Le nombre a doublé en sept jours

12.186 arrĂȘts maladie en une semaine, c'est (possiblement) la faute au chikungunya

  • PubliĂ© le 16 avril 2025 Ă  13:53
arret de travail

12.186 arrĂȘts maladie ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s par la Caisse gĂ©nĂ©rale de SĂ©curitĂ© sociale (CGSS) entre le lundi 7 et le dimanche 13 avril 2025. S'il n'est pas possible de dĂ©terminer le motif des arrĂȘts, Thierry Bies, directeur de la santĂ© Ă  la CGSS, prĂ©cise "Ă  titre de comparaison, nous Ă©tions Ă  5.847 (arrĂȘts maladie) la semaine du 10 mars". Alors que le nombre de malades atteint du chikungunya dĂ©passe les 100.000 selon GĂ©rard Cotellon, directeur de l'Agence rĂ©gionale de santĂ© (ARS), la facture des indemnitĂ©s journaliĂšres s'annonce lourde et le monde de l'entreprise est obligĂ© de s'adapter Ă  l'absence de salariĂ©s (Photo d'illustration sly/www.imazpress.com)

Dans son cabinet de l'est de l'Ăźle, le Docteur Christine Kowalczyck enchaĂźne les rendez-vous. "Quasiment tous les gens qui travaillent sortent avec un arrĂȘt de travail d'au minimum cinq jours", indique-t-elle.

Lire aussi - ÉpidĂ©mie de chikungunya : immersion au cƓur des urgences du Centre Hospitalier Ouest RĂ©union

- Plus de 12.000 arrĂȘts en une semaine -

Entre le 7 au 13 avril " 12.186 arrĂȘts maladie ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s", a indiquĂ© Ă  Imaz Press, ce lundi 14 avril, Thierry Bies, directeur de la santĂ© Ă  la Caisse gĂ©nĂ©rale de SĂ©curitĂ© sociale de La RĂ©union (CGSS).

Comparativement Ă  2024, sur la mĂȘme pĂ©riode, "on Ă©tait en moyenne Ă  6.000 arrĂȘts par semaine", prĂ©cise le directeur de santĂ©.

D'abord questionnĂ©e le vendredi 11 avril, la CGSS avait d'abord indiquĂ© que le nombre d'arrĂȘts maladie comptabilisĂ© Ă©tait de 20.835 pour la mĂȘme pĂ©riode. L'institution s'est donc ravisĂ©e ce lundi en parlant d'une "erreur de reporting".

Cette prĂ©cision arrive alors que le 4 avril, la CGSS avait indiquĂ© Ă  Imaz Press : "le chikungunya n’est pas un motif d’arrĂȘt maladie, il n’existe donc pas de chiffre pour Ă©tayer ce sujet".

"Ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’il n’y a pas d’augmentation significative du nombre d’arrĂȘts maladie en ce moment comparĂ© Ă  la mĂȘme pĂ©riode l’annĂ©e derniĂšre" avait complĂ©tĂ© la SĂ©curitĂ© sociale.

- Le nombre des arrĂȘts a doublĂ© -

"Si l'on compare Ă  la premiĂšre semaine de mars, le chiffre (des arrĂȘts - ndlr) a doublĂ©", explique Thierry Bies. Le nombre devrait encore augmenter et suivre la courbe ascendante de l'Ă©pidĂ©mie. 

Le nombre de malade est "exponentiel" estime Thierry Bies. "Si l'on regarde autour de nous, la question n'est plus de savoir qui sera contaminé mais quand on va l'attraper", dit-il.

Pour "gĂ©rer cette Ă©pidĂ©mie", les Ă©quipes de la CGSS se renforcent. "On sollicite en interne avec des renforts temporaires et l'appui du national pour nous accompagner car si c'Ă©tait jusqu'Ă  maintenant contenu, avec le nombre d'arrĂȘts qui explose ça devient compliquĂ©", explique Thierry Bies.

"L'objectif est désormais de tenir le choc, car le chikungunya touche aussi les agents de la Sécu et l'on fait au mieux pour indemniser les gens au plus vite", souligne-t-il.

L'augmentation des arrĂȘts maladies devrait d'ailleurs faire grimper la facture des indemnitĂ©s journaliĂšres.

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- Le monde économique mis à mal par le chikungunya -

L'explosion du nombre de cas et des arrĂȘts maladies frappe de plein fouet le monde Ă©conomique.

Dans l'artisanat, l'absence de salarié se fait d'autant plus sentir que "70% des chefs travaillent seuls", indique Bernard Picardo, président de la Chambre des métiers et de l'artisanat de La Réunion (CMA).

"Pour la grande partie ils ne peuvent pas travailler et cela impacte leurs affaires", dit-il. "Si un salarié est touché par le chikungunya, ça déstabilise complÚtement l'entreprise, d'autant que la maladie ne part pas aussi facilement que cela".

