Depuis le 20 novembre 2025, les mineurs victimes de violences disposent d’un espace internet sécurisé pour venir se confier, anonymement, à des policiers ou des gendarmes formés à l’accueil des mineurs. Ce tchat accessible 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, permet aux jeunes de poser des questions, de signaler des violences et, si nécessaire, d’être orientés vers une prise en charge judiciaire ou par des professionnels spécialisés (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Passer les portes d’une gendarmerie ou d’un commissariat, ce n’est pas évident, et cela même quand on est adulte. Porter plainte, se rendre compte qu’on est une victime ou demander de l’aide sont loin d’être des choses anodines, la peur s’ajoute à la honte et paralysent.
C'est alors tout un parcours complexe qui commence pour les victimes, et pour les enfants qui ignorent parfois avoir ce statut. Et quand l’agression vient de son propre foyer, la victime peut se sentir piégée.
- Croire les victimes -
Selon le docteur Anne Christelle Richauvet, plusieurs facteurs expliquent la difficulté à demander de l'aide pour un mineur : "Les freins principaux sont la peur de ne pas être crus, la honte, la méconnaissance des violences, qu'ils n'identifient pas forcément, mais aussi la méconnaissance des définitions (consentement etc..) et de leurs droits."
Parmi les comportements qui peuvent survenir si les violences ne sont pas repérées et prises en charge : "la rupture dans le comportement du jeune, repli sur soi ou des attitudes de mise en danger, un épisode dépressif, automutilation, troubles du sommeil, troubles du comportement alimentaire..." nous explique le docteur Richauvet.
En France, 1 enfant sur 10 subit chaque année des violences sexuelles et près de 50 % des agresseurs sont des membres de la famille. De plus, 25 % des violences sont commises par une personne d’autorité (enseignant, entraîneur, etc.) Selon le Département de La Réunion, en 2022, 1 victime de violences domestiques sur 2 était un enfant.
- Se confier de façon anonyme : une première étape pour les jeunes victimes -
Le constat de départ qui justifie la création d’un tchat réservé aux mineurs, c’est la présence en nombre d’enfants et d’adolescents sur la plateforme numérique d’accompagnement des victimes, un site internet ouvert à tous et à toutes.
La commissaire Rainaut, adjointe à la division d'accueil numérique de la police nous explique :
"On s'est rendu compte que dans 50 % des signalements qu'on faisait sur la violence sexuelle, c'étaient des mineurs qui étaient victimes et pour les signalements de cyberharcèlement, ce chiffre montait à 60 %. Ça concernait des mineurs, avec une très forte augmentation de tout ce qui était sextorsion. Donc on s'est dit qu'on allait créer un espace mineur dans notre site pour que les mineurs trouvent plus facilement l'information pour les aider."
Une sextorsion, est une forme de violence en forte hausse en France, avec une augmentation de +460 % en 3 ans.
Il s’agit d’une escroquerie qui affecte violemment les jeunes qui en sont victimes. Tout commence, par des échanges amicaux, lors desquels un escroc va demander des photos intimes à sa future victime, au fil du temps.
Le cybercriminel menace alors la victime de divulguer les enregistrements compromettants publiquement et/ou à ses contacts si elle ne paie pas une rançon, ou ne lui fournit pas d’autres contenus intimes.
La commissaire Rainaut donne un exemple : "On a beaucoup de mineurs qui se connectent pour de la sextortion. Ils arrivent sur notre chat, souvent le soir, et ils disent, je ne sais plus quoi faire.
Certains parlent d'idées noires et nous racontent "On me demande de l'argent. J'ai déjà donné, mais je n'ai plus d'argent. Ils menacent de diffuser mes photos de moi de manière intime à mon école, à mes parents. Je suis en détresse totale."
"Déjà, on prend le temps de les écouter et de les calmer. On leur conseille en général d'en parler à leurs parents. Si on voit qu'il y a un blocage, on propose d'autres adultes responsables. On leur donne des conseils : de ne surtout pas payer, et de bloquer l'internaute qui leur demande de l'argent."
Chaque année, les chiffres de la cybercriminalité augmentent, et les jeunes sont particulièrement visés.
C’est dans ce contexte qu'une plateforme dédiée voit le jour : l’Espace mineurs, pensé et co-créé par les forces de l’ordre et des élèves de CM2 et de quatrième, devient un lieu numérique accessible et bienveillant pour libérer la parole.
Sur cette plateforme, des victimes, mais aussi des amis et des témoins parfois à la recherche de conseils. La commissaire Rainaut raconte : "Il y a des mineurs qui se connectent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, on a des connexions à toute heure du jour et souvent en fin de soirée, début de nuit, pour des choses très variées."
- "Prendre confiance pour ensuite demander de l’aide à un adulte et à un professionnel" -
Du côté des jeunes victimes réunionnaises, cette plateforme est pour certains une première étape dans la libération de la parole.
Quand Nicolas* décide de se connecter, c’est la première fois qu’il parle de ce qui lui arrive à un adulte : "J’ai décidé d’utiliser le tchat quand ça n’allait plus trop dans ma tête et que je n’osais pas en parler autour de moi. J’avais besoin de parler à quelqu’un sans me montrer, sans être jugé. Le fait que ce soit anonyme m’a vraiment aidé à me lancer."
Il ajoute : "Sur le tchat, j’ai été bien accueilli. La personne en face était calme, à l’écoute, elle ne me pressait pas. Je me suis senti assez en sécurité, surtout parce que je pouvais dire ce que je voulais et m’arrêter quand je voulais."
"Utiliser le tchat m’a aidé à prendre confiance et ensuite à demander de l’aide à un adulte et à un professionnel. Ça m’a servi de première étape."
À un jeune qui hésite, il dirait : "Tu peux essayer, même si tu ne sais pas trop quoi dire. Tu n’as rien à perdre, et ça peut vraiment aider."
Pour Nicolas, la discussion manquait parfois de "rapidité".
Du côté de la police, on explique : "Les mots sont pesés avec précaution. Mais il faut aussi que l'opérateur cherche les réponses juridiques à sa question pour qu'elle soit le plus adaptée possible.""
- Les chiffres des cyberviolences envers les mineurs -
Cyberviolences et sextorsion
28.767 signalements pour des faits de sextorsion en 2024, soit une augmentation de +460 % en 3 ans
67.000 signalements de contenus pédocriminels liés à l’intelligence artificielle en 2024, soit une augmentation de +1 325 % en un an
Sources : Commission indépendante sur l’Inceste et les Violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), Office des mineurs (Ofmin).
* Prénom d'emprunt
ee/www.imazpress.com/[email protected]
