Le Comité d'éthique a donné un avis favorable mardi 25 septembre à l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, réservée aujourd'hui aux couples hétérosexuels pour raisons médicales. Tour d'horizon des positions des religions à La Réunion sur ce sujet.
Du cĂŽtĂ© de lâEglise catholique, rien de nouveau et on campe sur la mĂȘme position. Dans un texte dâune centaine de pages publiĂ© jeudi dernier, la ConfĂ©rence des Ă©vĂȘques de France (CEF) argumente son opposition Ă lâextension de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes seules. Elle invoque une "atteinte Ă la dignitĂ© humaine." Ce document a Ă©tĂ© signĂ© par lâensemble des Ă©vĂȘques. Monseigneur Gilbert Aubry, Ă©vĂȘque de La RĂ©union explique sa position : "La PMA, moi je prĂ©fĂšre dire l'AMP, Association mĂ©dicale Ă la ProcrĂ©ation : câest un homme, une femme, une union, une conception, une gestation, une naissance et lâĂ©ducation de lâenfant. Dans cette direction la : oui. " Sinon, câest non. "Un couple homme-femme nâest pas du tout dans la mĂȘme situation quâun couple lesbien, poursuit Monseigneur Aubry. Un couple homme-femme engendre la vie tandis quâun couple femme-femme ne peut pas engendrer la vie et câest fondamental : si la vie ne se transmet pas, il nây a pas de procrĂ©ation et lâAMP tombe complĂ©tement Ă faux."
"Il nous faut vivre avec le monde d'aujourd'hui"
Sur cette question, le protestantisme nâa pas une position unanime puisque chaque croyant est libre dâinterprĂ©ter les Ă©crits et de fonder ses propres convictions. Nous allons donc avoir des avis trĂšs diversifiĂ©s et parfois opposĂ©s. Charles Dossert, pasteur de lâEglise Protestante Unie Ă La RĂ©union rappelle quâil "nây a pas dâopposition dogmatique" Ă la PMA dans le protestantisme. "Nous avons une approche beaucoup plus libĂ©rale en gĂ©nĂ©ral sur ces questions. Mais une approche qui reste prudente et respectueuse." Lui est favorable Ă la PMA ouverte Ă toutes les femmes : "Le monde est beaucoup plus complexe. Je ne pense pas que la PMA ouverte Ă toutes les femmes soit un problĂšme. Il nous faut vivre dans cee monde qui Ă©volue, les principes gĂ©nĂ©raux de lâEglise catholique ne peuvent pas simplement sâappliquer aujourdâhui."
Lâune des principales craintes Ă©voquĂ©es par lâEglise catholique est celle de l'absence d'une figure paternelle. "Lâenfant qui va naĂźtre sera sans pĂšre, explique Monseigneur Aubry : le donneur de spermatozoĂŻde est anonyme. Et il y a nĂ©cessitĂ© pour la dignitĂ© de lâenfant, pour son Ă©ducation et sa rĂ©ussite dâavoir une rĂ©fĂ©rence paternelle." Et dans une famille monoparentale, "une figure paternelle dans une famille Ă©largie peut ĂȘtre reprĂ©sentĂ©e par un oncle, un parrain, un ami de la famille" poursuit Monseigneur Aubry. Pour Charles Dossert, cette rĂ©fĂ©rence masculine dâun enfant est beaucoup plus large que la simple figure du pĂšre : "Câest trop rĂ©ducteur comme vision. La rĂ©fĂ©rence paternelle peut trĂšs bien ĂȘtre incarnĂ©e par une femme dans un couple homosexuel. Dâailleurs dans les couples homme-femme, la figure du pĂšre nâest pas forcĂ©ment reprĂ©sentĂ©e par lâhomme."
Dans l'Islam, l'importance primordiale de la filiation
LâInstitut de ThĂ©ologie Musulmane de La RĂ©union (ITMR), dirigĂ© par Zakaria Gangate, rappelle que lâIslam autorise le recours Ă la PMA mais uniquement pour les couples hĂ©tĂ©rosexuels mariĂ©s. "LâIslam, explique un professeur de lâITMR, donne beaucoup dâimportance aux liens sacrĂ©s du mariage. Ainsi, toute relation hors mariage est condamnĂ©e et toute procrĂ©ation qui pourrait intervenir entre deux personnes qui ne sont pas mariĂ©es ne rentrera pas dans le cadre licite." Autrement dit la PMA est autorisĂ©e dans un couple mariĂ© uniquement si les cellules sont produites en son sein : un donneur extĂ©rieur ne peut intervenir, quâil soit connu ou pas. "Tout ce qui est extĂ©rieur aux deux Ă©lĂ©ments du couple nâest pas autorisĂ©, tout simplement parce que lâIslam accorde une importance primordiale Ă la filiation. Pour Ă©viter tout flou autour dâelle, tout ce qui pourrait la compromettre est interdit. Il faudra se tourner vers lâadoption, un enfant dĂ©jĂ nĂ©." Pour un couple hĂ©tĂ©rosexuel mariĂ© qui nâest pas stĂ©rile mais qui rencontre des problĂšme Ă concevoir, la PMA est autorisĂ©e. Mais encore une fois, il y a des conditions Ă respecter : il faut Ă©viter toute erreur dans la filiation donc "le surplus de spermatozoĂŻdes ou dâovules rĂ©coltĂ© doit ĂȘtre dĂ©truit, on ne pourra pas le conserver." LâIslam sera donc forcement opposĂ© Ă lâextension de la PMA aux femmes seules et aux couples lesbiens.
Pour les Tamouls, "On ne doit pas manipuler l'univers"
Pour Daniel MinienpoullĂ©, secrĂ©taire de la FĂ©dĂ©ration tamoule de La RĂ©union, la question de la PMA en gĂ©nĂ©ral va "Ă lâencontre des lois naturelles qui existent sur cette terre." Dans lâhindouisme, "on doit vivre avec ce quâon a, la souffrance vient de la recherche Ă©ternelle du plaisir. On ne peut pas satisfaire tous ses besoins, nous ne sommes que de passage sur terre. Sans ĂȘtre dĂ©faitistes, nous devons accepter et ne pas chercher lâimpossible."
En France, selon un dernier sondage, entre 60 et 75 % des personnes sont favorables Ă l'ouverture de la PMA. Suite Ă lâavis favorable du ComitĂ© consultatif national d'Ă©thique, le gouvernement devrait prĂ©senter avant la fin de lâannĂ©e un projet de loi. Celui-ci serait ensuite dĂ©battu au Parlement dĂ©but 2019.

Il faut penser à ce que ressentira l'enfant, par rapport aux remarques que pourront lui faire ses camarades d'école.
Ca ne fait mĂȘme pas une gĂ©nĂ©ration que les couples homosexuels sont reconnus, ça n'est pas encore rentrĂ© dans les moeurs, et on parle dĂ©jĂ de faire des enfants entre homosexuels. C'est Ă mon avis dangereux pour le futur enfant.
Je pense qu'on va trop vite.