Mine sévère et regard martial, le préfet de La Réunion, Patrice Latron, a sorti le grand jeu ce vendredi 18 septembre 2026. En direct à 12h30 dans le journal télévisé de Réunion la 1ere, il a annoncé qu'une famille du Port allait être expulsée de son logement social "parce qu'elle est liée par l'un de ses mineurs à un trafic de stupéfiants ou a des troubles à l'ordre public". L'annonce est ponctuée d'un très malaisant "ce n'est pas mon problème" lorsque la question du relogement de la famille est posée. L'effet de manche est magistral, mais, selon nos informations, en grande partie déconnectée de la réalité (Photo Richard Bouhet/www.imazpress.com)
"Il y a un jugement positif (du tribunal – ndlr), c'est très récent, ça se passe au Port et je peux vous dire qu'au Port il y a une famille qui va être expulsée parce qu'elle est liée par l'un de ses mineurs à un trafic de stupéfiants ou a des troubles à l'ordre public" s'est réjouit le préfet sur le plateau télé. Regardez
Cette attitude préfectorale en a heurté plus d'un.
Dès vendredi soir, différentes sources ont indiqué à Imaz Press que les faits cités par le représentant de l'Etat, remonteraient à près de deux ans. Depuis, le mineur concerné a quitté La Réunion et vit dans l'Hexagone.
Les mêmes sources ont précisé à notre rédaction qu'à ce stade la famille ne pouvait être expulsée du logement social qu'elle occupe dans l'une des Zup de la commune portoise.
- Une famille à la rue "n'est pas le problème" du préfet de La Réunion -
Une décision d'expulsion a effectivement été prononcée par le tribunal, mais la famille a immédiatement fait appel de ce jugement.
"La loi permet d'expulser de leur logement social des fauteurs de troubles à l'ordre public (…) des dealers, sous réserve qu'il y ait une condamnation judiciaire" a pourtant lancé le préfet à la télévision en ponctuant sa phrase d'un solide coup de menton.
Ce geste brusque semble lui avoir fait sortir de la tête que la loi permet aussi de suspendre une décision de justice si le mis en cause a fait appel et si l'exécution provisoire du jugement n'a pas été prononcée.
Tout préfectoral qu'il soit, un retentissant "ce n'est pas mon problème" ne peut pas être opposé à ces dispositions légales.
Alors pourquoi avoir annoncé une expulsion imminente ? Pourquoi ne pas avoir précisé que la famille a fait appel ?
Pourquoi ne pas avoir signalé que les faits reprochés au mineur mis en cause remonteraient à près de deux ans. Pourquoi ne pas avoir dit que le jeune vit désormais en France hexagonale ?
Pourquoi une telle gesticulation télévisuelle ?
- Pourquoi un tel mépris ? -
Et au delà de ces effets de manche, que le plus haut représentant de l'Etat à La Réunion en arrive à dire "ce n'est pas mon problème" à propos d'une famille mise à la rue - c'est ce que "expulsée" signifie -, est pour le moins malaisant.
D'abord parce que lutter contre la délinquance, du trafic de drogue aux violences urbaines, en créant des sans-abris est sans doute le meilleur moyen de durcir encore cette délinquance
Ensuite parce qu'un tel mépris affichée par le représentant de l'Etat dans l'exercice de ses fonctions, à l'encontre de ces concitoyens, quelles que soient leurs actes, est difficilement acceptable.
Il l'est encore moins lorsqu'il s'étend à la famille du mis en cause.
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En France, le principe de la responsabilité individuelle est fondamental. La justice de masse et la responsabilité collective n'ont pas (encore) droit de cité.
C'est du moins ce que nous, nous croyons, Monsieur le préfet...
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