Tribune libre de Sypral

Filière surf : retour d’expérience 2025 et propositions 2026

  • Publié le 11 mars 2026 à 08:48
  • Actualisé le 11 mars 2026 à 09:10
coupe de surf francophonie

En 2010 L’île de La Réunion a commencé à vivre une page terrible de son histoire avec les premières attaques de requin sur nos côtes détruisant des vies humaines, une dynamique associative et économique autour de l’activité surf et dégradant l’image touristique de l’île de La Réunion en tant que destination de l’Océan Indien. Cette situation a amené le Préfet de La Réunion à règlementer certaines activités nautiques par arrêté préfectoral et ce dès juillet 2013 (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Le dernier arrêté préfectoral N°297 du 12/02/2025 précise :
Dans la bande des 300 mètres du littoral du département de La Réunion, où s’exerce le pouvoir de police spécial du maire, les activités suivantes sont interdites :
- Baignade
- Activités nautiques utilisant la force motrice des vagues

Par dérogation, les activités susvisées peuvent être pratiquées dans certaines conditions particulières définies par arrêté municipal et dans les zones suivantes :
- Les lagons et les platiers
- Les espaces aménagés et surveillés hors lagon
- Les zones d’expérimentation opérationnelles (ZONEX)

Les efforts entrepris par l’ensemble des acteurs concernés ont permis une reprise progressive des cours de surf dans des périmètres définis (ZoneEx) avec des conditions de sécurisation mises en œuvre autour des pratiquants. Depuis 2022 période ‘après Covid’ on assiste à une reprise de l’activité de manière exponentielle, amenant de nouveaux publics venus de l’hexagone vers la pratique du surf.

En 2025 la stratégie de sécurisation a évolué avec l’arrêt du dispositif ‘vigie requin renforcée’ (VRR) porté par la Ligue Réunionnaise de Surf pour être confiée à l’association RESSAC (réseau d’éducation et de sauvetage pour la sécurité des activités côtières ), qui a créé une brigade de surveillance des activités nautiques (BSAN) en s’appuyant sur le modèle de la Water Patrol de St Leu crée par le Leu Tropical Surf team et aujourd’hui repris par l’association RESSAC.

L’objectif affiché par les services de l’Etat autour de cette réorganisation est d’optimiser les moyens existants, d’élargir les missions en matière d’assistance et de secours aux usagers dans la zone des 300 mètres, et de développer la pratique des sports de glisse sur les plans d’eau sécurisés’.

Cette reprise des dispositifs de sécurisation est encore en cours de déploiement et ne permet pas à ce jour d’être opérationnelle sur l’ensemble des spots pourtant très fréquentés par les pratiquants libres. Les écoles de surf étant soumises au respect de l’arrêté préfectoral se voient contraintes d’assurer leurs cours sur 2 spots seulement (St leu La passe/Etang salé Le simulateur). Chaque ZonEx dispose de son propre protocole et est encadrée par un arrêté municipal conformément à la règlementation en vigueur.

L’Article L2213-23 du Code Général Des Collectivités Territoriales dispose en effet que : "Le maire exerce la police des baignades et des activités nautiques à partir du rivage avec des engins de plage et des engins non immatriculés. Cette police s'exerce en mer jusqu'à une limite fixée à 300 mètres à compter de la limite des eaux".

La BSAN St leu
- Basée au centre nautique de St Leu dans des locaux mis à disposition par la mairie, l’emplacement est stratégique pour couvrir à minima 2 zones,
- Déploiement quotidien de 9h à 15h30 sur La gauche ou La passe, si les conditions environnementales le permettent,
- Une présence physique permanente qui informe le public sur site,
- Des moyens de secours qui permettent d’intervenir en cas d’urgence, sur l’ensemble de la zone et pour toute personne en difficulté (parapente, chasse sous-marine, baignade, pêche...),
- Une équipe qui peut être mobilisée sur appel du CROS en cas de besoin. Jauge définie
- L’accès à la ZonEx de St leu dit ‘La passe’ impose une jauge maximale fixée à 60 surfeurs tout public confondu (écoles de surf /pratiquants libres).
- Qui définit cette jauge, selon quels principes et comment la contrôler ?
- Que faire en cas de dépassement de cette jauge imposée dans un cadre ouvert et d’accès libre ?
- Les dernières expériences liées au dépassement de jauge ont eu pour effet l’arrêt immédiat de la sécurisation contraignant les écoles de surf à arrêter leur cours pour se mettre en conformité avec l’arrêté préfectoral.
- Doit-on en conclure que ce sont les écoles de surf qui seront la variable d’ajustement lorsque le quota sera atteint ?
- Dans l’attente de l’ouverture de nouvelles Zonex, faut-il prévoir des règles pour anticiper l’atteinte de cette jauge ?

