En 2025 à La Réunion, les forces de l'ordre ont relevé 6.875 victimes de violences intrafamiliales, dont 4.952 femmes. Ces chiffres font de l'île l'une des régions de France la touchée par ce fléau. Des villes aux quartiers des hauts, aucun secteur du Département n'est épargnée. Mais les dispositifs et les associations d'aide aux victimes sont encore difficilement accessibles pour les femmes et les enfants en situation de violences intrafamiliales dans les Hauts. Pour rappel, La Réunion est le quatrième département français en matière de violences intrafamiliales. (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Peu importe la localisation, la problématique est toujours présente, et elle empire au fil des ans. Les femmes subissent des violences, les enfants sont témoins de ces violences ou subissent eux-mêmes ces agressions.
Marie*, une mère de deux enfants, âgée d’une quarantaine d'années, vit à Cilaos depuis toujours.
Pendant 10 ans, elle a subi des agressions physiques et psychologiques de la part de son ex-compagnon.
“Il avait un contrôle coercitif sur moi, c’est-à-dire qu’il contrôlait avec qui je parlais, qui je voyais, m'empêchait de sortir. J'étais en dépression”, confie-t-elle.
-Marie a pu enfin sortir de cette situation après la naissance de son deuxième enfant -
C'est en 2021, à la naissance de son deuxième enfant qu'elle a réussi à quitter cet homme. “J’ai eu le déclic quand ma fille est née, j’ai eu une grossesse très difficile, j’avais beaucoup de problèmes de santé. Mon ex-compagnon n’était jamais là, il n’a jamais pris soin de moi. Il buvait beaucoup”, se souvient-elle.
“Le jour où il est venu me récupérer à l'hôpital, après avoir accouché, il était très énervé. Il m’a larguée à la maison, il y avait une pile de linge sale, la chambre où je devais accueillir ma fille était dégoûtante, rien n’était fait dans la maison", se rappelle-t-elle.
"Pour la naissance de mon premier enfant, un garçon, c’était la même chose. La naissance de ma fille a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. J’en ai eu marre. J’ai pris ses affaires, et je lui ai demandé de s’en aller”, raconte la mère de famille.
Après la rupture, elle a été soutenue par des amis qu’elle avait perdu de vue.
“J’ai retrouvé la joie de vivre à ce moment-là. Une fois qu’il était parti, c’est comme si que je revivais, je ne me suis pas forcément occupée de ce qu’il fallait”.
Aucune association, à l'époque, ne l'a accompagnée dans ces démarches, pourtant difficiles. Aujourd'hui, elle peut compter sur le soutien de l’association EPA (Écoute-moi, Protège-moi, Aide-moi).
“Le témoignage que j’ai à faire aujourd’hui, c’est surtout pour faire bouger la justice, pour qu'elle protège les enfants parce que le plus important c’est eux”, dit-elle.
- Un fléau encore tabou –
Les violences intrafamiliales, dans les Hauts comme dans les Bas, “c’est encore plus tabou, plus caché”, estime Jessy Yong Peng, présidente de l’association EPA.
Un sentiment partagé par Marie de Cilaos : “C’est comme un secret bien gardé qui malgré tout est ancré dans les habitudes de vie des habitants. On en parle que très peu mais ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien”.
“Dans mon entourage amical, par exemple, j’ai des discussions qui montrent bien qu’il y a un réel souci. Il ne tient qu’à nous, victimes, de faire entendre nos voix pour faire changer ses habitudes” déclare Marie.
Et l’accès aux associations pour les femmes victimes de violences dans les écarts n’est pas toujours évident. Pour l’association Cevif (Collectif pour l’élimination des violences intrafamiliales), il s’agit d’un manque de ressources.
"Nous ne sommes pas assez nombreux, faute de moyens. Nous travaillons entre associations et nous mobilisons nos efforts et nos forces, ce n’est pas faute d’avoir de la bonne volonté", explique Frédéric Rousset, président du Cevif.
"Nous sommes une toute petite brigade qui se bat contre un phénomène qui concerne tout le territoire, on n’est pas assez nombreux en fait. Mais nous nous appelons entre associations pour que chaque demande soit traitée”, dit-il.
- Appel à la "créativité" et à "l’intelligence collective" -
Il appelle à la "créativité" et à "l’intelligence collective" pour trouver des solutions durables pour aller vers ces femmes des Hauts.
Cette difficulté, Marie la ressent et déclare : “Il faut avoir les moyens de se déplacer pour pouvoir participer à des réunions d’information et de prévention, ce qui n’est pas toujours accessible à certaines familles des Hauts. Ces associations devraient pouvoir sensibiliser la population autrement que dans les grandes agglomérations”.
Frédéric Rousset souligne : “Il faut du temps pour reconnaître son propre statut de victime. Nous en tant qu’associations, nous sommes des thermomètres, qui permettent de mesurer la température des choses, mais là, la problématique, elle est plus ancrée”.
- Les dispositifs d’aide même pour les quartiers les plus éloignés -
Il existe des organismes d’aide et de soutien en faveur des victimes de violences conjugales qui parcourent même les zones éloignées comme la caravane du Département, qui au-delà de mener des actions administratives et de proximité, effectue de la prévention et de l’accompagnement dans le cadre des violences intrafamiliales depuis 2023.
L’association EPA, qui s’occupe des cas de violences sur enfants, participe également à cette mobilisation dans les maisons départementales ainsi que Femmes Solidaires qui mène des actions dans les quartiers comme les Cafés Femme, dans les CASES de l’île, passant de Bois de Pomme à Bellemène.
Dans cette perspective, des référents sur chaque zone du nord-est, du sud-ouest sont mobilisés pour apporter de l’aide aux victimes et les accompagner dans les démarches.
Le dispositif “Pack Nouveau Départ”, mandaté par la caisse d’allocation familiale, permet aux femmes subissant des violences d’accéder plus rapidement aux logements d’urgences, bien que ceux-ci soient souvent en surcharge, précise la présidente de l’EPA. En revanche, les femmes séparées du compagnon ne sont pas bénéficiaires de cette aide.
En cas d’urgence, Jessy Yong Peng rappelle qu’il est essentiel de contacter le 17 en mettant de côté toute forme de préjugés et de honte : “S’il y a une urgence, c’est la police ou la gendarmerie, que l’on doit solliciter. Parfois les individus ont peur des forces de l’ordre ”.
C’est le même procédé pour les témoins de violences, la présidente précise “de ne surtout pas intervenir et d’appeler directement la police ou la gendarmerie”.
Si vous êtes victimes de violences conjugales, vous pouvez contacter le 3919, le numéro national de référence d’écoute téléphonique et d’orientation à destination des femmes victimes de violences. Des conseillers sont disponibles 24h/24.
En cas d'urgence, le seul numéro à composer est celui de Police Secours.
Le 112, numéro d'urgence européen
Le 114 pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques, dysphasiques
Le 115 pour la mise à l'abri pour un hébergement d'urgence
Le 15 pour les urgences médicales, ou le 18
Le 119 pour les enfants en danger
Le 08 019 019 11 pour les auteurs de violences conjugales
Vous pouvez signaler des faits de violences intrafamiliales en ligne, directement auprès du commissariat ou de la gendarmerie la plus proche sur le www.servicepublic.fr/cmi Anonyme et gratuit, ce tchat est accessible 24h/24 et 7j/7 pour échanger avec des policiers ou des gendarmes spécialement formés aux violences sexistes et sexuelles.
m.e.b/www.imazpressreunion.com/[email protected]
