Alors que l'on entend beaucoup parler de la chloroquine, antidote à l'efficacité controversée mise au point par le Professeur Didier Raoult à Marseille, d'autres pistes de traitement contre ce virus sont actuellement explorées par des scientifiques en France, et ailleurs dans le monde. Certaines sont déjà testées en clinique. Tour d'horizon non-exhaustif des pistes les plus prometteuses de l'Hexagone.
Alors que le covid-19 continue sa progression dans le monde entier, aucun vaccin, remÚde ou traitement n'a encore été prouvé scientifiquement. Aux quatre coins du globe, les plus grands chercheurs se sont lancés dans une course contre la montre, multipliant les recherches et les essais, essayant désespérémment de trouver le traitement qui permettra de venir à bout de cette pandémie toujours plus meurtriÚre. C'est à Marseille qu'est né l'espoir le plus bruyant : la chloroquine. Une molécule qui fracture la communauté scientifique mondiale.
"Cela va ĂȘtre beaucoup d'essais, beaucoup d'erreurs, mais nous avons beaucoup d'options Ă explorer", assure Ă lâAFP Benjamin Neuman, virologue Ă la Texas A&M University-Texarkana. Un challenge de taille pour l'humanitĂ©. En France, les scientifiques se mobilisent, et, si la preuve d'un traitement efficace n'a pas encore Ă©tĂ© apportĂ©e, certains espoirs naissent.Â
âą Chloroquine ou hydrochloroquine
Science et Avenir recense dĂ©jĂ , au dĂ©but du mois dâavril, 45 protocoles d'essai clinique sur la chloroquine ou sa cousine hydroxychloroquine dans le monde. LâefficacitĂ© de ces molĂ©cules - couramment utilisĂ©es pour lutter contre le paludisme - est dĂ©fendue par le clivant professeur Raoult Ă Marseille, et divise fortement la communautĂ© scientifique, qui appelle Ă la prudence. Lâinfectiologue marseillais assure que associĂ©e Ă un antibiotique, lâhydroxychloroquine est efficace pour lutter contre le coronavirus.
Dans une premiĂšre Ă©tude, effectuĂ©e sur 20 malades soignĂ©s Ă l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille, les rĂ©sultats publiĂ©s par le docteur marseillais sont les encourageants : â70% des patients traitĂ©s Ă©taient guĂ©ris virologiquementâ.
La deuxiĂšme Ă©tude porte sur un Ă©chantillon de 80 patients. Dans une nouvelle publication, Didier Raoult affirme que â81,3% des patients prĂ©sentaient des rĂ©sultats favorables et sont sortis de lâunitĂ© avec de faibles scores infectieuxâ.
- LâefficacitĂ© de ces mĂ©thodes restent Ă prouver -
Mais ces Ă©tudes sont loin de trouver grĂące aux yeux de tous. On reproche Ă lâinfectiologue marseillais un manque de rigueur mĂ©thodologique. Selon lâĂ©pidĂ©miologiste Dominique Costagliola, explique Ă lâAFP que âdix jours aprĂšs le dĂ©but des symptĂŽmes, 90% des gens qui ont une forme modĂ©rĂ©e ont une charge virale contrĂŽlĂ©eâ, se basant sur de rĂ©centes Ă©tudes chinoises.
LâefficacitĂ© de ces mĂ©thodes restent donc Ă prouver, dâautant plus que lâutilisation de la chloroquine peut provoquer de nombreux effets secondaires, notamment sur les patients en rĂ©animation.
Pour tenter de rĂ©pondre Ă ces interrogations scientifiques et mettre un terme Ă ce dĂ©bat public, lâĂ©tude Hycovid a Ă©tĂ© lancĂ©e Ă la fin du mois de mars par le CHU dâAngers en collaboration avec une quarantaine dâautres hĂŽpitaux français.
Une Ă©tude dâune plus grande ampleur, qui porte sur 1.300 patients, dont les premiers rĂ©sultats seront publiĂ©s dâici plusieurs semaines. âSon extrĂȘme rigueur scientifique et le nombre de patients inclus feront de cette Ă©tude une des plus sĂ©rieuses traitant de lâhydrochloroquineâ, assure le CHU dâAngers. Afin de rĂ©pondre aux nombreuses interrogations qui entourent cette Ă©tude, le CHU dâAngers a ouvert une foire aux questions sur sa page Facebook.
[ Etude #Hycovid ]
Le lancement de lâĂ©tude #Hycovid visant à mettre fin au dĂ©bat sur lâ#hydroxychloroquine dans le...
Publiée par CHU Angers sur Mercredi 1 avril 2020
Dâabord qualifiĂ© de âprometteurâ par le gouvernement, le ministre de la SantĂ© Olivier VĂ©ran sâest ensuite montrĂ© plus sceptique quant Ă la gĂ©nĂ©ralisation de ce traitement peu onĂ©reux. Alors que des dizaines de protocoles cliniques sont aujourdâhui en cours, Olivier VĂ©ran affirme quâaucun d'entre eux nâavait encore prouvĂ© lâefficacitĂ© de la molĂ©cule.
"J'ai des Ă©lĂ©ments qui me reviennent des hĂŽpitaux qui ne montrent pas, Ă ce stade - je suis extrĂȘmement prudent - un effet statistiquement significatif de l'une ou l'autre des molĂ©cules", a dĂ©clarĂ© Olivier VĂ©ran le 7 avril sur RMC. Ainsi, en l'absence "d'Ă©tude consolidĂ©e, dĂ©finie, randomisĂ©e", le gouvernement rĂ©flĂ©chit "Ă encore amplifier le cadre de ces expĂ©rimentations".