Etang Salé
- Mise à disposition de la BSAN d’un local proche du bassin Pirogue,
- Déploiement quotidien sur le spot dit ‘le simulateur’ de 9h à 12h30,
- Jauge définie à 120,
- Contrainte de l’antériorité de pêche (3 jours nécessaires) souvent évoquée ne permettant pas de déployer la BSAN. Comment mieux informer les écoles de la situation pour leur permettre d’anticiper sur leurs réservations ?

- Quelles sont les raisons qui amènent à ne pas disposer de l’antériorité de pêche nécessaire ?
- Avons-nous les moyens d’améliorer l’organisation de l’effort de pêche, 1ere barrière de sécurisation dans la stratégie de réduction du risque
- Dans un soucis d’équité territoriale, est-il envisagé d’étendre la plage horaire de surveillance aux mêmes conditions que St Leu ?

Trois Bassins
Depuis le 31/03/2025 date de l’arrêt des VRR la ZonEx de Trois Bassins a été fermée, il n’y a donc plus d’école de surf sur ce spot. A l’inverse la pratique libre s’est considérablement développée d’autant plus que c’est un spot débutant par excellence.

Des opérations de verbalisation par la gendarmerie ont eu lieu en janvier 2026 ayant pour conséquence directe un report des pratiquants vers St leu ajoutant un peu plus de fréquentation à une zone déjà sur fréquentée.
- L’arrêté municipal autorisant la ZonEx a été signé en décembre 2025,
- Les équipes de la BSAN doivent pouvoir disposer de sanitaire/vestiaire/point d’eau pour être basée sur site, mais l’absence de réseau d’assainissement à proximité complique la situation,
- La zone classée Espace remarquable du littoral, protégée par le conservatoire du littoral est soumise à des contraintes règlementaires,
- Comment pouvons-nous accélérer le déploiement de la BSAN sur ce spot afin de réduire la pression sur St Leu et Etang salé ?
- Qu’est-il envisagé en terme de fréquence et horaires de déploiement de la BSAN sur ce spot ?
- Quelle jauge sera définie ?

St Paul
Depuis le 31/03/2025 date de l’arrêt des VRR il n’y a plus d’école de surf sur l’ensemble des spots de la commune. A l’inverse comme pour trois Bassins la pratique libre s’est développée.
- L’arrêté municipal de ZonEx est en cours de signature,
- Le port de DREI est imposé pour une hauteur de vague à plus de 1.50m,
- L’association RESSAC doit pouvoir bénéficier d’un local pour accueillir ses équipes et le matériel,
- Qu’est-il envisagé en terme de fréquence et horaires de déploiement de la BSAN sur la commune de St Paul qui disposent de plusieurs spots ?
- Quelle jauge sera définie ?

Questions autour de l’organisation de l’activité surf
- La DMSOI aprés consultation de la RNMR est en charge de délivrer les autorisations d’exercer l’activité surf aux écoles, selon quels critères ? N’est-il pas opportun de suspendre les autorisations d’exploitation commerciale le temps de la mise en œuvre effective des ZonEx sur la côte ouest ?
- Il n’existe pas à La Réunion de quota, nombre d’écoles / commune / spot. faut-il prévoir des AOT pour les entreprises commerciales ?
- En période de difficultés économiques, les relations entre associations et entreprises se crispent. Un rappel des règles sur la concurrence déloyale et le para commercialisme serait bienvenu (règle des 4P).
- Les écoles de surf gèrent des « réservations» qui nécessitent de disposer d’informations le plus tôt possible pour être diffusées vers leur élèves.

S’il n’est pas toujours facile de donner une information quand elle n’est pas certaine (condition de visibilité le jour même...) il est plus facile de la donner quand il y a certitude d’un non déploiement (effort de pêche non réalisé par exemple, ne pas attendre le 3eme jour pour donner l’information...).
- Le front de mer de St Leu est en mode piéton le dimanche et jours fériés : Est-il possible de prévoir une zone de déchargement du matériel dédiée aux écoles de surf ?
- Quelles sont les conclusions de l’étude sur l’efficacité de pêche commanditée par le CSR ? Quels enseignements et préconisations ?
- L’association RESSAC est sous statut loi 1901. Lorsqu’elle a été présentée en CSAM son conseil d’administration devait être composée des acteurs concernés par ses actions de surveillance et de secours (collectivité, services de l’état, ligue réunionnaise de surf, syndicat professionnel...).

