À quelques jours de l’arrivée de la mission d’expertise ministérielle, la CGPER appelle à regarder les vrais enjeux de la filière canne-sucre-rhum. (Photo d'illustration : Richard Bouhet/imazpress.com)
Ne nous trompons pas de débat : les interrogations exprimées sur le fonctionnement du CTICS, le protocole d’analyse de la richesse ou l’échantillonnage des chargements sont légitimes. Elles doivent être examinées avec sérieux, à partir de faits, de données et d’expertises scientifiques. Mais elles ne doivent pas nous détourner de l’essentiel.
"Lorsque le doigt montre la lune, il ne faut pas regarder le doigt."
C’est exactement le risque que nous devons éviter collectivement. Ne nous trompons ni de débat, ni d’objectif. Le CTICS est un organisme paritaire qui applique un protocole défini par la filière. Il ne peut, à lui seul, être tenu pour responsable de la situation économique des planteurs. La question de fond est ailleurs : quel revenu la filière permet-elle réellement de dégager pour celui qui produit la canne ?
- Une formule de paiement vieille de plus de quarante ans -
La formule de paiement de la canne a été mise en place en 1984. Depuis, tout a changé : coût de la main- d’œuvre, mécanisation, intrants, énergie, eau, matériel et financement. La récolte mécanisée a aussi fait évoluer la composition de la canne, notamment sa teneur en fibre. Dans le même temps, les progrès variétaux et industriels permettent de mieux valoriser cette matière. Il est donc légitime de réexaminer le système de rémunération du planteur.
Quelle est la valeur réelle d’une tonne de canne ?
La canne ne produit pas seulement du sucre. Elle produit aussi de la bagasse, de l’énergie, de la mélasse, de l’alcool et d’autres coproduits. La mission doit donc répondre à une question simple : quelle est aujourd’hui la valeur économique réelle d’une tonne de canne réunionnaise, et comment cette valeur est-elle répartie entre celui qui produit la canne et celui qui la transforme ?
La question de la fibre doit également être posée. Une teneur élevée en fibre peut entraîner une réfaction du prix payé au planteur, alors que cette même fibre alimente la production de bagasse et d’énergie. Si une valeur supplémentaire est créée, il faut vérifier si elle est correctement prise en compte dans la rémunération de celui qui produit la canne.
- La crise est devenue structurelle -
Cyclones, sécheresses et autres aléas climatiques pèsent évidemment sur les campagnes. Mais ils ne doivent plus masquer une réalité profonde : la filière connaît une crise structurelle. Lorsque le revenu ne permet plus de financer correctement les intrants, le matériel, la main-d’œuvre, la replantation et les investissements, la capacité productive des exploitations se dégrade. La baisse de production fragilise alors à son tour l’outil industriel.
Il n’y aura pas d’industrie sucrière durable sans planteurs économiquement viables. Et il n’y aura pas de filière canne durable sans un outil industriel performant et capable de valoriser au mieux la matière première.
La mission doit aller au fond des choses
À quelques jours de son arrivée à La Réunion, la CGPER demande que la mission ne se réduise pas à un débat sur la seule mesure de la richesse ou sur le fonctionnement du CTICS. Ces sujets doivent être étudiés, mais le cœur de l’expertise doit être le modèle économique de la filière : coût de production, formule de paiement, valorisation du sucre et des coproduits, gouvernance et répartition de la valeur.
Cette mission doit être un moment de vérité et de transparence, du champ jusqu’à l’industrie. Elle doit permettre de préparer sérieusement l’avenir de la filière et la prochaine convention canne. Rester mobilisés, responsables et unis
La CGPER appelle les planteurs et l’ensemble des acteurs à rester mobilisés, responsables et unis. Notre objectif n’est pas de désigner des coupables, mais de construire un système permettant au planteur de vivre de son travail, à l’industrie de rester compétitive et à La Réunion de conserver durablement sa filière canne.
"Si nous voulons sauver l’industrie sucrière, commençons par sauver celui qui produit la canne."
Jean-Michel MOUTAMA
Président de la CGPER