Alors que l'Ă©pidĂ©mie est en augmentation, les reprĂ©sentants du secteur Ă©conomique demandent Ă  l'État que "l'activitĂ© partielle puisse fonctionner mais nous n'avons pas eu de rĂ©ponses claires lĂ -dessus", prĂ©cise Bernard Picardo.

- Des hîtels sans serveurs, des chantiers sans ouvriers
 -

"Il est vrai que nous avons beaucoup d'arrĂȘts maladies dans le secteur de l'hĂŽtellerie-restauration", confirme Patrick Serveaux, prĂ©sident de l'Union des mĂ©tiers et des industries de l'hĂŽtellerie (Umih), Ă©voquant le chiffre de 20% des effectifs Ă  l'arrĂȘt.

"Les équipes sont calibrées au plus juste et s'il manque un élément cela va poser problÚme pour faire fonctionner l'établissement", dit-il.

Une période que le président de l'Umih veut prendre de maniÚre optimiste. "Il faut gérer la situation de maniÚre cartésienne et se dire que ça va s'améliorer dans les semaines qui viennent et c'est ce que l'on souhaite", indique Patrick Serveaux.

Le secteur hĂŽtelier qui compte sur les reprĂ©sentants du tourisme de La RĂ©union pour faire la promotion de l'Ăźle et ne pas laisser l'Ă©pidĂ©mie de chikungunya freiner les projets des vacanciers en cette pĂ©riode oĂč chacun choisit sa prochaine destination. "Il faut communiquer de maniĂšre positive car pour l'heure on a beaucoup d'annulations et peu de rĂ©servation", se dĂ©sole Patrick Serveaux.

Autre secteur économique touché, le Bùtiment. "Les chantiers sont impactés. On manque de gens", indique Raymond Payet de la CGTR BTP.

"Des ouvriers obligĂ©s d'ĂȘtre remplacĂ©s par des intĂ©rimaires jusqu'Ă  la reprise des autres salariĂ©s et forcĂ©ment cela fait des frais en plus et du dĂ©sordre car il faut tout rĂ©expliquer", indique-t-il.

- Des élÚves sans professeurs -

Le secteur de l'Éducation nationale n'est pas Ă©pargnĂ©. Si "la raison des arrĂȘts maladie ne figure pas sur les documents reçus par l'employeur, le rectorat enregistre effectivement une augmentation des congĂ©s de maladie ordinaires depuis la reprise des classes le 17 mars dernier", indique l'AcadĂ©mie.

"Dans le second degré (collÚges et lycées), les absences de courte durée sont palliées par le recours au remplacement par des collÚgues volontaires de l'enseignant absent", ajoute le rectorat.

Toutefois, "dans les écoles, on constate en ce moment également une augmentation du nombre d'enseignants non remplacés", reconnaßt l'Académie qui "avec les pÎles de remplacement, font leur possible pour répondre au mieux".

"Des classes entiÚres n'ont pas cours et forcément il est difficile d'assurer la sécurité des enfants", précise Guillaume LefÚvre du Snalc.

La CFTC EPR a interpellĂ© la ministre de l'Éducation nationale et le recteur "afin que soit mis en place un traitement de ces arrĂȘts maladies identique Ă  celui mis en place lors de l'Ă©pidĂ©mie de Covid, Ă  savoir pas de jour de carence ni de rĂ©duction de l'indemnitĂ© journaliĂšre", indique Laurent Turpin.

- Plus de 100.000 Réunionnais contaminés -

Plus de 100.000 Réunionnais sont touchés par le chikungunya, a estimé lundi Gérard Cotellon, directeur de l'ARS alors que les chiffres publié mercredi dernier par Santé publique France (SPF) recensent 27.521 personnes contaminées depuis le début de l'année

"Je pense que nous avons franchi depuis le début de l'épidémie, les plus de 100.000 Réunionnais touchés par le virus (du chikungunya)" a déclaré Gérard Cotellon, lundi matin lors de la présentation publique du "plan d'actions global contre le moustique" mis en place par la mairie de Saint-Denis.

"On tourne autour des 6.000 Ă  7.000 cas par semaine (selon le recensement des autoritĂ©s sanitaires – ndlr). Mais c'est un chiffre, et je le dis, qui est Ă  mon avis faux" a ajoutĂ© le directeur de l'ARS.

"Nous avons dans les cabinets de médecins généralistes aux alentours de 22.000 consultations par semaine pour des gens qui ont des symptÎmes qui s'apparentent au chikungunya" a-t-il rappelé.

"Tout le monde ne se fait pas prĂ©lever (pour une dĂ©tection du virus – ndlr) , c'est pour ça que je dis que ce chiffre est faux" a soulignĂ© GĂ©rard Cotellon.