Cette composition élargie n’est toujours pas constituée.

Est-il prévu d’installer ce conseil d’administration et dans quel délai ? Gouvernance

Au-delà de tous les points évoqués ci-dessus, la question de la gouvernance est un élément central en particulier quand il s’agit de gestion des risques et de son acceptabilité.

Il est nécessaire de définir le "risque acceptable" pour calibrer les mesures de prévention, assigner à chacun son rôle et ses missions, responsabiliser les acteurs économiques/associatifs et réagir de manière efficace à la survenance d'un événement. Car la question n’est pas de savoir si une autre attaque se produira mais de s’y préparer et de mettre en œuvre tous les moyens pour y faire face.

Dans un dossier aussi complexe qui touche à la sécurité des personnes, où l’océan constitue l’un des derniers espaces de liberté souvent mis en avant par les pratiquants du surf et d’activités nautiques, où se mêle des enjeux environnementaux et des équilibres à trouver, la question d’une gouvernance partagée apparait primordiale.

Le surf et ses disciplines associées sont aujourd’hui une réalité quotidienne, du lever du soleil jusqu’à son coucher.

A l’intérieur ou en dehors des espaces surveillés, équipés de répulsifs ou pas, la fréquentation est exponentielle et ce en dépit de la réglementation en vigueur.

En 2 ans plus de 10 écoles privées ont repris leur activité ou se sont créées et d’autres sont en cours de création. Le ratio nombre d’entreprises-pratiquants libres/espaces de pratique actuels pose des problèmes de conflits et de sécurité au regard du nombre de surfeurs en particulier le WE et les vacances scolaires.

En tant que membre de la commission spéciale des acteurs de la mer (CSAM/CSR) nous avons connaissance de la volonté de l’Etat et des collectivités d’ouvrir d’autres ZoneEx, objectif indispensable afin d’élargir les espaces de pratique et réduire la pression sur des spots aujourd’hui sur-fréquentés. C’est une démarche que nous saluons et nous l’espérons opérationnelle à court terme afin de permettre aux professionnels l’exercice de leur métier dans de meilleures conditions et aux pratiquants de ne pas se trouver en situation de ‘hors la loi.

Sur le volet législatif, 15 ans après les 1eres attaques, le risque est aujourd’hui connu. Des moyens en terme d’information, de surveillance et de prévention ont été mis en œuvre pour sa réduction (programme de pêche ciblée/PR2P, filets de baignade, panneaux d’information, application DORSAL WATCH, moyens de surveillance et de secours en cas d’attaque, dispositif répulsif individuel recommandé ou obligatoire sur certains spots, ...).

Partant du principe que le risque zéro en milieu naturel n’existe pas, n’est-il pas venu le temps de faire évoluer le cadre réglementaire et de se pencher sur les indicateurs et les conditions qui permettront de lever l’arrêté d’interdiction de pratique du surf et des disciplines associées.

Dans cette optique nous proposons la création de groupes de réflexion et de concertation autour d’un comité de pilotage réunissant les services de l’état (DRAJES/DMSOI), le CSR, la Région Réunion, le Comité Réunionnais du Tourisme, le Département (CDESI), le Territoire de l’Ouest, les communes concernées, la Réserve nationale marine, le Comité des pêches, le Conservatoire du littoral, la Ligue réunionnaise de surf, le SYPRAL, l’Université de La Réunion, l’association RESSAC.

Dans l’objectif de :
- Disposer d’une vision globale et partagée,
- Préciser le rôle et missions des différents acteurs engagés autour du risque requin,
- Définir qui décide de quoi,
- Explorer en commun les pistes d’amélioration,

- Analyser les études et recherches en cours et se doter d’outils prospectifs et d’évaluation,
- Assurer une meilleure coordination des acteurs et des projets à l’échelle communale et inter communale, (sentier littoral, aménagement pointe de 3 bassins, stratégie régionale sur l’économie bleue, ambition touristique...),
- Disposer de données chiffrées permettant de connaitre le retour sur investissement liée à la politique de sécurisation (on sait combien elle coûte mais savons-nous combien elle rapporte ?...)
- Identifier le cadre juridique qui permettra de passer de l’interdiction à une pratique aux risques et périls,
- Préparer l’avenir notamment budgétaire pour l’après 2027.

Dans un esprit constructif et partenarial, le Syndicat des Professionnels des Activités de Loisirs souhaite pouvoir être associé aux travaux en cours ou à venir.

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