Une dette de 70 Ă  80 millions d'euros

L'enseigne Run Market et le groupe Make Distribution en danger

  • PubliĂ© le 22 aoĂ»t 2022 Ă  20:16
  • ActualisĂ© le 31 aoĂ»t 2022 Ă  15:36
grande surface coronavirus

Ce lundi 22 août, l'Observatoire des prix, des marges et des revenus, présentait son rapport intermédiaire relatif à l'état des lieux du marché de la distribution alimentaire à La Réunion. Et ce, deux années aprÚs la réalisation effective de l'opération de rachat des actifs de Vindémia par le groupe GBH. L'OPMR, sous le contrÎle de Bertrand Huby, magistrat de la Chambre régionale des comptes, a demandé à Bolonyocte Consulting un rapport sur la situation deux années aprÚs le rachat de Vindémia par le groupe Bernard Hayot (GBH). Si le rapport définitif doit sortir en septembre, les premiers éléments laissent peu de place au doute, le groupe Make Distribution et les enseignes Run Market - qui ont racheté une partie des actifs de Vindémia à GBH -, sont en danger. Le groupe cumule d'ailleurs une dette estimée en 70 et 80 millions d'euros. (Photo : rb/www.ipreunion.com)

Depuis des semaines les clients le constatent, dans leur enseigne Run Market, que cela soit Ă  Sainte-Marie, Ă  Saint-AndrĂ©, au Chaudron  ou Ă  Saint-Paul, les hypermarchĂ©s sont vides. VidĂ©s de leurs clientĂšles, vidĂ©s de leurs personnels de caisses et surtout vidĂ©s de leurs rayons
 Un constat qui consterne Olivier, pĂšre de famille. "On vient faire les courses, il n’y a rien dans les rayons, c’est cher, et en plus on pas plus de temps Ă  faire la queue en caisse qu’à faire nos courses ", s’indigne-t-il. Une situation que partage Nicole venue faire des achats avec sa fille. "Quand on voit qu’un samedi il y a cinq caisses d’ouvertes, on comprend pourquoi le groupe est en faillite."

Que cela soit donc du cĂŽtĂ© des clients, que de cĂŽtĂ© des professionnels et de l’Observatoire des prix, des marges et revenus (OPMR), le constat est sans appel : la situation des enseignes Run Market rachetĂ©es par Makes Distribution est alarmante.

- Une opération déjà risquée il y a deux ans -

Il y a deux ans, lors du rachat par le groupe GBH, l’OPMR et l’agence de consulting par le biais de Christophe Girardier, rapporteur de l’étude, avaient mis en exergue les risques de cette opĂ©ration. Pour autant, l’AutoritĂ© de la concurrence avait donnĂ© son feu vert le 26 mai 2020. Toutefois, l’AutoritĂ© avait demandĂ© au groupe GBH de cĂ©der une partie de ses actifs pour Ă©viter une atteinte Ă  la concurrence. Le groupe a donc cĂ©dĂ© quatre hypermarchĂ©s Ă  Make Distribution sous l’enseigne Run Market et deux au groupe Thien Ah Koon.

À la suite de cette opĂ©ration de rachat et de cession de quatre hypermarchĂ©s au groupe Make Distribution, l’étude note une baisse drastique de l’activitĂ© dans les enseignes, alors que sous l’enseigne Jumbo Score, la clientĂšle Ă©tait prĂ©sente. La premiĂšre raison, selon Christophe Girardier, "ces enseignes sont plus exposĂ©es Ă  la concurrence des enseignes Leclerc et Carrefour".

ConsĂ©quences, chez Run Market, les parkings sont vides, tout comme les rayons. Alors que chez la concurrence, la clientĂšle afflue. "Je n’ai jamais vu cela de toute ma carriĂšre", explique le rapporteur de l’étude. "Il y a une baisse de la frĂ©quentation flagrante, la zone est presque dĂ©serte." Une absence d’attractivitĂ© qui impacte l’hypermarchĂ© mais Ă©galement les commerces aux alentours.

L’effet de cet achat est Ă©galement la crĂ©ation d’un vĂ©ritable duopole Carrefour/Leclerc. RĂ©sultats, avant le rachat de VindĂ©mia par le groupe GBH et la cession Ă  Make Distribution, Jumbo avait 30% de part de marchĂ©, Leclerc 23% et Carrefour 17%. DĂ©sormais, Carrefour compte 36 Ă  39% de part de marchĂ©, Leclerc totalise 27 Ă  29%. "Ce duopole totalise 2/3 du marchĂ© Ă  La RĂ©union", explique Christophe Girardier. "Une concentration dĂ©favorable au pluralisme concurrentiel", ajoute-t-il.

- Make Distribution en passe de disparaĂźtre -

"La dĂ©faillance de Make Distribution est imminente", avait alors commentĂ© Christophe Girardier. Selon lui, de nombreux fournisseurs seraient impayĂ©s depuis prĂšs de six mois. "Il y a Ă©galement une rupture des produits locaux et une paupĂ©risation de l’offre", note le rapporteur de l’étude. "Une spirale", qui, selon Christophe Girardier, "aboutit toujours Ă  un Ă©chec". Plusieurs risques sont donc Ă  craindre du cĂŽtĂ© de la grande distribution, notamment sur l’impact des prix et la diversitĂ© de l’offre. "Ce qui mettrait Ă  mal l’équilibre de l’économie de l’üle. Autre impact majeur, l’avenir des 780 salariĂ©s qu’emploi le groupe Make Distribution et les enseignes Run Market.

Selon ces Ă©lĂ©ments, le groupe Make Distribution perdrait environ un million d’euros par mois. Toujours selon l'Ă©tude, le groupe cumulerait une dette estimĂ©e en 70 et 80 millions d’euros.

Conclusion, "la situation financiÚre devenue critique du groupe, est le prélude de la disparition à trÚs court terme du nouvel acteur de la distribution réunionnaise, le groupe Make Distribution", explique Christophe Girardier. Le rapport final de cette étude, tentera de trouver des pistes pour améliorer la situation de ce secteur.

ma.m/www.ipreunion.com/[email protected]

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