Un calme prĂ©caire rĂšgne sur Antananarivo ce dimanche matin 8 fĂ©vrier. La capitale malgache, et toute la Grande Ăle avec elle, est sous le choc de la tragĂ©die de ce samedi 7 fĂ©vrier. Les forces spĂ©ciales de la police - des mercenaires affirment l'opposition - ont tirĂ© Ă balles rĂ©elles sur des milliers de manifestants rassemblĂ©s devant le palais prĂ©sidentiel d'Ambohitforohitra en plein centre de la capitale malgache. Selon un premier bilan encore non officiel, au moins une cinquantaine de personnes, dont un journaliste, ont Ă©tĂ© tuĂ©s et plus d'une centaine d'autres blessĂ©es. Le prĂ©sident Marc Ravalomanana et son principal opposant, l'ex-maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina se rejettent la responsabilitĂ© du drame. Une journĂ©e de deuil national a Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ©e par l'ancien maire tananarivien. Il a appelĂ© Ă rendre hommage aux morts au cours d'un grand rassemblement ce lundi sur le stade de Mahamasina Ă Antananarivo.
Samedi, c'est Ă la fin du meeting d'Andry Rajoelina que la situation a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©. L'ex-maire de la capitale avait rassemblĂ© 20 000 de ses partisans sur la place du 13 mai, lieu symbolique de la rĂ©sistance malgache, pour leur dĂ©voiler la composition de son gouvernement de transition.AprĂšs s'ĂȘtre dĂ©clarĂ© prĂ©sident de la "Haute AutoritĂ© pour la Transition", Andry Rajoelina a annoncĂ© qu'il faisait "don" du palais d'Ambohistorohitra, l'un des siĂšges de la prĂ©sidence actuelle, Ă son Premier ministre de transition Monja Roindefo. Le lieu Ă©tait anciennement affectĂ© au maire tananarivien. Andry Rajoelina demandait Ă ses partisans de se rendre devant ce bĂątiment situĂ© Ă Antaninarenina en plein centre-ville
Les Ă©vĂ©nements se sont alors prĂ©cipitĂ©s. La foule s'est rapidement rassemblĂ©e devant le palais situĂ© Ă proximitĂ© de la place du 13 mai. Le cortĂ©ge des manifestants a fait une premiĂšre halte Ă quelques dizaines de mĂštres du palais. Une dĂ©lĂ©gation d'opposants au rĂ©gime en place a alors entamĂ© des nĂ©gociations avec les forces de police anti Ă©meutes de faction pour pouvoir entrer dans le bĂątiment dont Ă©tait absent Marc Ravalomanana. Sous la pression de la foule, les militaires ont reculĂ©. C'est au moment oĂč les manifestants ont recommencĂ© Ă marcher vers le bĂątiment que les premiers coups de feu ont Ă©clatĂ©.
Une quarantaine de personnes au moins, dont un cameraman de RTA (Radio TĂ©lĂ© Analamanga), une chaĂźne de tĂ©lĂ© privĂ©e malgache ont Ă©tĂ© tuĂ©es. Des nombreux manifestants ont Ă©tĂ© blessĂ©s. "C'est terrible, ils se sont mis Ă tirer comme des fous tout d'un coup. Des gens ont Ă©tĂ© touchĂ©s en pleine tĂȘte. Des enfants et des femmes sont tombĂ©s Ă cĂŽtĂ© de moi" raconte trĂšs Ă©mu un journaliste de la presse Ă©crite malgache.
Selon un communiqué rendu public par le service de presse de la présidence malgache en début de soirée, le général Dolin, un proche d'Andry Rajoelina, serait le principal instigateur des troubles. "Lorsque l'officier responsable de la sécurité du palais lui a dit que la foule ne peut pas entrer, le meneur principal de Andry Rajoelina revient vers la foule pour lui annoncer le refus des forces de sécurité. Il leur dit " C'est un refus ! C'est un refus ! Ils vont tirer, mais la population ne va pas reculer ! ". Il leur fait signe de la main d'avancer et de forcer le cordon des forces de l'ordre. La foule se rue vers le Palais" relate le communiqué. "Les forces de l'ordre à l'extérieur du palais lancent une grenade fumigÚne. La foule continue à courir vers le palais. Suivent des tirs de sommation en l'air, et des tirs" poursuit le service de presse de la présidence qui parle d'un premier bilan de vingtaine de morts et d'une trentaine de blessés. Des chiffres qui ont bien en deçà de ceux donnés par les journalistes et les manifestants.
Des ambulances ont dû faire plusieurs navettes entre le lieu du drame et les hÎpitaux de la ville. "Au centre hospitalier HJRA à Anosy (le plus proche du centre) les salles de soins et la morgue sont pleins. Le personnel hospitalier fait appel aux étudiants et aux stagiaires pour leur venir leur venir en aide" indique un patient hospitalisé sur place.
Le prĂ©sident de la RĂ©publique, Marc Ravalomanana, s'est exprimĂ© Ă la tĂ©lĂ©vision et sur la radio en milieu d'aprĂšs-midi. Il a demandĂ© Ă la population de "travailler avec les forces de l'ordre pour rĂ©tablir le calme". Il a aussi dĂ©noncĂ© "l'irresponsabilitĂ© de ceux qui se permettent de lancer la foule sur un palais prĂ©sidentiel. Ceux-ci sont allĂ©s trop loin". Un mandat d'arrĂȘt a Ă©tĂ© lancĂ© contre le gĂ©nĂ©ral Dolin.
Rappelons que soutenu par une trentaine de dĂ©putĂ©s et plusieurs personnalitĂ©s politiques proches de l'ex prĂ©sident Didier Ratsiraka, Andry Rajoelina rĂ©clame la dĂ©mission ou la destitution de l'actuel prĂ©sident, Marc Ravalomanana pour "violations rĂ©pĂ©tĂ©es de la constitution". Le samedi 31 janvier, devant plusieurs milliers de personnes, il s'Ă©tait autoproclamĂ© dirigeant du pays. "C'est moi qui prend le pouvoir. C'est moi qui vais diriger le pays. Nous allons mettre en place un gouvernement de transition" disait-il. le mĂȘme jour Marc Ravalomanana - le prĂ©sident dĂ©mocratiquement Ă©lu en dĂ©cembre 2006 -, sortait pour la premiĂšre fois du silence. Dans une brĂšve confĂ©rence de presse, il refusait d'entrer dans la polĂ©mique. Il se bornait Ă dĂ©clarer : "je reste le dirigeant de ce pays. J'ai le soutien de la communautĂ© internationale"
Le lundi 2 fĂ©vrier, il avait fait dĂ©poser une requĂȘte en dĂ©chĂ©ance du chef de l'Ătat devant la haute cour constitutionnelle malgache. Deux jours plus tard, la haute juridiction se dĂ©clarait incompĂ©tente pour juger du dossier. Dans le mĂȘme temps, le ministĂšre de l'IntĂ©rieur destituait Andry Rajoelina de son mandat de maire "pour ne pas avoir assurĂ© le ramassage des ordures mĂ©nagĂšres". Une dĂ©lĂ©gation spĂ©ciale Ă©tait installĂ©e pour gĂ©rer les affaires courantes. Andry Rajoelina n'a pas reconnu la lĂ©gitimitĂ© de la dĂ©lĂ©gation spĂ©ciale et a nommĂ© l'une des adjointes, Michelle Ratsivalaka pour lui succĂ©der.







