Les annonces du Premier ministre Sébastien Lecornu sur la future loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles étaient attendues. Elles ouvrent une perspective. Mais derrière les milliards annoncés et les textes de loi, je veux poser une question beaucoup plus simple : Pourquoi est-il primordial de protéger nos enfants ? Je veux des enfants qui puissent grandir sans avoir peur.
Des enfants qui bénéficient d’une véritable sécurité affective, indispensable pour grandir et se construire. Des enfants protégés dans leur foyer, à l’école, dans leurs activités sportives et de loisirs, dans leur quartier, dans l’espace public comme dans l’espace numérique.
Cela peut sembler évident. Pourtant, chaque fois qu’un enfant subit des violences, que sa parole n’est pas entendue ou que les signes psychotraumatiques ne sont pas repérés, cette évidence n’est plus.
Je suis éducatrice sportive. Je travaille auprès de très jeunes enfants. Comme conseillère départementale, je porte ces questions de jeunesse et de protection de l’enfance. Je sais combien un enfant a besoin d’adultes capables de l’écouter, de lui donner des repères et de créer autour de lui un environnement sécurisant.
Je veux surtout que nous agissions avant que les violences ne surviennent.
Protéger l’enfance ne peut pas se résumer à intervenir une fois le drame survenu. La prévention doit être présente partout et devenir le socle de notre action collective. Prévenir, c’est apprendre à l’enfant que son corps lui appartient, l’aider à identifier ce qui n’est pas normal, lui permettre de parler sans peur et lui dire vers qui se tourner en toute confiance. C’est former les adultes à repérer les signaux d’alerte, accompagner les familles, soutenir les professionnels et les associations, mais aussi agir sur les auteurs pour empêcher la répétition des violences. C’est enfin faire en sorte qu’une parole d’enfant ou qu’un signalement ne reste jamais sans réponse.
Nous devons intervenir avant. Pas seulement après.
Le Premier ministre propose pour 2027 un socle de près de 1,5 milliard d’euros pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, auquel s’ajoutent 2,6 milliards d’euros pour la protection de l’enfance, ainsi que des recrutements de magistrats, d’enquêteurs et de personnels dans les établissements scolaires.
Ces annonces sont importantes. Mais quels seront réellement les moyens nouveaux ?
Les précisions apportées depuis indiquent que les montants annoncés correspondent pour l’essentiel à des moyens déjà consacrés à ces politiques. La question demeure donc de savoir quels moyens supplémentaires permettront réellement de mettre en œuvre les ambitions portées par la loi intégrale ?
Nous ne pouvons pas nous contenter de saupoudrage.
La loi intégrale peut constituer une avancée majeure, à condition qu’elle soit accompagnée de moyens identifiés, durables et réellement déployés dans les territoires.
Les violences ont un coût financier considérable. Mais elles ont surtout un coût humain qui, lui, ne se mesure pas : des enfances détruites, des familles abîmées et des traumatismes qui peuvent demeurer toute une vie.
Et pour notre jeunesse réunionnaise ? Comment ces annonces vont-elles se traduire concrètement à La Réunion ? Quels moyens pour renforcer la prévention auprès de nos jeunes, dans nos établissements scolaires et dans la protection de l’enfance ?
Quels moyens pour les professionnels de santé, les éducateurs, le mouvement sportif, les associations et les magistrats ? Comment permettront-ils réellement de prévenir, repérer, écouter et protéger ? Pour moi, c’est là que se situe l’essentiel.
Une loi peut poser un cadre. Des milliards peuvent être annoncés. Mais au bout de la chaîne, il y a toujours un enfant qui subit.
Protéger nos enfants, c’est d’abord prévenir. C’est entendre leur parole. C’est leur garantir la sécurité affective dont ils ont besoin pour grandir, se construire et devenir des adultes libres et épanouis.
C’est cette ambition que nous devons collectivement porter pour chaque enfant, et tout particulièrement pour notre jeunesse réunionnaise.
Brigitte Adame, conseillère départementale de La Réunion, 2ème adjointe au maire de Saint-Denis et éducatrice sportive
