La grogne monte dans l'Education nationale. Les motifs ne sont pas nouveaux : manque de moyens et nouvelles suppressions de postes annoncées, burn out des enseignants et des directeurs d'école privés de secrétaires et de personnels de surveillance, nouveaux programmes imposés sans discussion préalable. S'y ajoute de nouvelles inquiétudes, notamment sur la réforme du bac avec des matiÚres de savoirs fondamentaux devenues optionnelles ce qui, de l'avis des syndicats, fragilisera nombre d'élÚves pour l'accÚs à l'université. Et bien sûr, en toile de fond, les menaces qui pÚsent sur le statut de la fonction publique au vu de la volonté affichée du gouvernement de favoriser les embauches de contractuels. L'intersyndicale appelle donc les fonctionnaires de l'Education Nationale à rejoindre la manifestation du 12 novembre devant le rectorat.
La maĂźtrise comptable sans vision d'intĂ©rĂȘt Ă long terme, c'est l'ennemi dĂ©clarĂ© de l'intersyndicale FSU, SNES-CFDT, UNSA. Qui appelle l'ensemble des fonctionnaires de l'Education Nationale Ă se mobiliser le 12 novembre 2018 pour une manifestation de protestation : "L'Education nationale a dĂ©jĂ supportĂ© de nombreuses baisses d'effectifs, dĂ©nonce Marie-HĂ©lĂšne Dor, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de la FSU. Les personnels sont en grande souffrance, Ă chaque fois qu'on supprime un poste d'enseignant, c'est le nombre d'Ă©lĂšves par classe qui augmente. On ne peut pas travailler bien avec moins de moyens."
La Réunion n'est pas la métropole
La secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale du FSu tient Ă rappeler qu'on ne peut pas comparer les besoins de La RĂ©union Ă la situation en mĂ©tropole : "L'illettrisme est beaucoup plus important chez nous, c'est 116 000 personnes sur une population de 860 000. Il faut des moyens pour sortir de cette situation. Toute l'acadĂ©mie doit ĂȘtre classĂ©e en zone d'Ă©ducation prioritaire."Â
Des élÚves en plus, des profs en moins
Du cÎté des autres syndicats présents à la conférence de presse le 8 novembre, les revendications sont clairement tournées vers l'avenir de les élÚves : le dédoublement des classes de CP et de CE1 est reconnu comme une mesure souhaitable, mais le hic c'est que "cela s'est fait au détriment des autres classes". Dans le second degré, les syndicats dénoncent l'importance des effectifs par classe, sachant que le baby boom des années 2000 à 2012 a produit son lot de collégiens et de lycéens à instruire aujourd'hui. "Mission difficile dans les conditions actuelles, des élÚves en plus et des profs en moins", dénoncent les syndicats.
#PasDeVague Marre de la caporalisation des profs !
â Darkus (@LegumesPower) 22 octobre 2018
Aucune concertation pour la réforme du lycée et du bac, des programmes faits dans l'opacité, 2650 postes supprimés par #Blanquer, des menaces sur nos droits (paritarisme, statut).
Pour un tsunami le #12novembre : tous en grĂšve ! pic.twitter.com/l3ae48tTRB
La réforme du bac sur le grill
Autre colĂšre qui s'exprime : la rĂ©forme du bac, avec la fin des sĂ©ries et l'arrivĂ©e des filiĂšres spĂ©cialisĂ©es. "Les premiers pĂ©nalisĂ©s seront les classes sociales dĂ©favorisĂ©es. Les maths, par exemple, ont Ă©tĂ© retirĂ©es du tronc commun des connaissances. Les Ă©lĂšves des classes sociales dĂ©favorisĂ©es auront la tentation d'y renoncer, parce que les maths, c'est difficile. Et on leur ferme ainsi l'accĂšs Ă Parcours Sup oĂč les mathĂ©matiques sont dĂ©terminantes", s'indigne Antoine Laurenti, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral SNES RĂ©union.
Et de dénoncer "une politique d'affaiblissement du service public pour favoriser le privé" : "Les familles favorisées vont pouvoir contourner le problÚme des classes surchargées, du besoin de soutien en maths, en faisant appel au privé. Le gouvernement fait tout pour favoriser l'exclusion sociale des classes défavorisées", conclut Antoine Laurenti.
Une organisation qui fait défaut
La baisse des contrats aidés a déjà fait couler beaucoup d'encre. "Nous dénonçons nous aussi ce recours à ces contrats qui favorisent la précarité, nous demandons pour ces personnels qui apportent des solutions à des besoins, qui ont des compétences, un emploi pérenne". En ligne de mire, les secrétaires, qui s'occupaient des relations avec les parents, d'ouvrir les portes aux visiteurs et géraient la vie administrative de l'école sous le contrÎle du directeur. " Et bien sûr les personnels de soutien en classes maternelles, souvent appelés ATSEM, mais qui sont en effet pour la plupart, à La Réunion, des contrats aidés ou des contractuels.
#TémoignageEnseignant
â CRD ESPE Aquitaine (@CRD_ESPE_Aqui) 7 novembre 2018
Les directeurs d'école n'ont pas le moral... https://t.co/jLJk8fqp0k
Aujourd'hui, les directeurs doivent faire face seuls. "La situation est catastrophique, analyse Laurent Papaya, secrétaire-général adjoint du SNUipp-FSU 974. Les directeurs d'école sont seuls à gérer leurs écoles, l'administratif, les problÚmes du quotidien, à s'occuper des entrées et des sorties, répondre au téléphone, et beaucoup d'autres tùches. Ils doivent aussi assurer des heures d'enseignement. Beaucoup sont en burn out." Le SNUipp-FSU 974 demande donc que "la copie soit revue".
MĂȘme dĂ©sorganisation dĂ©noncĂ©e au Rectorat oĂč les moyens manquent en raison de contractuels prĂ©sents Ă 70% du temps. D'oĂč s'en suit une dĂ©sorganisation notoire sur les remplacements Ă organiser. "Les collĂšgues remplaçants sont prĂ©venus au dernier moment, avec des jours de carence d'enseignement dont se plaignent les parents", souligne Jacky Chane-Alune, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'UNSA RĂ©union.
Convaincue que "les rapports de force peuvent fonctionner", l'Intersyndicale FSU, SNES-CFDT, UNSA battra le pavĂ© sous les banderoles le 12 novembre devant le rectorat, espĂ©rant ĂȘtre suivie par tous les fonctionnaires et contractuels.
ml/www.ipreunion.com
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