Les travailleurs et travailleuses du spectacle vivent des jours et des semaines difficiles depuis le début de la crise sanitaire. Parmi les premiÚres à devoir fermer leurs portes, les salles de spectacles sont, pour le plupart, encore closes et les artistes en payent le prix fort. à La Réunion, ils mettent en exergue les faillites des politiques culturelles locales, entre manque de soutien des collectivités, paternalisme des programmateurs et difficultés à obtenir le statut d'intermittent. Alors que le Premier ministre Jean Castex a promis une allocation de 2 milliards d'euros pour la relance de la filiÚre, les artistes péi espÚrent que cette crise sera le point de départ d'un renouveau. (Photo rb/www.ipreunion.com)
âJe dis aux Françaises et aux Français, allez au cinĂ©ma, allez au théùtre, vous ne risquez rien.â InvitĂ© de la matinale de France Inter, ce mercredi 26 aoĂ»t, le Premier ministre Jean Castex a Ă©voquĂ© le monde de la culture, largement impactĂ© par la pandĂ©mie de la Covid-19.
Si les dĂ©tails du plan de relance de l'Ă©conomie, qui s'Ă©lĂšvera en tout Ă 100 milliards, ne seront officiellement rĂ©vĂ©lĂ©s que le jeudi 3 septembre, Jean Castex a dâores et dĂ©jĂ annoncĂ© âune dotation exceptionnelle de 2 milliards d'eurosâ pour le secteur de la culture qui a âbeaucoup, beaucoup souffert de cette criseâ.
.@JeanCASTEX : "Je dis aux Françaises et aux Français d'aller au cinéma, au théùtre. On va rendre le port du masque systématique. Dans le plan de relance, la culture bénéficiera d'une dotation exceptionnelle de deux milliards d'euros." #le79inter pic.twitter.com/BKdrybEonW
â France Inter (@franceinter) August 26, 2020
- 432 millions d'euros pour le spectacle vivant -
AuprĂšs des reprĂ©sentants du spectacle vivant qu'elle avait consultĂ© le 19 aoĂ»t dernier, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot sâĂ©tait engagĂ©e Ă dĂ©fendre, lors du Conseil de dĂ©fense, lâidĂ©e de la fin de la distanciation physique dans les salles de spectacle pour leur permettre dâaccueillir du public sans respecter la rĂšgle dâun siĂšge inoccupĂ© sur deux.
Un engagement en partie douchĂ© par Jean Castex, puisque dans les dĂ©partements classĂ©s rouges, oĂč le virus circule activement, les salles devront se rĂ©signer Ă fonctionner avec une capacitĂ© dâaccueil rĂ©duite de moitiĂ©. S'il a appelĂ© les Français Ă retourner au cinĂ©ma et au théùtre, le Premier ministre a par ailleurs indiquĂ© que le port du masque y sera rendu obligatoire, mĂȘme si la distanciation sociale peut ĂȘtre respectĂ©e.
Il n'empĂȘche que parmi des 2 millards d'euros allouĂ©s Ă la culture, pour la relance du secteur, une somme de 432 millions d'euros sera spĂ©cifiquement dĂ©diĂ©e au monde du spectacle vivant.
Plan de soutien au spectacle vivant : @JeanCASTEX au @MinistereCC annonce 432 millions dâeuros dans le plan de relance, plus 100 millions pour la compensation des pertes dâexploitation. Un effort sans prĂ©cĂ©dent que je piloterai pour sauver un secteur dĂ©vastĂ©
â Roselyne Bachelot (@R_Bachelot) August 27, 2020
- Une crise réunionnaise avant la crise sanitaire -
Ă la RĂ©union, ces annonces sont accueillies avec scepticisme par les acteurs de la filiĂšre. La crise sanitaire a poussĂ© un groupe d'artistes rĂ©unionnais Ă se rĂ©unir et fonder la section syndicale CGTR Spektak, dont la chanteuse et comĂ©dienne Sandrine Ebrard est lâune des porte-paroles. âCe sont des annonces pour le moment, on attend des prĂ©cisions. Cette aide ne serait pas forcĂ©ment conditionnĂ©e Ă l'emploi des artistes intermittents. Il va falloir trvailler vachement plus en dĂ©tail pour que ce soit un plan Ă vocation sociale. Roselyne Bachelot parle d'un effort sans prĂ©cĂ©dent, on ne peut pas s'empĂȘcher de faire un parallĂšle, par exemple, aux 7 millards d'euros pour Air France...â, dit-elle mĂ©fiante.
âLe monde du spectacle est dans un assez piteux Ă©tat parce quâil y a assez peu de salles qui ont repris une activitĂ©, assez peu dâartistes qui arrivent Ă jouer. La situation est comme en MĂ©tropole, sauf quâĂ La RĂ©union le milieu culturel Ă©tant resserrĂ© de par la petitesse du territoire, on est encore plus touchĂ©â, dĂ©crit-elle.