Le lundi 7 avril déjà, Manuel Valls, ministre des Outre-mer, en visite dans l'ßle, avait indiqué "sachant (
) que tout le monde n'a pas déclaré le fait qu'il était touché par l'épidémie, on peut considérer que l'on est entre 50.000, 60.000, 70.000 personnes qui auraient été atteintes".

- Le pic de l'épidémie n'est pas atteint -

Ce lundi GĂ©rard Cotellon a confirmĂ© Ă  Imaz Press que le pic de l’épidĂ©mie n’a pas encore Ă©tĂ© atteint. "Nous n'avons pas encore franchi le pic. Nous voyons que l'on a encore beaucoup de cas de contamination" a-t-il soulignĂ©.

Lire aussi - Gérard Cotellon, directeur de l'ARS : "plus de 100.000 Réunionnais touchés par le virus" du chikungunya

Précédemment les autorités sanitaires avaient indiqué attendre un pic de l'épidémie pour la mi-avril.

Selon les chiffres officiels de SFP publiés mercredi, 6.289 cas de chikungunya ont été confirmés entre le 24 et le 30 mars (en augmentation de 457 cas par rapport à la semaine précédente)

Lire aussi - Chikugunya : Manuel Valls annonce l'arrivée de 50.000 nouvelles doses supplémentaires de vaccin

Lire aussi - 20 ans aprÚs, La Réunion de nouveau frappée par le chikungunya

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6 Commentaires
Nina
Nina
11 mois

Catastrophique ... Est ce normal d'avoir autant de personnes touchées par le virus sur le virus ? Pas de démoustication dans la résidence alors qu'au moins un cas é été detecté... laxisme total.

F. PAYET
F. PAYET
1 an

Le "retour à la normale" est un voeu pieux! J'ai attrapé le chik il y a plus de 2 mois et j'ai des douleurs récurrentes quotidiennes qui ne sont soulagées par aucun traitement et qui ne me permettent pas de reprendre mon activité professionnelle. Mon médecin traitant me dit qu'il n'a aucune possibilité de savoir quelle sera l' évolution de mon état et que les séquelles du chik ne sont pas reconnus comme une "maladie". Je ne peux donc prétendre à aucun aménagement de poste, aucune reconnaissance me permettant d'obtenir un congé longue maladie par exemple ou une invalidité...
Je lui ai fait part du danger que je reprĂ©sentais sur la route car mes douleurs ne me permettraient pas d'avoir un comportement adaptĂ© en cas de situation d'urgence. Aucune rĂ©action de sa part! Je vais bientĂŽt reprendre le travail car je n'aurai pas le choix et je vais mettre en danger les automobilistes, cyclistes et piĂ©tons que je croiserai sur mon trajet et les enfants dont je suis sensĂ©e ĂȘtre responsable alors que je suis dans l' incapacitĂ© physique d'assurer ma mission et cela dans l'indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale.

Bravo ARS
Bravo ARS
1 an

ARS à géré comme la ville de St Benoit.

Beaucoup de Com et trÚs peu de résultats.

Romuald
Romuald
1 an

ARS et représentants de l'Etat sont aujourd'hui pris à leur propre piÚge.
AprÚs avoir minimisé l'ampleur de l'épidémie de chik, ils essaient, dans la panique, d'utiliser les expédients qu'ils auraient du utiliser dÚs le début du phénomÚne... il y a 9 mois !
Rappel des soignants en repos, recrutement de 400 contrats PEC alors que le gouvernement affichait sa volonté d'en réduire le nombre de moitié à La Réunion ! Recours aux jeunes du RSMA, mobilisation des équipes de démoustication, etc.
ils s'activent aujourd'hui comme pas deux pour limiter la casse pour leurs copains les patrons qui voient fondre leurs effectifs comme neige au soleil sous l'effet des arrĂȘts maladie.
Voilà bien les conséquences de la politique anti sociale et à courte de vue, la politique d'économies de bouts de chandelles du patronat et de son gouvernement, mais qui , en dernier ressort est principalement payée par la population et les travailleurs !

Zozo
Zozo
1 an

C’est la faute aux Ă©lus incompĂ©tents. Ouais c’est leur faute. Et aussi Ă  d’autres mais c’est secret. Si on m’avait Ă©coutĂ©, MOI, ça serait rĂ©glĂ© depuis longtemps. Ouin ouin ouin je suis un pauvre malheureux. Personne ne travaille Ă  l’hĂŽpital. Tous des nuls. Ouin ouin ouin. Vous avez une petite piĂšce Ă  me donner ?

Issap974
Issap974
1 an

Il faut dire merci Ă  l’Ars pour n’avoir rien entrepris lors de la dĂ©couverte des premiers cas
On veut économiser, diminuons leur salaire et mettons en place des personnes plus compétentes