Monsieur le Premier ministre, J’attire votre attention sur les arbitrages en cours relatifs au projet de loi de finances pour 2027, au sujet desquels j’ai été alerté par les représentants de la production locale réunionnaise. Ceux-ci font état de potentielles réductions budgétaires qui affecteraient simultanément plusieurs dispositifs essentiels au développement de l’agriculture réunionnaise (Photo : www.imazpress.com)
Cette alerte intervient quelques jours seulement après la présentation du plan Climat-Adaptation-Sécheresse-Incendies (CASI), destiné à indemniser les pertes liées à la sécheresse et à accompagner la reprise de la production agricole, représentant plus d’un milliard d’euros. Je tiens à saluer l’ampleur de cet effort pour nos agriculteurs.
Toutefois, je souhaite vous faire part de mon étonnement face à l’absence, à ce stade, de La Réunion parmi les territoires éligibles à ce plan, alors même que notre île est confrontée de longue date à des épisodes de sécheresse sévères, dont les conséquences sur les exploitations agricoles sont désormais bien documentées.
La Réunion ne saurait être placée en marge des politiques nationales de soutien à l’agriculture au moment même où ses filières doivent faire face à des contraintes structurelles, climatiques et économiques particulièrement fortes.
En ma qualité de rapporteur spécial du budget, je serai particulièrement vigilant quant à la préservation des crédits consacrés à nos filières agricoles et, plus largement, au soutien de notre territoire.
Concernant les budgets agricoles dédiés aux filières ultramarines, près de 24 millions d’euros seraient aujourd’hui menacés de suppression. Ces diminutions affecteraient l’ensemble des secteurs agricoles des outre-mer : la filière canne-sucre-rhum, les productions animales et végétales ainsi que la filière banane.
S’agissant des aides à la diversification, il est fait état de l’instauration de stabilisateurs budgétaires et de la suppression de l’enveloppe nationale de 5 millions d’euros destinée au Régime Spécifique d’Approvisionnement mise en place en 2025 et supprimée cette année.
Or, cet abondement ne peut être considéré comme une aide exceptionnelle. Il répond désormais à une difficulté structurelle : l’augmentation durable du coût des intrants, qui pèse directement sur la compétitivité de la production locale, sur le revenu de nos exploitants et, plus largement, sur le coût de la vie pour la population réunionnaise.
Je ne peux me satisfaire de la situation actuelle alors que cette mesure correspond à un engagement pris par le Président de la République à La réunion devant les filières agricoles et que le Parlement a soutenu cette demande à l’unanimité depuis 2024.
À l’approche de la fin du quinquennat, il serait particulièrement difficile à comprendre pour nos agriculteurs que cet engagement demeure sans traduction budgétaire, alors même que son coût reste extrêmement limité au regard du budget de l’État. C’est précisément ce décalage entre les engagements pris et leur mise en œuvre concrète qui alimente nécessairement la défiance de nos concitoyens à l’égard de l’action publique.
Sur des sujets aussi concrets pour notre territoire, la parole de l’Etat doit être respectée : nous devons tenir les engagements pris. Je demande par conséquent au Gouvernement d’inscrire dans le projet de loi de finances pour 2027 le rétablissement de l’abondement national de 5 millions d’euros mis en place en 2025, mais supprimé en 2026, à minima jusqu’à l’entrée en vigueur du prochain cadre financier pluriannuel européen.
Parallèlement, le Gouvernement envisagerait une réduction significative des soutiens nationaux accordés à la filière canne-sucre-rhum, qui constitue l’une des pierres angulaires de l’agriculture réunionnaise.
Une telle évolution ne manquerait pas d’affecter directement le revenu des planteurs, l’équilibre économique de l’industrie sucrière et de fragiliser l’ensemble d’une filière structurante pour notre territoire.
Dans un contexte de raréfaction des ressources budgétaires, nos agriculteurs ne sauraient comprendre que le Gouvernement annonce, d’un côté, un plan de plus d’un milliard d’euros en faveur majoritairement de l’agriculture hexagonale pour faire face à la sécheresse et, de l’autre, réduise fortement les crédits consacrés aux filières ultramarines dans le projet de loi de finances pour 2027.
J’ajoute, Monsieur le Premier ministre, que l’ambition légitime de renforcer notre souveraineté alimentaire ne saurait s’accommoder d’une diminution des moyens financiers qui permettent précisément à nos territoires ultramarins de développer leur production locale et de contribuer pleinement à cet objectif.
Enfin, cette décision serait d’autant plus difficilement compréhensible qu’elle interviendrait au moment même où une mobilisation est engagée à Bruxelles afin d’obtenir une augmentation significative de l’enveloppe européenne du POSEI. Cette revalorisation est précisément susceptible d’apporter une réponse durable aux difficultés rencontrées par les filières ultramarines et je tiens à remercier le Gouvernement pour son action déterminante sur ce dossier.
Au regard de ces éléments, Monsieur le Premier ministre, je vous demande que les arbitrages définitifs du projet de loi de finances pour 2027 permettent de sanctuariser les moyens consacrés à l’agriculture ultramarine, en particulier de rétablir l’abondement national de 5 millions d’euros dédié au RSA et de garantir le maintien des aides indispensables à la filière canne-sucre-rhum.
Je demeure à la disposition du Gouvernement pour trouver des solutions concrètes permettant de sécuriser la compétitivité de nos filières agricoles.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma très haute considération.
