Emma Di Orio, jeune artiste touche-tout est allée à la rencontre des brodeuses de Cilaos pour faire naßtre un dialogue entre son imaginaire végétal fait de motifs illustrés et l'art patient et nuageux de ces gardiennes du temple. Une exposition visible jusqu'au vendredi 20 mai 2022 dans le hall du TEAT Champ Fleuri à Saint-Denis (Photo D.R.)
Si lâon devait qualifier lâexposition dâEmma Di Orio, on dirait dâelle quâelle est cousue des fils multicolores retraçant sa collaboration avec des brodeuses de Cilaos et des Ă©lĂšves des Ă©coles primaires du Centre, de Mare SĂšche et du collĂšge Alsace CorrĂ© oĂč elle a Ă©tĂ© accueillie en rĂ©sidence lâan dernier.
Des jours et des vies est construite comme une balade dans le cirque aux cĂŽtĂ©s des brodeuses dont Emma Di Orio dĂ©peint des tranches de vies, des moments partagĂ©s, des histoires ou mĂȘme des sensations. Un regard, une vision dâensemble sur la vie qui sâorganise autour de cet art.
La petite graine de ce projet a Ă©tĂ© plantĂ©e par lâĂ©quipe des Teat DĂ©partementaux en 2020. En fin dâannĂ©e, les rencontres ont dĂ©marrĂ© avec lâĂ©quipe de la Maison de la broderie et lâidĂ©e germe et grandit vraiment en 2021 lors dâune rĂ©sidence dâun mois dans deux Ă©coles primaires du cirque (le Centre et Mare SĂšche) pour inclure les jeunes Ă ce projet soutenu parallĂšlement par lâĂ©quipe pĂ©dagogique du collĂšge Alsace CorrĂ© trĂšs impliquĂ©e dans la pratique artistique et les projets crĂ©atifs.
"Jâai vĂ©cu ce projet comme une opportunitĂ© durant laquelle jâai eu la chance de collaborer avec deux brodeuses exceptionnelles, Jessie Clain et Colette Turpin, toutes deux meilleures ouvriĂšres de France. Dâailleurs dans lâexpo, il y a des piĂšces qu'elles ont rĂ©alisĂ©es, celles que l'on a faites ensemble, mais aussi les miennes. Sans oublier les broderies des Ă©lĂšves".
- "Tout cela a nourri mon imaginaire" -
Pour ces derniĂšres, Emma et les brodeuses ont Ă©laborĂ© une technique adaptĂ©e Ă lâapprentissage, sur toile de jute aux mailles plus espacĂ©es et plus grosses pour leur permettre de mieux apprĂ©hender les points.
Et mĂȘme sâil sâagit dâun travail trĂšs minutieux requĂ©rant beaucoup de patience, les Ă©lĂšves ont Ă©tĂ© trĂšs rĂ©ceptifs et lâexpĂ©rience "unique et grandement enrichissante. J'ai appris beaucoup de choses sur mon patrimoine en tant que RĂ©unionnaise mais aussi en tant que femme ou mĂȘme simplement en tant qu'ĂȘtre humain. Les moments de rĂ©sidence Ă Cilaos, les rencontres, ce que j'ai vĂ©cu⊠Tout cela a nourri mon imaginaire pour cette exposition, mais aussi, je pense, pour aprĂšs", insiste Emma Di Orio.
Au sujet de lâaprĂšs justement, elle souhaiterait mener un projet par an dans les Ă©coles autour du thĂšme de la broderie pour Ă©veiller les consciences sur la pratique, les brodeuses Ă©tant Ă©galement trĂšs motivĂ©es pour y participer. Pour lâheure, lâexposition quittera bientĂŽt le hall du TĂ©at Champ Fleuri pour retourner mi-juin Ă son point dĂ©part, le collĂšge Alsace Corré⊠à Cilaos.
Vous avez donc jusquâau vendredu 20 mai pour dĂ©couvrir ce jeu de couleurs et de sensations entrelacĂ©es dont le canevas rend hommage Ă la vie de ces femmes qui traversent le temps au rythme des aiguilles.
âą Un nom inspirĂ© dâune sĂ©rie tĂ©lĂ©
Pour la petite anecdote, Emma Di Orio a choisi dâintituler son exposition Des jours et de vies en rĂ©fĂ©rence Ă la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e Ă©ponyme. Mais pas que ! Les jours de Cilaos bien sĂ»r (autre nom de la broderie de Cilaos) mais aussi parce quâentre elles, les brodeuses tissent aussi du lien, " batâ la langue ", font des commĂ©rages, Ă©changent des anecdotes sur leur vie et leur quotidien⊠Ce " matrimoine " qui plaĂźt tant Ă la jeune artiste qui ressort grandie de cette expĂ©rience. " Je suis arrivĂ©e Ă Cilaos pour apprendre une technique que je ne connaissais pas du tout et jâen ressors avec des connaissances, des amis et plein dâanecdotes ".
âą "La broderie a toute sa place dans le monde moderne"
TrĂšs Ă cheval sur les traditions, Emma craint par-dessus de voir disparaĂźtre un savoir-faire ancestral. "La broderie est en pĂ©ril. Ă lâĂ©poque, on avait lâhabitude dâen offrir dans les trousseaux de mariage, de baptĂȘme ou de communion, or ces pratiques nâexistent quasiment plus au profit dâune façon diffĂ©rente de consommer avec le prĂȘt-Ă -porter, la fast-fashion. Selon moi, la broderie a toute sa place dans le monde moderne. Il faut juste trouver ce petit je-ne-sais-quoi qui va la propulser en avant. Et je pense que la nouvelle gĂ©nĂ©ration a un rĂŽle Ă jouer parce quâil faut se rĂ©-approprier ce savoir-faire, le perpĂ©tuer et le valoriser". Allez, on y croit !
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