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La chanteuse Maya Kamaty a, par exemple, vu la totalitĂ© de sa tournĂ©e dâĂ©tĂ© annulĂ©e en dehors de La RĂ©union. âProfessionnellement parlant, câest un an et demi de travail qui sont tombĂ©s Ă lâeau. Je devais jouer aux Vieilles Charrues, au Sziget Festival entre autres. Jâai eu pas mal de dates annulĂ©es en dehors de La RĂ©union, mais ça ne nous a pas empĂȘcher de recommencer Ă rĂ©pĂ©ter et crĂ©er de nouveau.â
Mais Ă lâinstar de nombreux artistes pĂ©i, elle Ă©voque en une crise du secteur qui prĂ©cĂšde celle du coronavirus. âEn dehors des tournĂ©es, ça ne change pas grand-choses pour moi, parce que je ne suis pas spĂ©cialement programmĂ©e dans les salles rĂ©unionnaise. Cette annĂ©e, jâai deux dates Ă La RĂ©unionâ, lamente-elle. âCe problĂšme-lĂ nâest pas liĂ© au Covid, il existait dĂ©jĂ avant. Maintenant quand on nous demande dâĂȘtre unis, câest un peu risible. Le propre des salles est que sans lâartiste, elles nâont pas lieu dâĂȘtre. Lâartiste est au dernier rang alors que câest lui lâĂąme de la crĂ©ation. Sans lui, il n'y a pas de tĂ©lĂ©, il n'y a pas de pub, il nây a pas de théùtre, il nây a pas de divertissement.â
Sandrine Ebrard abonde en son sens, arguant que la crise sanitaire a mis en Ă©vidence des problĂ©matiques qui existent sur lâĂźle depuis longtemps. âĂ La RĂ©union, il y a une sorte de sous-valorisation, la fameuse expression goyave de France. Parce que câest local, câest moins bon. Parce que câest local, on nous donne moins les moyens. ForcĂ©ment, on va avoir plus de mal Ă proposer des choses de la mĂȘme qualitĂ© quâune compagnie extĂ©rieure.â
Elle dĂ©plore un manque de soutien des collectivitĂ©s jusquâaux salles des spectacles elles-mĂȘmes, dont les programmateurs peuvent faire preuve de paternalisme. âQuand les salles accompagnent les artistes, elles le font d'une maniĂšre qui ne nous satisfait pasâ, explique-t-elle. âOn est pratiquement dirigĂ© quand on fait une crĂ©ation. On se voit carrĂ©ment avoir des rĂ©flexions sur lâaspect artistique comme si câĂ©tait des directeurs artistiques. Or, ce sont des programmateurs et des accompagnateurs.â
Un sentiment qui, Ă entendre Maya Kamaty, est partagĂ© par une majoritĂ© des professionnels du secteur : âEn discutant entre nous, on est arrivĂ© aux mĂȘmes conclusions. On reçoit beaucoup d'irrespect. Le jeu de pouvoir a Ă©tĂ© inversĂ©. Câest pour ça quâon a créé une section syndicale, pour pouvoir parler en toute diplomatie, mais sans peur.â
- Les idées ne manquent pas -
Depuis sa crĂ©ation, la section Spektak pu obtenir un rendez-vous avec le directeur de PĂŽle emploi RĂ©union pour pointer des dysfonctionnements nuisibles aux artistes. Le fait, par exemple, que le traitement de tous les dossiers, de MĂ©tropole et dâOutre-mer, soient centralisĂ©s Ă Nanterre, en rĂ©gion parisienne. Une situation prĂ©judiciable pour le bureau nanterrien, qui se retrouve avec une abondance de dossiers, tout comme les artistes. âIl y a des spĂ©cificitĂ©s locales, comme la langue, qui crĂ©ent une barriĂšre pour pas mal dâintermittents iciâ, relate Sandrine Ebrard.
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Au-delĂ la mise en place d'une antenne rĂ©unionnaise de PĂŽle emploi spectalc, la section sydicale milite Ă©galement pour une adaptation du statut des intermittents aux particularitĂ©s inhĂ©rentes Ă La RĂ©union. âOn a les mĂȘmes bases quâen MĂ©tropole, câest-Ă -dire quâil faut effectuer 507 heures de travail par an pour obtenir le statut. Dans une zone gĂ©ographique comme lâHexagone, câest une chose, pour un intermittent Ă La RĂ©union, ça paraĂźt plus complexe.â
Maya Kamaty espĂšre que cett crise servira de tremplin pour remettre la filiĂšre sur pied Ă La RĂ©union. Les idĂ©es sont, en tout cas, plĂ©thores : âmettre en place une vĂ©ritable politique culturelle, travailler avec les Ă©coles, avec les mĂ©diathĂšques, mettre en avant les artistes de chaque commune⊠Quâon invite les artistes Ă avoire une vraie rĂ©flexion au-delĂ de la diffusion sĂšche, il y a plein de choses Ă imaginer.â
aa / www.ipreunion.com / [email protected]

Parrain mi veut aller voir burna boy! Fait pitié