Tribune libre de Ericka Bareigts

Le corps des femmes n'appartient qu'à elles

  • Publié le 4 septembre 2026 à 05:21
  • Actualisé le 4 septembre 2026 à 05:27
Ericka Bareigts

Le 22 août, Léa Churros montait sur la scène de Miss Réunion. Le 30 août, Léa Fontaine devenait numéro un mondiale de judo. Deux Réunionnaises, deux réussites. Et pour toute réponse, des insultes sur leur physique. Pour l'une, des propos ouvertement homophobes. Pour l'autre, des moqueries sur son poids. Ce n'est pas un fait divers. C'est un symptôme (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Hier, c'était l'orientation sexuelle qu'on jugeait au nom de la "liberté d'expression". Aujourd'hui, c'est le corps des femmes qu'on humilie au nom du même prétexte. Demain, ce sera autre chose. Le procédé ne change jamais : trouver une différence, la désigner, la punir en public.

Le corps d'une femme ne se discute pas. Il ne s'évalue pas. Il ne se corrige pas dans les commentaires. Une artiste qui monte sur scène, une athlète qui devient numéro un mondiale, n'ont de comptes à rendre à personne sur leur physique. Elles viennent d'en faire la démonstration, chacune sur son terrain.

Nous ne demandons pas la censure. Nous demandons le courage. Celui de signer ce qu'on écrit. Celui d'assumer, à visage découvert, ce qu'on n'oserait jamais dire en face.

Le réunionnais Younous Jonas, spécialiste de la psychologie culturelle de l'île, a un mot pour ce réflexe : le malokisme, du créole maloki (jalousie). Envier, et le faire payer à l'autre.

La liberté d'expression protège les idées. Elle ne couvre pas la lâcheté.

À Léa Churros, à Léa Fontaine, et à toutes celles qui subissent la même violence dans l'anonymat : tout notre soutien.

Ericka Bareigts
Première secrétaire fédérale
La Fédération Réunionnaise du Parti Socialiste

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