Un projet commun est une voix claire qui s’élève vers ceux qui décident : pour se protéger, c’est le levier par excellence. Ce qui nous affaiblit, c'est le silence et l'effacement. (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Élue à Saint-Paul, dans l'opposition, je porte mes propositions sans les moyens de les appliquer. Cela ne m'affaiblit pas. Avant d'être élue, je suis avant tout une citoyenne engagée qui veut unir ses idées à celles des autres pour construire une ambition pour notre territoire. Je vis le même quotidien que vous : celui qui n’est retranscrit dans aucun sondage, et dont le prochain président sera le garant, pendant cinq années, sans jamais l'avoir jamais expérimenté.
De nombreuses familles se confient aux élus et donc à moi, et ces conversations en disent long. Elles racontent nos frustrations : le chômage, le logement attribué sans logique de proximité, la vie chère, la violence, les drogues dures de plus en plus présentes et les saisies qui se multiplient, les addictions qui gagnent du terrain et un sentiment d'abandon face à des pouvoirs centraux qui connaissent trop peu La Réunion. Elles livrent aussi les chuchotements à peines audibles des propriétaires et des retraités qui ne peuvent plus payer l'impôt sur la maison familiale, des enfants d'agriculteurs qui s’éloignent faute de pouvoir s'installer à proximité de leurs parents, et c’est toute une branche qui retient son souffle face à la fin annoncée du statut de conjoint collaborateur. Les constats sont alarmants et sans appel : l’ascenseur social ne fonctionne plus, trop peu d'école et de travail de la deuxième chance ; les jeunes et les moins jeunes laissés en marge de la vie active…Et que dire de nout’ zarboutans, ceux-la même qui nous ont portés et qui espèrent vivre mieux. Il est de notre devoir à notre tour de les soutenir…
Les candidats entendent-ils cela depuis Paris ? Il nous revient de faire raisonner nos voix et de nous rendre audibles.
Avant, le manque d'argent était moins ressenti en raison de la vivacité de nos traditions, du respect des anciens et d’une entraide qui rendait les épreuves supportables.
À huit mois de l'élection, tout le monde semble connaître le résultat. C'est cela qui m'inquiète.
Un pays qui raconte l'élection avant de l'avoir vécue a commencé à renoncer. Les sondages ne doivent pas nous faire perdre notre libre arbitre et encore moins nous éloigner des urnes. Nous oublions cette réalité démocratique : c'est le peuple qui décide.
Pendant ce temps, les dettes s'accumulent et une crise qu'on refuse de nommer ne laisse aucune porte de sortie. La menace, elle, promet la guérison sans diagnostic, sans dire ce qu'elle coûte aux autres politiques essentielles.
Regardons autour de nous : de la Tanzanie au Mozambique, des ports sont loués pour trente ans, des îles voisines pour un siècle, à des puissances qui ne demandent la permission à personne. La Réunion n'est pas à l'abri parce qu'elle est française. Elle peut l’être tant qu'elle sait ce qu'elle veut.
Gouverner, c'est diriger une équipe dans laquelle la confiance et la bienveillance sont les valeurs socle. Accepter l'erreur est l’exigence absolue ; sans quoi la bienveillance devient un abandon poli.
Je ne m'adresse pas aux partis, mais à vous mes amis. J'ai des idées de droite et un cœur social et je crois en l'équilibre entre les courants. Il ne se construira pas dans les bureaux des partis, mais, si nous exigeons, ensemble, d'être écoutés. Les vraies lignes politiques naissent de l'union des citoyens, portées jusqu'aux décideurs par une intelligence collective qui comprend l'économie et le social. C'est le sens de l'union citoyenne à laquelle j'appartiens, que je veux voir se fédérer, grandir et survivre au cycle politique récent. Réunissons-nous et plus encore : partageons, débattons, échangeons. Nous croyons à l'intelligence collective, nous disons non aux intérêts, aux égos, aux démonstrations vides et aux instrumentalisations en tout genre.
Alors, à ceux qui viendront jusqu'à nous, je vous adresse ces questions en vous regardant droit dans les yeux. Que ferez-vous pour combattre la vie chère quand tout ce que nous mangeons, construisons et soignons arrive par bateau et parcours jusqu'à 10 000 kilomètres ? Quid du chômage de nos jeunes et de la solitude de nos aînés ? De l'eau qui manque dès la saison sèche ? Et si demain une crise plus profonde devait survenir ? Combien de temps l’île tiendra seule ?
Quel que soit le futur président, c’est à nous de nous faire entendre et de lancer les bases pour le développement et la survie de notre territoire. Certaines batailles ne se gagnent que si nous parlons d'une voix unie. Alors faisons place à l’unité.
Annie PIGNOLET DUMONT
Citoyenne - Conseillère Municipale (opposition Saint-Paul)
