À La Réunion, l’urgence sociale liée au sans-abrisme s’aggrave d’année en année. Pourtant, elle reste insuffisamment documentée, insuffisamment prise en compte et trop souvent reléguée au rang de variable d’ajustement. Les Boutiques solidarité, aux côtés de nombreux acteurs associatifs comme Médecins du Monde, alertent : la situation actuelle n’est plus tenable. En 2024, a minima, 17 personnes sans-abris sont mortes dans les rues de l'île dans une indifférence presque générale (Photo : rb/www.imazpress.com)
"On ne peut plus détourner le regard. Les personnes sont là, face à nous, et elles sont de plus en plus nombreuses", alerte Matthieu Hoarau, président de la Fondation du logement Réunion.
Selon la définition de l’Insee, les personnes sans domicile fixe incluent les personnes à la rue, hébergées en structures d’urgence ou à l’hôtel. Or, à La Réunion, aucun recensement spécifique n’existe à ce jour. Un travail est en cours au niveau national, mais sans déclinaison en Outre-mer.
"Sur la question des personnes sans domicile au sens de l’Insee, nous avons un problème majeur : il n’existe pas de recensement en Outre-mer. Il est en cours au niveau national, mais pas ici", s'agace Matthieu Hoarau.
Les raisons avancées - coût de l’enquête et difficultés méthodologiques - ne tiennent pas, selon ce dernier.
"On nous explique que la méthode nationale ne serait pas applicable en Outre-mer. Je pense que c’est faux, et qu’il faut le faire. Qu’il soit national ou local, l’absence de recensement ne permet pas d’avoir une photographie fidèle de la réalité", insiste-t-il.
Dans ce contexte, à partir des données de terrain, les acteurs estiment qu’environ 3.000 personnes sont aujourd’hui sans domicile à La Réunion.
"Ce chiffre est déjà très alarmant, et il est probablement sous-estimé", précise Matthieu Hoarau.
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- Dans l'île les indicateurs virent au rouge -
Parmi les indicateurs les plus préoccupants, figure la domiciliation administrative, indispensable pour accéder aux droits fondamentaux. Le nombre de personnes domiciliées est passé de 1.600 en 2019 à plus de 5.000 en 2024.
"La domiciliation est essentielle pour faire valoir ses droits. Or aujourd’hui, une personne domiciliée sur quatre l’est via nos trois accueils de jour. Cela montre clairement un problème de répartition de la solidarité sur le territoire", observe Matthieu Hoarau.
Les CCAS ont pourtant l’obligation légale de permettre l’accès à la domiciliation, tout comme d’autres structures, notamment pour les personnes sortant de détention.
"Quand les associations portent durablement des missions qui relèvent d’obligations légales, c’est que le système ne fonctionne plus correctement", ajoute-t-il.
Dans le même temps, la fréquentation des Boutiques solidarité a explosé, passant de 1.000 personnes accueillies en 2019 à 3.000 l’an dernier.
"Nos boutiques sont des lieux où l’on accueille, où l’on écoute, où l’on permet aux personnes de se laver, de préserver leur dignité et d’engager des démarches vers la santé, l’emploi ou le logement. Mais avec les moyens actuels, accueillir dignement devient de plus en plus difficile", alerte Matthieu Hoarau.
Il poursuit : "Notre modèle économique est fragile, insuffisamment soutenu, et encore plus menacé dans le contexte actuel".
La saturation du dispositif d’hébergement d’urgence est criante. Aujourd’hui, 2.500 ménages ne sont pas pris en charge par le 115, parmi lesquels plus de 1.000 enfants, dont 300 de moins de 3 ans.
"Nous n’avons jamais connu une situation avec autant d’enfants sans solution de mise à l’abri. Ce qui relevait autrefois de situations marginales est devenu un phénomène massif", souligne Matthieu Hoarau.
À cela s’ajoutent environ 1.500 personnes seules durablement exclues des dispositifs, ainsi que 460 femmes, de plus en plus nombreuses.
"Toute personne en situation de détresse doit pouvoir accéder à un hébergement. C’est une responsabilité de l’État. Or la crise du logement a conduit à des critères locaux qui mettent les personnes précaires en concurrence, en laissant trop souvent les personnes seules de côté, ce qui renforce leur exclusion sociale", dénonce-t-il.
- Mourir à la rue : une réalité sous-estimée à La Réunion -
En 2024, a minima, 17 personnes sont mortes dans les rues de l'île, selon un décompte du collectif 'Les morts de la rue'. Un triste bilan qui s'est alourdi par rapport à l'année précédente, où 15 décès avaient été recensés. Et les décès de personnes à la rue restent largement sous-estimés, d'après les acteurs du terrain.
