Le 19 septembre 2017, des milliers de personnes de confession catholique se rendront à Saint-Leu pour le traditionnel pÚlerinage de la Salette. Comme pour bon nombre de manifestations religieuses, les croyants ont leurs habitudes. Parmi elles, l'achat ou non, d'un souvenir, d'un objet de piété, péjorativement appelé "bondieuserie" qui figurera ensuite dans la maison, la voiture, ou autour du cou des fidÚles.
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Marie-Annick a toujours le mĂȘme rituel. Une fois par mois, elle vient prier la Vierge Noire et repars toujours avec une petite carte, un chapelet ou une petite statue de la vierge qu'elle rapporte chez elle. "Câest pour faire la priĂšre, mâaccompagner pour suivre la vie de JĂ©sus. On se sent plus rassurĂ© avec un objet. LĂ , jâai achetĂ© un chapelet et une carte pour offrir Ă ma belle-soeur". Comme Ă chaque visite sur le site de la RiviĂšre des Pluies Ă Sainte-Marie, c'est Ă Patricia qu'elle achĂšte son objet de piĂ©tĂ©, qui tient son stand au milieu des marchands de fleurs depuis plus de 20 ans.
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#BonDié Les objets de piété font partie du quotidien des Réunionnais. Notre reportage à retrouver demain sur https://t.co/Mn89do9HHu pic.twitter.com/DAP9oniCGg
â Imaz Press RĂ©union (@Ipreunion) 10 septembre 2017
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Sa maman le tenait avant elle et malgrĂ© le temps qui passe, les habitudes des croyants ne changent pas. Pas mĂȘme au sein de la nouvelle gĂ©nĂ©ration. Elle aussi est croyante. Elle croit en tous les objets qu'elle vend. "C'est sĂ»r, il faut avoir la foi" relate-t-elle, tandis que la pluie joue des tours Ă la marchande, s'abattant sur les livrets de priĂšre.
- "On ne devient pas millionaire" -
Patricia se considĂšre comme "une commerçante comme une autre". Car les produits qu'elle vend sont loin d'ĂȘtre de simples bibelots pour celles et ceux qui les achĂštent. Son article phare auprĂšs des touristes : "le Saint-ExpĂ©dit. Surement parce que câest dans les moeurs et qu'il est trĂšs vĂ©nĂ©rĂ© en mĂ©tropole" pense la vendeuse. Les bougies, les chapelets et les plaques de remerciement rencontrent Ă©galement beaucoup de succĂšs.
Dieu seul sait si la vente d'objets de piĂ©tĂ© est lucrative. La RĂ©union ne rivalise surement pas avec les sites de renommĂ©e mondiale tels que Lourdes, comptant des dizaines de boutiques du genre aux quatre coins de la ville. D'ailleurs, un arrĂȘtĂ© municipal Ă©mis en aoĂ»t dernier, restreint dĂ©sormais l'espace de vente des objets pieux sur les trottoirs de la ville, afin de remettre la spiritualitĂ© et la guĂ©rison au coeur des visites touristiques.Â
A La RĂ©union, on ne vendrait en tout cas pas d'objets de piĂ©tĂ© "pour ĂȘtre millionnaire" explique la commerçante. "Je me dĂ©gage un salaire mensuel, je vis" ajoute celle qui travaillait sept jours sur sept avant de devenir grand-mĂšre.
Elle-mĂȘme se rend parfois Ă Lourdes ou au Vatican, non pas pour repĂ©rer les derniĂšres bougies ou cartes de priĂšre Ă la mode, mais bien pour sa foi personnelle.
- L'objet reste un objet -
D'extérieur, il semblerait que les petites statuettes, médailles et autres objets de dévotion se vendent plutÎt bien. Il est cependant compliqué de quantifier leur importation, tant les objets se classent, au niveau des services de douanes, dans toute sorte de catégories différentes. Il est également difficile d'établir un chiffre d'affaires sur le territoire. Patricia assure que la marchandise qu'elle achÚte à ses fournisseurs, "qui viennent directement la voir pour présenter leurs produits", sont fabriqués "en Italie, au Portugal, mais aussi un peu en Chine". Un coût de production qui varie donc entre ces pays.
Les vendeurs de "bondieuseries" sont parfois comparés aux "Marchands du Temple" expulsés par Jésus, accusés de transformer le Temple de Jérusalem en un repaire de voleurs au travers de leurs activités commerciales. Mais contrairement à ses marchands, les vendeurs péi disent ne pas s'enrichir.
Les points de vente ambulants, ou au sein mĂȘme des lieux de cultes - les paroisses proposent rĂ©guliĂšrement une sĂ©rie d'objets pieux contre une offrande, servant Ă l'entretien des Ă©difices par exemple - sont connus et acceptĂ©s de l'Eglise, qui laisse les diocĂšses gĂ©rer cet aspect de la vie paroissiale. L'activitĂ© commerciale de l'objet de piĂ©tĂ© pĂšse en effet trĂšs peu face au symbole qu'il reprĂ©sente. "Il nây a pas de marchandage, ni de commerce ou de valeur matĂ©rielle pour un objet de culte. Ccet objet qui est une icĂŽne, et nous rappelle une rĂ©alitĂ© Ă©vangĂ©lique." assure le pĂšre Bernard Ataya, curĂ© de la paroisse de Sainte-Rose.
Car, "ces objets de dĂ©votion sont mis Ă la disposition des fidĂšles comme un moyen pour les aider dans leurs priĂšres, dans cette relation par la foi Ă une rĂ©alitĂ© spirituelle" dĂ©taille-t-il. Objets, qui sont loin d'ĂȘtre obligatoires pour vivre sa foi selon l'Evangile. "Devant une statue de la Vierge Marie, c'est la Vierge Marie que nous honorons, devant une Croix, câest le mystĂšre de la crucifixion du Christ" et concernant la petite statuette ou la mĂ©daille, "le prĂȘtre ne bĂ©nit pas en premier l'objet, mais la personne, sinon cela serait de la magie et la magie nâexiste pas" affirme-t-il.
L'aspect commercial n'est donc pas au coeur de l'activité des paroisses. Cependant, si Patricia assure que La Réunion ne compte pas de charlatans, l'homme d'église conçoit que certaines personnes mal intentionnées peuvent profiter de la foi d'un fidÚle en demande et ainsi vendre des objets à caractÚre "magico-religieux", relativement chers.
De mĂȘme, l'eau bĂ©nite, elle aussi objet de commerce, est souvent une fiole d'eau du robinet, bĂ©nie par le prĂȘtre Ă la demande du fidĂšle. Cette bĂ©nĂ©diction, elle, est gratuite.
Publié ce lundi 11 septembre à 3h/jm/www.ipreunion.com

