Tribune libre de Christophe Estève

Journée internationale des droits des femmes : Résister, toujours, face à la menace de l’extrême droite

  • Publié le 8 mars 2026 à 07:07
  • Actualisé le 8 mars 2026 à 07:11
Manifestation féministe place de la République à Paris organisée par le collectif "NousToutes" contre les violences faites aux femmes, le 20 novembre 2021

La journée du 8 mars, journée internationale de mobilisation, nous rappelle chaque année une vérité fondamentale : les droits des femmes sont le fruit de luttes, mais les victoires âprement disputées ne sont jamais totalement acquises. Nous devons encore nous battre pour préserver l’essentiel, aller encore plus loin, et surtout éviter le retour de bâton promis par l’extrême droite.

Selon ONU Femmes, il faudrait encore trois siècles pour atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes. Et encore faudrait-il que la progression soit constante et linéaire, sans retour en arrière. Ainsi, en France, en inscrivant en 2024 la liberté d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG) dans sa Constitution, notre pays a envoyé un signal fort : le droit à disposer de son corps est un droit fondamental, non négociable. Mais ce droit reste fragile tant les forces réactionnaires, mêmes féminines, de Marine Le Pen à Marion Maréchal, en passant par Sarah Knafo cherchent à normaliser la restriction de ces droits à l’échelle des territoires, de la France et de l’Europe. Ne soyons pas dupes, ces femmes de pouvoir ne sont pas des alliées.

En fait, partout où l’extrême droite gouverne, les droits des femmes reculent. En Pologne ou en Hongrie les lois ultra restrictives contraignent les femmes à risquer leur vie pour avorter. En Italie, depuis l’arrivée de Giorgia Meloni, 63 % des gynécologues ont cessé de pratiquer des IVG, atteignant jusqu’à 90 % dans certaines régions. Le projet politique de l’extrême droite vise à contrôler les corps et, par conséquent, les libertés.

Ainsi en décembre 2025, alors que plus d’un million d’Européens et Européennes avaient signé l’initiative citoyenne européenne « My Voice, My Choice » pour un accès sûr et égal à l’avortement dans toute l’Union européenne, les élus du Rassemblement national, de Reconquête et de l’extrême droite européenne se sont abstenus ou ont voté contre au Parlement européen. Contre la santé des femmes. Contre leur autonomie. Contre leurs droits fondamentaux.

Résultat : la Commission européenne a rejeté la proposition d’un fonds dédié à l’IVG, tout en ouvrant la porte à des financements existants. Trop peu, trop lent, face à des droits qui risquent de reculer encore en Europe. 

En France, le combat continue. Car l’enjeu dépasse la seule question de l’avortement. Ce sont les droits des femmes dans leur ensemble qui sont dans le viseur. Derrière les tentatives de respectabilité du Rassemblement national, ses votes parlent d’eux-mêmes : entre 2022 et 2025, le RN s’est systématiquement opposé aux avancées sur l’égalité salariale, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, ou encore la contraception. Dire que Marine Le Pen “n’est pas contre l’IVG” n’efface en rien ses positions passées ni ses ambitions futures.

L’exercice du pouvoir dans les villes et villages est un révélateur de ce que veut dire l’extrême droite lorsqu’elle est en place. Dans les villes dirigées par le RN, ce sont des baisses ou suppressions de subventions aux associations, des fermetures de centres sociaux ou plannings familiaux, comme à Fréjus, Orange ou Beaucaire.  En cela, les élections municipales des 15 et 22 mars prochains sont cruciales.

Ce 8 mars, Place publique réaffirme ses engagements :

• Adoption de la clause de l’Européenne la plus favorisée par l’Union européenne.
• Renforcement de l’égalité salariale en rendant les écarts de rémunération transparents et en sanctionnant les employeurs discriminants, tout en valorisant les métiers féminisés.
• Lancement d’un grand plan contre les violences sexistes et sexuelles, inspiré de la politique espagnole, avec un investissement d’un milliard d’euros.
• Accès gratuit à la contraception, remboursement des protections périodiques, soutien à la recherche sur les maladies féminines et instauration d’un congé menstruel avec possibilité de télétravail en cas de symptômes invalidants.
• Financement du planning familial : informer efficacement les personnes souhaitant avorter, améliorer leur parcours et assurer une offre diversifiée et accessible sur tout le territoire.
• Combattre l’extrême droite à chaque échelle, des mairies aux institutions européennes, est la seule voie pour préserver les droits des femmes, aujourd’hui et pour les générations futures.

Retenons cette citation de Simone de Beauvoir : "N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant".

Agissons pour un avenir où les droits des femmes ne sont pas seulement préservés, mais pleinement appliqués.

Pour Place Publique Christophe Estève  

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