"Ces décès sont principalement signalés par des acteurs de terrain. Nous travaillons à améliorer les remontées d’information, à la fois pour rendre hommage aux personnes que nous connaissions, et pour éviter que cela ne se reproduise", explique Matthieu Hoarau. "Personne ne devrait mourir à la rue à La Réunion. L’État et les collectivités doivent en faire une priorité absolue", insiste-t-il.
"La rue fragilise durablement les parcours. Même après un relogement, les impacts sur la santé peuvent conduire à des décès prématurés", souligne-t-il.
- Intempéries : des réponses inadaptées et temporaires -
Ces drames surviennent dans le quotidien, mais aussi lors des périodes les plus dangereuses, comme les cyclones ou les fortes pluies.
À chaque épisode cyclonique, les solutions ne sont déployées qu’en phase ORSEC, sans anticipation suffisante, estime la Fondation du logement.
"Hors ORSEC, il n’existe aucune réponse spécifique, notamment pendant les vigilances fortes pluies. Et lorsque les dispositifs sont activés, nous ne sommes pas toujours associés aux coordinations : nous devons nous-mêmes chercher les informations", déplore Matthieu Hoarau.
Les dispositifs mis en place sont souvent inadaptés aux personnes sans abri. "Certaines personnes vivent des expériences difficiles : absence d’hygiène, accueil collectif anxiogène, regard stigmatisant, impossibilité d’accueillir leurs animaux", rapporte-t-il.
Et surtout, dès la levée de l’alerte, les dispositifs s’arrêtent.
"On met les personnes à l’abri le temps de la crise, puis on les remet dehors, parfois alors même que les conditions restent dangereuses. Ces moments ne sont jamais utilisés pour créer du lien ou enclencher un accompagnement", regrette-t-il.
Pour lui, "il faut revoir en profondeur toute la stratégie d’hébergement d’urgence, en s’appuyant sur l’expertise de ceux qui sont au quotidien aux côtés des personnes concernées".
"À la suite du cyclone Garance, nous avons vécu de l’intérieur les difficultés rencontrées par les personnes pour accéder à l’information et s’assurer d’une mise à l’abri effective. Nous avons souhaité recueillir leurs témoignages pour objectiver ces constats", rapporte Anne-Laure Charrier, coordinatrice chez Médecins du monde.
"L’enquête menée auprès de 51 personnes à Saint-Denis, Saint-Pierre et Saint-Leu montre que 70 % étaient à la rue ou en grande précarité, 16 % en logement indigne, 10 % hébergées chez un tiers et seulement 4 % en hébergement temporaire", précise-t-elle.
"Si 57 % des personnes interrogées se sont rendues dans un centre d’hébergement d’urgence, les autres sont restées sur place ou ont trouvé des solutions alternatives, souvent par défaut. Cela montre qu’il existe une marge de progression importante pour améliorer l’accès à la mise à l’abri", constate l'association.
Médecins du Monde détaille les freins au non-recours : "Les motifs sont multiples : des difficultés de mobilité avec 41 % des personnes qui n’avaient accès à aucune navette, la présence d’animaux, un manque d’information, la crainte de l’autorité ou de l’hébergement collectif, ou encore le sentiment que ces solutions restent trop temporaires face à l’absence de perspectives durables".
"Les conditions matérielles d’accueil, notamment en matière d’hygiène et de respect de l’intimité, jouent aussi un rôle déterminant. Certains témoignages montrent que ces conditions peuvent décourager l’accès aux soins et à la mise à l’abri", souligne Anne-Laure Charrier.
- Une chaîne de l’information imparfaite -
L'enquête de Médecins du monde "constitue une base de travail pour un retour d’expérience auprès des autorités". Elle "met en évidence la nécessité d’un protocole de mise à l’abri plus protecteur des personnes les plus vulnérables : personnes malades, âgées, mais aussi sans abri".
"Cela passe par une amélioration de l’accès à l’information, une meilleure prise en compte des besoins dans les centres d’hébergement, notamment la possibilité d’accueillir des animaux, et une coordination renforcée entre l’ensemble des acteurs intervenant sur le terrain", détaille Anne-Laure Charrier.
Concernant la période cyclonique, Médecins du Monde alerte : "lors des cyclones, nous intensifions nos maraudes pour prévenir les personnes, mais nous constatons que nous ne disposons pas toujours des informations à leur transmettre. Il nous arrive de devoir les chercher nous-mêmes, y compris auprès du 115, qui n’est pas toujours intégré à la chaîne d’information".
"Notre enquête montre pourtant que 80 % des personnes savaient que l’alerte rouge allait être déclenchée, et 94 % avaient connaissance de l’alerte orange. Mais l’information provenait majoritairement des associations, de l’entourage ou du téléphone, et très peu des institutions locales", affirme l'association.
