Tribune libre de Christophe Estève

Pour une gauche de projet, pas de procédure

  • Publié le 26 avril 2026 à 15:19
  • Actualisé le 26 avril 2026 à 15:20
Christophe Estève , Place publique réunion

Il y a quatre ans, je me suis engagé avec conviction dans l’aventure de la primaire populaire. Comme beaucoup, j’y voyais une promesse : celle de dépasser les appareils, de redonner la parole aux citoyens, de faire émerger une candidature capable de rassembler une gauche sociale, écologique et profondément européenne. (Photo Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)

Le résultat est aujourd’hui connu, et il nous oblige à la lucidité.

Christiane Taubira avait été désignée. Mais cette désignation s’est heurtée à une réalité politique implacable : celle du verrouillage des parrainages, en particulier par les partis historiques de la gauche. Sans ces signatures indispensables, la dynamique populaire n’a pas pu se traduire dans les urnes. Cet échec n’est pas seulement conjoncturel ; il révèle une limite structurelle. Une primaire en dehors des partis, sans ancrage solide dans les forces politiques organisées, ne peut suffire à porter une candidature jusqu’au bout.

À cela s’ajoute une autre faiblesse : celle du contenu. Le projet porté par la primaire populaire, réduit à une dizaine de mesures phares, n’a pas permis de susciter une véritable adhésion partisane.  Or, une élection présidentielle ne se gagne pas sur des intentions ou des symboles, mais sur un programme robuste, cohérent, capable de répondre à la complexité du moment.

Aujourd’hui, les partis reprennent naturellement l’initiative. C’est dans leur rôle. Mais ne nous trompons pas : une primaire entre chefs de partis ne serait rien d’autre qu’une compétition des gauches. Une confrontation interne, tournée vers elle-même, loin des préoccupations de l’ensemble des Français. Ce n’est pas ainsi que l’on construit une majorité.

La véritable primaire que nous aurions dû organiser et qui peut encore être  imaginée est celle des idées, celle des programmes. Car ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas seulement un nom : c’est un souffle. Il faut refaire rêver, redonner envie, tracer un horizon désirable et crédible à la fois.

S’appuyer mécaniquement sur le programme du Nouveau Front populaire serait, à cet égard, une erreur d’analyse. La relative défaite du Rassemblement national lors des dernières législatives ne doit rien à la seule force d’un projet. Elle est avant tout le produit du réflexe de barrage républicain. Un réflexe qui, chacun le voit, s’affaiblit élection après élection. Nous ne pouvons plus nous en remettre à lui comme à une assurance-vie démocratique.

La bascule vers l’extrême droite n’est plus une hypothèse lointaine ; elle est une possibilité imminente. Dans ce contexte, l’exigence est immense. Il nous faut faire émerger une candidature capable non seulement de se qualifier pour le second tour, mais aussi de l’emporter. Et cela suppose un socle clair : un projet solide, ambitieux, lisible, qui parle à toutes et tous.

Refuser une nouvelle primaire aujourd’hui, ce n’est pas renoncer au rassemblement. C’est au contraire poser les conditions de sa réussite. Le rassemblement ne se décrète pas par un vote interne à gauche; il se construit autour d’une vision partagée, d’un récit commun, d’une ambition qui dépasse les frontières partisanes.

La gauche ne gagnera pas en se regardant elle-même. Elle gagnera en regardant le pays, en écoutant ses colères, en comprenant ses attentes, et en proposant un chemin qui donne confiance.

C’est à cette tâche que nous devons nous atteler. Sans faux-semblants. Sans illusions procédurales. Avec la seule boussole qui vaille : celle de l’intérêt général. 

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