[Photos-Vidéos] Volcan : le ciel de La Réunion voilé par le dioxyde de soufre, un gaz incolore et dangereux

  • Publié le 23 février 2026 à 08:17
qualité de l'air pendant l'éruption

Le vendredi 13 février 2026, le Piton de la Fournaise est entré en éruption pour la deuxième fois de l'année. Conséquence de ce phénomène, un nuage de dioxyde de soufre a voilé une partie du ciel du sud de l'île, se dirigeant même jusqu'à Madagascar. À forte concentration ce gaz, invisible à l’œil nu, peut présenter des risques pour la santé des personnes les plus fragiles. La Réunion n'est pas en alerte, mais les scientifiques restent vigilants (Photos : rb/www.imazpress.com)

Vous commencez à tousser, l'air extérieur a peut-être commencé à vous picoter les narines… c'est certainement dû au dioxyde de soufre (So2).

Pour rappel, le Piton de la Fournaise est entré en éruption ce vendredi matin 13 février 2026. La lave a jailli après une courte et importante crise sismique qui a débuté à 9h25.

- Le dioxyde de soufre présent dans le ciel réunionnais, mais en deçà des seuils d'alerte -

Depuis le début de l'éruption, Atmo Réunion – qui assure une surveillance permanente de la qualité de l'air - observe "une évolution graduelle des concentrations de dioxyde de soufre, avec un pic important dans la fin de journée du 17 février et le 18 février", indique Philippe Touflan, responsable du pôle étude.

Des données relevées sur les deux stations de Bourg-Murat à la Plaine des Cafres et de Grand Coude à Saint-Joseph, à proximité des habitations.

Au niveau de l'Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise, "il existe trois types d'instruments pour mesurer : "à distance - à la Plaine des Cafres, Plaine-des-Plamistes et au gîte du Volcan - des stations mesures du Co2 volcanique dans le sol, sur les bords de l'enclos", indique Nicolas Villeneuve, maître de conférences à l'Université de La Réunion.

"Le So2 est mesuré lui par l'analyse de la lumière du soleil par spectrométrie." Au sommet "une station multigaz analyse/quantifie le Co2, le So2, la vapeur d’eau de l’air ambiant", précise-t-il.

Philippe Touflan précise toutefois que ces "concentrations de dioxyde de soufre mesurées restent en deçà des seuils de recommandation et d'alerte".

Le seuil d'information et de recommandation est fixé à 300 microgrammes par m3 par heure et le seuil d'alerte est fixé à 500 microgrammes par m3 par heure à ne pas dépasser "pendant plus de trois heures", précise-t-il.

Lors des relevés d'Atmo, le pic le plus haut a "légèrement dépassé les 215 microgrammes", dit Philippe Touflan.

- Un panache de dioxyde de soufre qui se propage vers Madagascar -

"En règle générale, sur le territoire de La Réunion, on a des niveaux de dioxyde de soufre très bas, en lien avec des émissions d'industriels, mais lorsque l'on a un volcan en éruption, on peut avoir des émissions aléatoires et pas forcément en corrélation avec l'intensité de l'éruption", explique Philippe Touflan.

Cela peut être dépendant du vent, comme sur les images capturées par le satellite Copernicus.

Typiquement, à Piton de Bert, "vu la distance et le lieu du site éruptif, une grande partie du gaz aura déjà été plaquée au sol. Après ce n'est jamais pareil, tout dépend l'orientation du vent".

Nicolas Villeneuve précise qu'il n'y a pas de risque pour les avions de ligne. "Ils sont bien au-dessus du panache de la Fournaise actuellement. Toutefois en approche et en montée, ils le traverse forcément mais à ce stade, le panache est relativement dilué."

À l'inverse, pour les avions de tourisme, il faut faire attention, "même si l'exposition au dioxyde de soufre n'est pas suffisamment longue", rassure-t-il.

Le panache de dioxyde de soufre et les pluies acides "pouvant rouiller les appareils".

- Du gaz dans le magma du Piton de la Fournaise -

Pour expliquer ces émissions de dioxyde de soufre, Nicolas Villeneuve, maître de conférences à l'Université de La Réunion explique : "le Piton de la Fournaise, volcan de type basaltique, est un volcan qui contient pas mal de gaz".

"La plus grande quantité de ce gaz - dont le So2 - remonte sous forme de bulles notamment qui, en explosant, forment les fontaines", dit-il. 

Un gaz "instable qui peut se transformer en acide au contact d'une molécule d'eau", dit Nicolas Villeneuve.

- Le dioxyde de soufre, un risque pour la santé, inhalé à forte quantité -

Le dioxyde de soufre est un gaz irritant, même à faible concentration. "Il peut amener de la gêne, de la toux pour les personnes fragiles et les enfants", explique le maître de conférences. "À grande quantité ce n'est d'ailleurs pas bon et cela peut même être létal."

Lui-même, habitué du volcan le dit : "lorsque nous devons faire des manipulations de GPS, on évite de se trouver trop près d'une concentration de So2 et même en descendant plus loin on porte des masques de protection".

Les autorités réunionnaises mettent en garde contre de possibles conséquences sanitaires, notamment en raison de substances pouvant irriter les voies respiratoires.

Les personnes de plus de 65 ans, ou souffrant de pathologies cardiaques et respiratoires, et les femmes enceintes doivent être vigilantes si elles décident de s'approcher des coulées de lave.

En cas de gêne respiratoire ou cardiaque (essoufflement, sifflement, palpitations), de quitter la zone et de consulter rapidement un médecin.

Concernant les pluies acides, "elles ne vont pas brûler mais ça picote"; indique Nicolas Villeneuve.

Raison pour laquelle, le préfet a déclenché en urgence l’alerte 2.1 "Orsec volcan : éruption dans l’enclos" interdisant l'accès à l'enclos au public.

- Éruption de 2007 et record de concentration de dioxyde de soufre -

Lors de l'éruption de 2007, les émissions de dioxyde de soufre ont été telles, que les services de l'État avaient demandé d'évacuer certains habitants.

À cette époque, "le sud de l'enclos, le Tremblet et la zone du Grand Brûlé étaient marron, jaune, brûlés par la pluie d'acides", se rappelle Nicolas Villeneuve, maître de conférences à l'Université de La Réunion.

Cela a même "corrodé les stations, les tôles", dit-il.

En 2007, ce panache de dioxyde de soufre avait atteint Madagascar en trois jours.

Dès lors que l'éruption de ce début d'année se terminera, il faudra rester attentif car les bulles de gaz peuvent remonter des profondeurs mais en quantités relativement faibles, raison pour laquelle il reste toujours cette odeur de soufre.

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