Le programme philatélique annuel est fixé par la Poste deux ans avant l'année de sa réalisation. Une proposition de timbre Marguerite Chanvril a été étudiée par Philaposte, direction chargée de l'émission de nouveaux timbres, dans le cadre de la préparation du programme 2028 à venir. Et dont l'examen s'est déroulé dans le courant du mois d'août 2026. (Photo : Kevin Lognoné)
Par décision de la présidente-directrice-générale de La Poste, Marie-Ange Debon du 28 août 2026, Marguerite Chanvril a été inscrite au programme philatélique 2028 dans la rubrique Environnement et Nature.
Pionnière de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises du vivant (Calcialiment, Probiomer), Marguerite Chanvril (1901-1983) a entretenu des relations épistolaires avec Lucie Randoin, première femme biologiste à l'Académie de médecine. Au-delà d'une rue guichenaise, guilérienne ou boeuroise qui porte son nom, la grande biologiste fait partie de l’une des 72 scientifiques françaises dont le nom a été proposé par la fondation culturelle Théophile Lognoné pour figurer sur la tour Eiffel.
Issue d'une vieille lignée de tisserands qui remonte au XVIIe siècle, Marguerite Chanvril née à Rennes en 1901 est la petite-fille d'un marchand de toiles devenu gendarme, François-Marie Colvez (1822-1881) et de Julie Louise Touchard (1832-1904) originaire de Saint-Brice-en-Coglès, petit musée vivant de la Marche des Châteaux qui relie Fougères à la baie du Mont-Saint-Michel.
L’histoire du Coglais comme le pays de Guichen faisant partie de ce grand bassin d'entre-Rennes, Vitré et Châteaugiron, restent intimement liées à l'âge d'or des manufactures de lin et de chanvre en Bretagne, qui s'est étendu du XVe au XVIIIe siècle. Saint-Brice-en-Coglès conserve d'ailleurs d'importants stigmates de cette prospérité textile.
Les bénéfices générés par le commerce des toiles ont largement contribué au financement des joyaux de son patrimoine : châteaux, manoirs (Rocher-Portail), et édifices religieux (Eglise Saint-Brice).
En souvenir du chanvre et de ses tisserands aux mains d'or, la Maison Chanvril a continué au fil des générations à faire vivre une manufacture vivante où l'on tisse le lien entre tradition et modernité. Si l’utilisation du chanvre remonte à l’Antiquité, où il était cultivé pour ses fibres, son modèle a très largement inspiré les sciences du vivant.
Afin de valoriser le rôle des femmes dans la transformation du territoire en "Babylone" de l'agroalimentaire et du consommer autrement, Marguerite Chanvril a souhaité améliorer les transports et les ventes de compléments alimentaires naturels vers les anciennes halles de Paris. Ses travaux ont été récompensés par la prime d'honneur du ministère de l'agriculture, pendant la Grande crise de 1936.
Pour permettre notamment un meilleur acheminement de produits ultra-frais vers les anciennes Halles de Paris, elle a notamment breveté un procédé visant à renforcer le calcium de coquilles d'oeuf à partir de minéraux marins et encourager d'autres exemples historiques pour le développement d'aliments composés vitaminés ou complémentés dans la France d’entre-deux-guerres.
Dans le prolongement des travaux de la France Design Week 2026 initiés en Bretagne, ce timbre sera l'occasion de lui rendre hommage, sous le signe de l’engagement et de l’exploration collective.
Face aux défis climatiques, économiques, technologiques et sociaux qui redessinent notre époque, l'Aventure du Vivant apparaît plus que jamais comme un levier essentiel pour comprendre, questionner et transformer le monde. C’est au cœur de ces enjeux que ce champ révèle toute sa pertinence : en interrogeant nos usages, en ouvrant de nouveaux imaginaires possibles, en conciliant innovation et sobriété, et en créant des ponts entre institutions, entreprises, collectivités et citoyen·nes.
Deux ouvrages consacrés à Marguerite Chanvril sont en préparation. Le premier s'intitule : "De la Terre à l'Ether d'Aristote : Imaginez ce que nous pouvons créer ensemble" pour éclairer sa vision. Et le deuxième : "Calcialiment et l'Aventure du Vivant : l'art d'être deux" pour illustrer son action.
A la suite du centenaire 1901-2001 de la naissance de Marguerite Chanvril née à Rennes le 10 février 1901, un jumelage entre Rennes et Jinan surnommée la "Ville des Sources" en Chine a été officiellement signé en 2002. La culture du chanvre (má / 麻) est exploitée en Chine ancienne depuis plus de 8 000 ans pour ses fibres, ses graines et ses vertus médicinales.
A l'occasion de l'Exposition universelle de Shanghai en 2010 consacrée au thème : "Meilleure Ville, Meilleure Vie" (en anglais : "Better City, Better Life"), une cathédrale des graines a été conçue par le designer et architecte britannique Thomas Heatherwick. Cet édifice insolite était composé d'une architecture végétale d'environ 60 000 tiges transparentes qui fonctionnaient comme des fibres optiques.
Le jour, celles-ci captaient la lumière naturelle pour éclairer l'intérieur du bâtiment. La nuit, elles diffusaient un éclairage artificiel. Plus de 200 000 graines provenant du monde entier étaient enfermées aux extrémités des tiges. Une maquette a été présentée au Centre Pompidou à Paris.
Kevin LOGNONÉ
