Benedetta, un film réalisé par le néerlandais Paul Verhoeven et présenté au festival de Cannes, divise la critique. La bande-annonce laisse entrevoir une histoire d'amour entre deux religieuses lesbiennes dans un couvent... au risque de tomber dans les clichés. Paul Verhoeven fait de Benedetta une figure voulue a priori féministe, une religieuse enfermée dans un cadre patriarcal et machiste. Malheureusement ce profil est effacé au profit du couple lesbien formé dans le film, et manifestement victime de "male gaze" (soi à travers le regard d'un homme). Car on y retrouve à nouveau des scÚnes de sexe voyeuristes. Cette fùcheuse habitude de fantasmer sur la femme lesbienne renvoie au film La vie d'AdÚle, qui avait fait polémique lors de sa sortie. (Photo : affiche du film)
- L'histoire -
Le film Benedetta est adaptĂ© du livre de l'historienne Judith C. Brown "SĆur Benedetta, entre sainte et lesbienne". Celui-ci relate l'histoire Benedetta Carlini, une religieuse du 17Ăšme siĂšcle qui entre dans les ordres en raison de la peste qui ravage l'Italie. La religieuse rĂ©alise des miracles au sein de sa nouvelle communautĂ© et des habitants de Toscane qui la vĂ©nĂšrent. Mais la pression du clergĂ© s'abat sur la nonne lorsqu'elle reçoit les "stigmates du Christ" (des marques au poignet Ă la place des clous).
Elle est alors accusĂ©e de blasphĂšme et le miracle est mĂȘme remis en question par l'Eglise. La mĂšre supĂ©rieure semble soutenir Benedetta mais elle aussi est prisonniĂšre de cette sociĂ©tĂ© oĂč les femmes mettent corps et Ăąme au service de Dieu.
Un jour, une jeune fille (BartolomĂ©a) supplie Benedetta de la recueillir. BartolomĂ©a est dĂ©peinte comme insouciante et trop dĂ©vergondĂ©e pour ĂȘtre religieuse notamment dans une scĂšne de douche, dans laquelle elle rit nue et trĂ©buche par accident sur Benedetta. Elle entraĂźne alors l'hĂ©roĂŻne dans un amour charnel. L'enfer pour les femmes au cinĂ©ma qui cherchent souvent un autre type de reprĂ©sentation, mais un paradis pour le tĂ©lespectateur (homme) qui a tendance Ă se dĂ©lecter de ce genre de duos.
- Triste facilité -
Eh oui c'est bien connu, une scÚne de sexe entre deux femmes réalisée par un homme est bien plus intéressant qu'un chef-d'oeuvre féminin. Clin d'oeil à Céline Sciamma pour "Portrait de la jeune fille en feu", un vrai film militant, féministe, qui met enfin deux femmes en valeur sans tomber dans le cliché. Deux femmes enfermées elles aussi dans une société patriarcale mais qui se rebellent.
On retrouve cette mĂȘme vision fantasmĂ©e de l'amour lesbien dans d'inombrables films rĂ©alisĂ©s par des hommes et notamment dans La vie d'AdĂšle, qui avait fait polĂ©mique Ă sa sortie. Abdellatif Kechiche, le rĂ©alisateur, n'a pas hĂ©sitĂ© Ă dĂ©charger sa vision de "mĂąle" dans une scĂšne intime (et ennuyeuse Ă mourir, il faut le dire) entre AdĂšle, jouĂ©e par AdĂšle Exarchopoulos et Emma, jouĂ©e par LĂ©a Seydoux.
Cette scÚne vient malheureusement s'ajouter à la longue liste des représentations entachées de "male gaze" dans lesquelles certains passages frÎlent le domaine pornographique.
Certain.e.s internautes estiment que Benedetta est "le pire du cinĂ©ma fait par des hommes cisgenre (personne dont l'identitĂ© de genre correspond Ă celui qu'on lui a attribuĂ© Ă la naissance, ndlr) pour des hommes cis". MĂȘme constat pour le mĂ©dia L'Incorrect qui estime que "la transgression du boomer (Paul Verhoeven, ndlr) nâoffre pas de surprise, seulement de la peine".
Le chemin est encore long et sinueux pour que les femmes soient enfin reprĂ©sentĂ©es au mĂȘme titre que les hommes dans le cinĂ©ma. Depuis la crĂ©ation des Oscars en 1929, deux femmes ont reçu le prix de la meilleure rĂ©alisatrice : ChloĂ© Zhao le 25 avril dernier pour son long mĂ©trage Nomadland et Kathryn Bigelow en 2010, rĂ©compensĂ©e pour son film DĂ©mineurs.
Benedetta n'offre Ă voir pour l'instant que sa bande-annonce, mais ces quelques images sont bien peu encourageantes. Peut-ĂȘtre que le film sera plus prometteur... nous l'espĂ©rons.
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