Le 20 dĂ©cembre 2020 ne ressemblera pas aux prĂ©cĂ©dents en raison de la crise sanitaire, qui interdit les grands regroupements. Il ressemblera sans doute davantage Ă ceux d'autrefois, quand commĂ©morer l'abolition de l'esclavage n'Ă©tait pas politiquement correct. Les fĂȘtes privĂ©es et les kabars en petit comitĂ© vont se substituer aux divertissements institutionnalisĂ©s : Ă quelque chose malheur est bon. Sauf pour les employĂ©s des commerces, "invitĂ©s" Ă travailler toute la journĂ©e de dimanche ! (Photo rb/www.ipreunion.com)
Dans une tribune rĂ©cente, la Ligue des Droits de lâHomme de La RĂ©union appelait "Ă retrouver le sens et la portĂ©e de la commĂ©moration de lâAbolition de lâEsclavage dans notre Ăle, Ă savoir : lâesprit dâĂ©mancipation !"
Le contexte de crise sanitaire nous en donne lâoccasion inĂ©dite. Si chaque RĂ©unionnais respecte Ă la lettre lâarrĂȘtĂ© prĂ©fectoral dâavant-hier, qui dresse la liste des mesures Ă respecter cette annĂ©e Ă lâoccasion des cĂ©rĂ©monies commĂ©moratives du 20 dĂ©cembre organisĂ©es par les communes, les dĂ©bordements de liesse sont peu probables. 50 personnes debout ou 100 personnes assises pourront ĂȘtre accueillies au maximum lors des manifestations organisĂ©es par les communes ; un siĂšge vide ou un mĂštre de distance entre les participants ; bien sĂ»r, le public nâest pas autorisĂ© Ă danser.
Devoir de mémoire et gestes barriÚres
A quelque chose malheur est bon. Lâinterdiction des grands rassemblements va mettre un terme, hĂ©las temporaire, Ă la lente dĂ©rive dâun rendez-vous symbolique. DâannĂ©e en annĂ©e, la fĂȘte rĂ©unionnaise de la libertĂ© tendait Ă se banaliser, Ă devenir une fĂȘte comme un autre dans un calendrier qui nâen manque pas. Un peu comme une fĂȘte de la musique de lâĂ©tĂ© austral, avec son lot de barriĂšres mĂ©talliques et dâagents de sĂ©curitĂ© municipaux.
Parfois, au dĂ©filĂ© de majorettes prĂšs, on se croirait revenu au temps de la fĂȘte des letchis. Rappel pour les plus jeunes dâentre nos lecteurs : dans les annĂ©es 1980, Auguste Legros alors maire de Saint-Denis, sâobstinait Ă ne vouloir cĂ©lĂ©brer, le 20 dĂ©cembre, que lâarrivĂ©e Ă maturitĂ© de nos emblĂ©matiques petits fruits rouges. Il nâĂ©tait pas le seul, alors, Ă considĂ©rer lâanniversaire de lâabolition comme "non essentiel".
Alors oui, rĂ©pondons Ă lâappel de la Ligue des Droits de lâHomme tout en respectant lâarrĂȘtĂ© prĂ©fectoral. Nâoublions ni les gestes barriĂšres si la longue lutte qui prĂ©cĂ©da lâabolition de lâesclavage en France ; ni celle qui mena Ă ce vote du Parlement, en 1983, crĂ©ant un jour fĂ©riĂ© dans chaque DĂ©partement dâOutre-Mer pour commĂ©morer cette dĂ©cision historique. Et rĂ©flĂ©chissons aux nouvelles formes de confiscation des libertĂ©s, beaucoup plus insidieuses, qui nous menacent.
Les caddies de la liberté
HĂ©las, la crise sanitaire nous reprend dâune main lâoccasion de rĂ©flĂ©chir quâelle nous offre de lâautre. A dĂ©faut de grands dĂ©filĂ©s, ce dimanche 20 dĂ©cembre verra en effet se former dâautres processions : celle des consommateurs poussant leurs chariots dans les centres commerciaux. Eh oui, en ce dimanche 20 dĂ©cembre, des milliers dâemployĂ©s du commerce sont invitĂ©s Ă travailler toute la journĂ©e, pour compenser les pertes subies par leurs employeurs Ă cause de la pandĂ©mie de Covid-19.
Sarda Garriga nâavait-il pas dĂ©clarĂ©, dans son discours annonçant lâabolition au peuple asservi, il y a exactement 172 ans : "Vous avez tous pris des engagements dans le travail : commencez-en dĂšs aujourd'hui la loyale exĂ©cution" ?
Bone fĂšt zot toute !
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Bonne fĂȘte noute toute. Il y avait aussi un ex maire de l'Est qui interdisait le maloya sur don territoire.Heureusement il n'est plus maire. Merci JoĂ©