"Il manque clairement un maillon dans la chaîne de l’information. Lorsque les associations de terrain n’ont pas accès à une information fiable et centralisée, c’est toute la capacité de protection des personnes les plus vulnérables qui est fragilisée."
- Des solutions existent, mais restent bloquées -
Il n’y a pas de fatalité au sans-abrisme. "Le dispositif “Un chez-soi d’abord” montre que des personnes aux profils complexes, y compris avec des troubles de santé mentale, peuvent accéder durablement au logement lorsque celui-ci devient un levier de rétablissement", rappelle Matthieu Hoarau.
Des crédits existent pour développer les maisons relais, les résidences sociales et les foyers de jeunes travailleurs.
"Les leviers sont là, les financements existent, mais les projets n’aboutissent pas faute de coordination politique, de foncier identifié et de budgets de fonctionnement suffisants", constate-t-il.
Dans le cadre du Logement d’abord, la mise à l’abri est un engagement fondamental. Pourtant, la stratégie locale récemment présentée "ne prévoit aucune nouvelle place", selon la Fondation pour le logement.
"On ne peut pas fermer les yeux sur la réalité actuelle. Il faut une politique partagée, une mobilisation collective. Aujourd’hui, nos propositions existent, mais il n’y a pas de réponse à la hauteur des enjeux", affirme Matthieu Hoarau.
- Regarder la réalité en face -
À La Réunion, les saisons aggravent la vulnérabilité : hiver froid dans les Hauts, été marqué par la chaleur et les difficultés d’accès à l’eau, saison cyclonique...
"Contrairement à l’Hexagone, aucune adaptation des dispositifs n’est prévue ici en fonction des conditions climatiques, alors que les impacts sont bien réels", souligne Matthieu Hoarau.
Il y a cinq ans, la crise du Covid avait pourtant montré que des réponses massives étaient possibles.
"Cette période a été une expérience vertueuse : des personnes mises à l’abri ont été relogées durablement, et le sont encore aujourd’hui. Cela prouve que l’on peut agir. Malheureusement, cette dynamique s’est essoufflée au moment même où la crise sociale s’est intensifiée", regrette Matthieu Hoarau.
Il conclut : "Il est temps d’arrêter de se renvoyer les responsabilités, de considérer la solidarité comme un investissement et non comme une dépense, et de bâtir ensemble une réponse plus juste, plus efficace et plus respectueuse des personnes."
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Il faut avoué que l'appartement du gain et les detournements vont bon train, sans parler des vols dans les entreprises et ou les mals façons.... qui compromette la croissance des nouveaux bâtiment. Pourtant beaucoup de logements reste vide très longtemps. Avant d etre relouer même dans le social. Pour certains appartement comme il y a un serieux avec une remise en etat irreprochable par le bailleur l'attente est comprehensible mais les autres, qui sont encore en état convenable pour être relouer pourquoi prendre des mois .
L appartement où j'ai demenager il a du falloir 3 mois pour qu il soit relouer avec énormément de problemes non resolu dont infiltration, moississure, le tableau electrique pendouller et tenait sur une planche de bois, la sonnette etait Hs, les evacuation d eau etait cassés tout comme le store et les joints des fenetres reparer + 3 fois tellement pas de serieux des entreprise, le sol a etait changer par un sol bad gamme car infiltration et coller sur l ancien donc bonjour les degats continuent, hors celui que j ai rendu un vendredi à etait remis à disposition en même pas une semaine et ils ont juste arranger l' evier coupant que j avait signaler et qu il avait pas fait quand j y etait et l infiltration de la porte principal ou j attendais pour qu il répare depuis que j y etait: la blague des RHi mal foutu avec pas moin de 3 entreprises dessus dont le premier mur du premier bâtiment rivaliser avec la tour de pise et 7 ans pour le construire et livraison 4 mois apres date d effet du bail, car retard de Livraison. Courage à ces personnes ss logements dans la galéres mon coeur serre qd je voit sa mais si c pour avoir un logement pourris vraiment pourrit sa n en vaut pas la peine nn plus. Surtout le prix ne fait qu augmenter pourtant le logement depéri.
St denis , St benoit il y a des logement viden St denis un novelle immeuble à vu le jour et certains appartements St encore vide avec 1 an de retard minimum sur la livraison car retard des travaux. Pk autant de monde attente encore? Il y a des logements vides et louable immédiatement pourtant
Et l'hiver métropolitain est terrible aussi pour les sans-abris. Cette fameuse promesse de Macron en 2017 ? Aux oubliettes comme beaucoup d'autres. Que retiendra l'histoire des 10 ans Macron ? La récession, le chaos, les affaires, la chienlit