -, a reçu un mail des autorités avec les consignes à suivre et les indications à apporter aux parents.
Questionné à ce sujet, le nouveau directeur de l'Agence régionale de santé de La Réunion (ARS), Jean-Jacques Coiplet déclare : "l'information n'a pas tardé. Dès que Nestlé a découvert la présence de cette toxine – le céréulide, produite par certaines bactéries. – l'entreprise a décidé de retirer le lot concerné, les autres marques ont suivi".
Il l'assure, "les autorités ont bien agi". Écoutez.
Pourtant, selon un rapport européen, cité par l'Association pour la santé des enfants, "la contamination de l’huile d’acide arachidonique, utilisée dans les laits infantiles, a été retracée jusqu’à au moins octobre 2024".
En France, l’alerte n’a été donnée qu'en décembre 2025.
L’ONG Foodwatch et plusieurs familles ont intenté une action en justice contre l’État français et les fabricants, accusés d’avoir trop tardé à mener les rappels et informer le public sur le sujet.
Le 28 janvier, le tribunal administratif de Paris a rejeté ce recours, estimant que "la situation était maîtrisée" et que "l'ensemble des laits infantiles contaminés ont été retirés".
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- Les pharmacies en première ligne après les rappels de laits infantiles -
Dans le nord de l'île, plusieurs rayons de laits infantiles sont vides. L'avis de rappel est bien visible dans le rayon avec la marque, le numéro de lot et la date d'expiration.
Une pharmacie de Saint-Denis affirme, "tous les lots concernés ont été retirés du marché".
Pour s'assurer du respect de la consigne de retraits des laits concernés, la préfecture de La Réunion a mis en place des contrôles renforcés.
Seul un supermarché à Piton Saint-Leu, ne respectait pas la réglementation en vigueur. L'enseigne a aussitôt fait l’objet d’un arrêté de suspension de l’activité de vente des laits infantiles, indique la préfecture.
- Diarrhées et vomissements à surveiller chez les bébés -
Des parents se demandent comment détecter une possible contamination ? Certains symptômes sont à surveiller, mais une épidémie de gastro-entérite, sans lien avec les produits concernés, peut compliquer la détection.
"Il ne faut pas céder à la panique", conseille Jean-Jacques Coiplet. "Il faut rester informé via le site du gouvernement, Rappel Conso qui permet d'avoir les références des laits concernés."
Le directeur de l'ARS, tout comme la préfecture de La Réunion, invitent les personnes ayant acheté des produits issus des lots concernés à ne plus les consommer et à suivre les recommandations indiquées sur les fiches de rappels.
Jean-Jacques Coiplet précise, "si le bébé a consommé le lait et ne présente aucun signe il n'y a pas de soucis car l'apparition des symptômes de vomissement et de diarrhée c'est entre une et 20 heures après". Écoutez.
- Contacter le 15 -
Les symptômes possibles d’une intoxication par la toxine à l’origine des retraits-rappels sont ceux d’une gastro-entérite aiguë.
Chez le nourrisson : vomissements précoces et répétés pouvant être accompagnés d’une diarrhée et d’une fièvre modérée à élevée. Si le bébé présente de symptômes, il est recommandé de consulter un médecin en lui signalant cette consommation.
En cas d’urgence, il convient de contacter le 15.
En cas de symptômes évocateurs graves ayant nécessité une hospitalisation après consommation d’un des lots concernés par les retraits-rappels : les parents sont invités à conserver les boîtes concernées dans un endroit sécurisé et à procéder à un signalement sur signal conso en précisant la marque et le numéro de lot du produit conservé et le motif du signalement.
"Si cela s’avère nécessaire, ces boîtes pourront être récupérées par la Direction départementale en charge de la protection des populations (DDPP) du lieu de leur domicile pour analyse de la poudre de lait", précise à Imaz Press le ministère de la Santé.
En cas de doute, la liste des lots rappelés est disponible sur le site du ministère de la Santé.
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