En offrant hier un terrain propice aux " gilets jaunes " et aujourd'hui à l'extrême droite, les orientations budgétaires du gouvernement risquent d'imposer cette dernière comme une alternative inévitable. Il est désormais urgent que les organisations syndicales, les parties prenantes et les parlementaires se mobilisent pour exiger du gouvernement et au premier Ministre un changement de cap politique (Photo Stéphan Laï-Yu/www.imazpress.com)
La progression de l'extrême droite ne tombe pas du ciel. Elle se nourrit du sentiment d'abandon des populations les plus vulnérables et des politiques d'austérité successives, le tout renforcé par le sentiment que la classe politique s'affranchit des efforts réclamés au reste du pays.
Alors qu'on assiste à un durcissement de l'assurance chômage, coupes dans les aides sociales, désindexation des retraites, hausse des franchises médicales, recul des services publics et sous-investissement chronique dans les Outre-mer, à commencer par La Réunion...Quand l'État précarise le quotidien au lieu de le protéger et que nos dirigeants détournent le regard, le ressentiment s'installe.
Regardons au-delà de nos côtes. Les récents résultats électoraux en Allemagne, marqués par des scores historiques de l'extrême droite, en sont la preuve. Le nationalisme prospère partout où les fractures sociales et territoriales sont ignorées Ce signal envoyé à l'Europe résonne comme une mise en garde, là où le pacte social s'effrite, voilà les résultats. Pour enrayer cette dynamique, les forces vives et les élus de La Réunion doivent réinventer un pacte de progrès ancré dans nos réalités.
Un choc d'équité sociale et économique, à savoir attaquer frontalement à la vie chère, aux salaires trop bas, bâtir des logements dignes, offrir de véritables perspectives à notre jeunesse (emploi, formation, contrat en alternance...) ainsi qu'aux chômeurs, proposer un vrai projet de développement pour La Réunion et de mettre fin aux promesses de circonstance. La colère légitime de nos concitoyens doit devenir le moteur de leur émancipation, et non le carburant du repli.
La défense sans concession du modèle créole, faire de notre vivre-ensemble, de notre diversité et de notre culture de la solidarité un rempart républicain inébranlable. Face aux discours de division, rappelons que la fraternité réunionnaise est notre bien le plus précieux.
Alors, refusons de céder au désarroi. Aux élus et aux responsables politiques de tous bords de redonner du sens à l'action publique pour transformer le cri d'alarme d'aujourd'hui en sursaut démocratique de demain. Il est temps de renoncer aux postures qui alimentent les crises au lieu de les résoudre.
Jean Claude Comorassamy
