À La Réunion, les éducateurs doutent des effets réels de la loi d'interdiction aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans

  • Publié le 22 juillet 2026 à 06:46
  • Actualisé le 22 juillet 2026 à 06:47
téléphone portable

L'interdiction des réseaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans a été adoptée ce mardi soir 21 juillet 2026 par le Parlement. Les deux assemblées ont approuvé la proposition de loi; par 243 voix contre 2, au Sénat ; puis par 279 voix contre 81, à l’Assemblée nationale. Cette loi, une première en Europe, ne convainc que partiellement enseignants et parents d'élèves réunionnais. Ils s'interrogent notamment sur ses modalités concrètes d'application (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

"On a presque déjà un temps de retard avec cette loi", estime Jérôme Ethève, professeur au lycée et représentant syndical de Force Ouvrière, soulignant la difficulté à encadrer des multinationales comme Meta, maison mère de Facebook et Instagram. "Quand on se rend compte qu'il y a un problème, on nous propose un texte législatif. Mais ça reste de l'ordre du symbolique, alors que rien n'a été traité dans le fond. Et nous, sur le terrain, on doit se débrouiller avec ça..."

Alors que cette interdiction d'accès devrait être appliquée dès le 1er septembre, c'est bien la question de l'efficacité réelle de cette mesure sur le long terme qui interroge. "Admettons qu'on soit vigilants jusqu'à l'âge de 15 ans. Mais le danger pour les adolescents ne fait qu'être reporté. Qu'est-ce qui se passe ensuite pour nos enfants, qui vont tout découvrir d'un coup à l'âge de 16 ans ?" note Daniel Amouny, président de la Fédération des Conseils de Parents d'élèves (FCPE) à La Réunion.

Face aux risques que représente l'exposition aux réseaux sociaux, professionnels et parents misent plutôt sur l'éducation des plus jeunes. Une sensibilisation à même de réduire les effets négatifs sur la santé, comme, par exemple, l'altération du sommeil, la dévalorisation de soi, les troubles alimentaires ou la consommation de drogues, pointés dans une étude de l'Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) de janvier 2026.

Lire aussi - L'UE veut instaurer un accès "progressif et gradué" des mineurs aux réseaux sociaux

- Un dispositif facilement contourné -

"On choisit souvent l'angle de la répression. Mais il faudrait surtout proposer davantage d'enseignements autour du numérique et de l'IA pour mieux expliquer les bons usages aux élèves", pose Jérôme Ethève. Une remarque qui pourrait également s'appliquer aux téléphones portables, dont l'utilisation sera aussi interdite aux lycéens après l'adoption de la loi ce mardi soir. Toutefois, la portée réelle de cette décision reste encore à mesurer dans la mesure où chaque établissement devra faire appliquer cette interdiction via son règlement intérieur.

Plus globalement, on touche ici aux limites de ce texte législatif, qui semble pouvoir être facilement contourné par les adolescents. Sur le contrôle d'âge, des techniques existent pour tromper la vigilance des réseaux sociaux. Création d'un profil par un tiers, modification de son apparence par une intelligence artificielle pour paraître plus vieux... les esquives ne manquent pas.

Cette confusion autour de la vérification des conditions d'accès est entretenue par la loi elle-même, tant elle ne précise pas la méthode retenue par l'État sur ce plan. L'exemple australien, premier pays à interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans fin 2025, invite ainsi à la prudence. Selon une étude publiée par la revue British Medical Journal en juin, 85 % des jeunes Australiens continuent de fréquenter Instagram, Facebook, Snapchat ou TikTok.

Un constat d'échec qu'anticipe déjà Daniel Amouny. "Pour les téléphones portables au collège, on avait parlé d'interdiction et on voit bien que ça ne marche pas... Il n'y a aucun intérêt à faire de grandes annonces si elles ne sont pas suivies d'effet et si on doit ensuite faire machine arrière."

Pour autant, l'enjeu lié à ces plateformes numériques est pris au sérieux par de nombreux pays en Europe. Ces derniers, comme la Grande-Bretagne, veulent tenter d'enrayer la fascination exercée sur les esprits adolescents en réfléchissant à des textes législatifs. Le cas français va donc être scruté de près par ses voisins. Reste à voir désormais si, dans la durée, cette loi apprtera une vraie évolution.

Lire aussi - Le Parlement proche d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, première en Europe

fb/www.imazpress.com/[email protected]

guest
0 Commentaires