Le 9 avril, c'est Emmanuel Macron lui-mĂȘme qui rend visite au professeur marseillais. Ce dernier a prĂ©sentĂ© au chef d'Etat sa derniĂšre Ă©tude, qui confirme selon lui l'efficacitĂ© de son traitement : plus de 91% de rĂ©ussite, sur un Ă©chantillon de patients plus large (plus de 1000 patients). Cette rencontre ne reprĂ©sente pas "une reconnaissance" de la mĂ©thode de Dider Raoult, prĂ©cise ensuite l'ElysĂ©e.
âą Transfusion de plasma ou coviplasm
LâEFS (Etablissement français du sang) a lancĂ© au dĂ©but du mois d'avril un essai clinique de transfusion de plasma de patients guĂ©ris depuis au moins 14 jours, le programme COVIPLASM. Les prĂ©lĂšvements ont dĂ©butĂ© le 7 mars dernier, dans trois rĂ©gions de mĂ©tropole, la Bourgogne-Franche-ComtĂ©, le Grand Est et lâIle-de-France.
Afin de mener Ă bien cet essai, plus de 200 patients guĂ©ris du covid-19 vont ĂȘtre prĂ©levĂ©s de leur plasma, composante liquide du sang riche en anticorps, et en immunoglobulines. Les anticorps sont utiles pour lutter contre les virus, puisquâils sâattaquent aux antigĂšnes, les substances Ă©trangĂšres Ă lâorganisme.
Ainsi, le transfert du plasma dâun patient guĂ©ri contenant des anticorps dĂ©veloppĂ©s par lâorganisme pourrait aider des malades en phase aiguĂ« Ă lutter contre le virus, explique lâEFS. La transfusion permettrait ainsi au patient dâaugmenter la production dâanticorps.
Il est encore trop tĂŽt pour Ă©valuer lâefficacitĂ© de cette technique. LâEFS indique que des premiers rĂ©sulats seront connus deux Ă trois semaines aprĂšs le dĂ©but de lâessai clinique, soit vers la fin du mois dâavril, prĂ©cisant quâen fonction de âlâefficacitĂ© du traitement et de lâabsence d'apparition dâeffets secondaires dĂ©lĂ©tĂšres, l'essai clinique pourra ĂȘtre Ă©largi Ă un nouveau groupe de patientsâ.
⹠Xav-19 par Xénothéra
Câest au coeur dâune sociĂ©tĂ© de biotechnologie nantaise que naĂźt un nouvel espoir dans la lutte contre le coronavirus. XĂ©nothĂ©ra a mis au point Xav-19, âun mix dâanticorps protecteurs similaires Ă la rĂ©ponse naturelle de lâhommeâ, qui permettrait de traiter le covid-19, et âsauver des milliers de viesâ. C'est en tout cas ce qu'affirme Odile Duvaux, la crĂ©atrice de la start-up, qui cherche aujourd'hui Ă lever 3 millions dâeuros pour poursuivre les essais auprĂšs des patients.
L'entreprise participe dâailleurs Ă lâappel dâoffres âcoronavirusâ lancĂ© par lâAgence nationale de la recherche (ANR). Lâentreprise, qui travaille Ă lâorigine sur la transplantation, a dĂ©couvert au fil de ces derniĂšres annĂ©es de recherche que ces anticorps âhumanisĂ©sâ (produits Ă partir de cochons) peuvent aussi ĂȘtre utilisĂ©s pour lutter contre des infections virales. En 2016, un de ses programmes de recherche sâĂ©tait montrĂ© concluant pour traiter le virus Ebola.
Défendu par le député François de Rugy à l'Assemblée nationale, ce processus scientifique passerait donc par une "injection de ces anticoprs chez les patients hospitalisés, avant que leur cas ne s'aggrave et qu'ils soient placés en réanimation", explique Odile Duvaux dans Ouest-France.
- L'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et le projet Discovery -
L'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), coordonne depuis le 22 mars un essai clinique européen baptisé Discovery. L'objectif : tester et comparer 4 stratégies thérapeutiques expérimentales : le remdesivir, le lopinavir, la combinaison lopinavir et interféron. Pour arriver à cette liste de molécules antivirales à tester, l'Inserm a analysé les données scientifiques concernant les autres coronavirus (SARS et MERS), ainsi que des publications chinoises sur le covid-19.
L'essai clinique porte sur 3.200 personnes atteintes de formes sévÚre du covid-19, dont 800 en France. Cet essai est évolutif, ce qui signifique que si une molécule s'avÚre inefficace, elle sera abandonnée. Au contraire, si l'une d'entre elle apparaßt efficace, alors elle sera testée dans le cadre de l'essai. C'est ce caractÚre adaptatif qui fait "la grande force de cet essai", selon l'INSERM, puisque cela permet des réactions en temps réel, au fil des avancées de la recherche, afin de "mettre en évidence le meilleur traitement pour nos malades", explique Florence Ader, l'infectiologue du CHU de Lyon qui pilote le projet international depuis la France.
Au dĂ©part, cinq hĂŽpitaux français participent Ă cet essai clinique (Bichat Ă Paris, Lille, Nantes, Strasbourg et Lyon). Cette liste devrait ĂȘtre Ă©largie Ă une vingtaine d'Ă©tablissements de santĂ©.Â
Si à ce jour, il n'existe aucun traitement à l'efficacité prouvée, de nombreux projets sont nés depuis le début de l'épidémie. Cette mobilisation exceptionnelle de la communauté scientifique mondiale risque, à terme, de peser lourd dans la guerre contre le coronavirus.
 ldp / www.ipreunion.com / [email protected]
