Inscrite dans le Code de procédure pénale depuis 2014, la justice restaurative s’impose progressivement comme un complément à la réponse pénale classique. Fondée sur le dialogue volontaire entre victimes et auteurs d’infractions, elle vise la compréhension, la responsabilisation et la réparation. À La Réunion, ce dispositif connaît une montée en puissance notable, malgré des moyens humains et financiers encore limités (Photo www.imazpress.com)
La justice restaurative s’impose progressivement en France comme un complément à la réponse pénale classique. Introduite par la loi du 15 août 2014, elle repose sur une approche centrée sur les besoins des victimes, la responsabilisation des auteurs et la réparation du lien social, sans jamais se substituer au procès ni à la sanction. Dix ans après son inscription dans le Code de procédure pénale, ce dispositif demeure encore méconnu du grand public, mais connaît une montée en puissance progressive sur les territoires.
- Une justice fondée sur le dialogue et le volontariat -
La justice restaurative permet à toute personne victime et à tout auteur d’infraction, à tous les stades de la procédure, de se voir proposer une mesure encadrée : médiation restaurative, rencontre détenus-victimes, cercles de dialogue ou échanges indirects. Ces démarches reposent sur des principes stricts : volontariat, consentement éclairé, confidentialité et accompagnement par des professionnels formés. Elles ne visent ni l’aveu ni la négociation d’une peine, mais la compréhension de l’impact de l’infraction et la reconstruction des personnes concernées.
Les études menées en France et à l’international montrent des bénéfices notables, en particulier pour les victimes, qui trouvent dans ces espaces un lieu pour exprimer leurs attentes, poser des questions restées sans réponse et parfois amorcer un processus d’apaisement.
- Une mise en œuvre encore inégale sur le territoire réunionnais -
Malgré un cadre juridique clair, le déploiement de la justice restaurative reste très hétérogène. Il dépend largement de l’implication des juridictions, de l’administration pénitentiaire, des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) et du tissu associatif local. Le manque de moyens humains et financiers demeure l’un des principaux freins identifiés au niveau national.
À La Réunion, la justice restaurative s’est structurée autour de l’Antenne réunionnaise de coordination de la justice restaurative (ARCJR), portée par l’ARIV, et de l’antenne locale de l’Institut français pour la justice restaurative (IFJR). Le rapport d’activité 2024 fait état d’un dispositif pleinement intégré au fonctionnement judiciaire, avec des conventions actives avec les tribunaux judiciaires de Saint-Denis et de Saint-Pierre, le SPIP, le Réseau VIF, l’ARAJUFA et le CEVIF.
En 2024, 13 médiations restauratives ont été animées ou suivies, majoritairement dans des dossiers de violences sexuelles, de violences conjugales et de violences intrafamiliales. Des rencontres détenus-victimes ont également été organisées en détention, notamment autour des violences conjugales, dans des dossiers parfois très lourds, y compris des faits de féminicide.
Le rapport souligne toutefois une fragilité structurelle : la fermeture de l’antenne dédiée aux mineurs fin 2023 faute de financement et une dépendance croissante au bénévolat pour assurer l’animation des mesures.
- Une nette accélération en 2025 -
Les chiffres 2025 confirment une montée en charge significative du dispositif sur l’île. Au total, 21 mesures de justice restaurative ont été menées ou sont en cours, contre 13 en 2024, soit une augmentation de plus de 60 % en un an. Dix médiations ont été clôturées et onze sont toujours en cours. Les infractions concernées relèvent en majorité des violences sexuelles sur mineurs, suivies des violences conjugales, des violences volontaires, des violences sexuelles, mais aussi d’un homicide et de faits de cambriolage.
Dix-sept auteurs et neuf victimes ont été directement impliqués dans ces démarches. L’activité repose toujours largement sur les bénévoles de l’ARIV, qui ont animé 13 médiations, aux côtés des CPIP et de l’IFJR. Une rencontre détenus-victimes sur les violences sexuelles a notamment été organisée au centre de détention du Port, réunissant quatre détenus et quatre victimes, au terme d’un travail préparatoire particulièrement conséquent.
L’année 2025 est également marquée par un renforcement notable de la formation et de la supervision, avec 75 heures de supervision technique, deux journées de réactivation des compétences réunissant 28 professionnels et bénévoles, ainsi que des actions de sensibilisation touchant à la fois les étudiants, les professionnels et le grand public.
- Un modèle prometteur mais sous tension -
À La Réunion comme ailleurs, la justice restaurative apparaît aujourd’hui comme un outil précieux, notamment dans les dossiers de violences graves, où la réponse pénale classique peine parfois à répondre aux besoins des victimes. Les acteurs locaux alertent toutefois sur les limites d’un modèle reposant massivement sur l’engagement bénévole et sur des moyens financiers contraints.
Alors que la demande progresse et que les bénéfices humains sont largement reconnus, le défi des prochaines années sera de consolider ces dispositifs, de professionnaliser davantage l’animation des mesures et de garantir un accès équitable à la justice restaurative sur l’ensemble du territoire.
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"21 mesures de justice restaurative ont été menées ou sont en cours, contre 13 en 2024, soit une augmentation de plus de 60 % "Il est faux de dire que cette mesure s’impose aujourd’hui, 21 sur combien de dossiers. J’ai pas de chiffres à avancer mais j’ai l’impression que ce sont plutôt des rares exceptions . C’est du bla-bla
"Bénéfices humains largement reconnus": peut-on se contenter de cette vague formule, pour tirer un bilan des effets de la Justice restaurative. Une mission aussi délicate que d'organiser les rencontres entre victimes et auteurs, peut-elle se faire sous l'egide de bénévoles? Qu'en est-il réellement du volontariat quand il s'agit de violences sexuelles sur mineurs?
La Justice restaurative, ce n'est pas la médiation pénale entre auteur et victime, qui existe depuis longtemps. C'est une justice destinée à réparer, mais est- ce vraiment le rôle de la Justice de restaurer?
Ne doit-elle pas se consacrer à ses véritables missions?