Ce mardi 10 février 2026, l’Autorité de la Concurrence a rendu son avis sur les marges des grossistes-importateurs et des distributeurs de produits alimentaires de première nécessité en Martinique. L’Autorité avait été saisie par le Gouvernement en janvier 2025 et était donc censée avoir mené un travail d’ampleur pendant plus d’un an (Photo : sly/www.imazpress.com)
S’il est évident que la Martinique est différente de La Réunion, de nombreux points communs existent, particulièrement concernant les contraintes que nos territoires subissent (éloignement géographique, encadrement juridique, nombre d’acteurs et structuration du marché, etc). Le résultat est le même : nos concitoyens subissent la vie chère.
La publication de cet avis m’intéresse donc particulièrement.
Parmi, les objectifs de cet avis, l’autorité devait « analyser une possible accumulation des marges en partant de l’amont de la chaîne de valeur ainsi que la manière dont elles sont répercutées en s’intéressant notamment aux groupes ».
L’Autorité ne s’appuie pas sur des comptes consolidés complets, ni par produit ni par filière. Elle a dû travailler avec des données fiscales, des données comptables agrégées d’entreprises, des échantillons partiels et des retraitements économétriques. L’Autorité de la concurrence indique donc ne pas disposer d’une traçabilité précise du prix produit par produit du fournisseur jusqu’au rayon. L’analyse porte sur des niveaux de rentabilité par activité (importation, grossiste, distribution), pas sur la marge exacte sur chaque produit.
Or beaucoup d’acteurs fonctionnent en groupes intégrés (importation + logistique + gros + détail). Cette organisation entraîne des transferts internes, refacturations internes et prix de cession internes qui empêchent de connaître la marge réelle à chaque étape.
Il est regrettable, pour ne pas dire incompréhensible, que l’autorité n’ait pas eu accès aux informations nécessaires, notamment concernant les opérateurs intégrés.
L’avis indique par ailleurs qu’on ne peut pas reconstituer la chaîne exacte de formation du prix pour un panier de biens. En pratique, cela signifie qu’on ne peut pas dire précisément combien chaque acteur gagne sur un produit donné.
Mon audition hier du secrétaire général de l’ILEC (syndicat des marques de la grande consommation) a hélas confirmé mes craintes concernant cet avis de l’Autorité de la concurrence :
- La balle est renvoyée vers la DGCCRF concernant l'application de la loi LUREL
- L'ultraconcentration des distributeurs et des grossistes-importateurs est quasiment absente de l’avis
- Les marges sont évaluées comme normales par l'autorité de la concurrence... tout en indiquant qu'elle n'a pas accès aux informations nécessaires pour procéder aux analyses !
Ce travail s’avère donc tout à fait insuffisant pour nous permettre, parlementaires, élus, citoyens, de lutter réellement contre la vie chère. Cet avis constitue un coup d’épée dans l'eau. Pendant ce temps, nos concitoyens subissent des prix toujours élevés !
